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30 mn pour 30 ans de recherche du Ki Ken Taï no Ichi

Publié le par Jean-Pierre Labru

Conférence du 04 avril 2021 

Lorsqu'on m'a demandé une intervention sur le Ki Ken Tai no Ichi (KKTnI), j'ai commencé à faire une analyse de mon ressenti sur ce point tout en me remémorant et intégrant les étapes par lesquelles j'étais passées pour en être à ce que je produis aujourd'hui comme KKTnI.

J'ai identifié 4 étapes, étalées sur plusieurs dizaines d'années de pratique d'une intensivité somme toute assez relative comparativement à des professionnels japonais pratiquant plusieurs heures par jour tout au long de leur carrière.
Il existe peut être un avantage dont je peux avoir profité pour favoriser mes progrès. Je l'identiferais comme une pratique explorative, en conscience, avec une constante remise en question de ce que je crois avoir acquis et ceci sans tomber sur une dépréciation systématique de mes réalisations.
J'ai donc réussi à réaliser la catégorisation des 4 étapes suivantes.
Il faut voir ces étapes comme réparties sur longue période d'où le nom de cette intervention : "30 mn pour 30 ans de Ki Ken Taï no Ichi"
Afin de percevoir l'imbrication de ces étapes, vous pouvez imaginer des poupées russes. La première étape représente la plus grande des poupées ; grande… et creuse. Les étapes suivantes viennent en combler le vide intérieur et ainsi donner une densité progressivement de plus en plus forte du KKTnI.


Etape 1 : La Synchronisation 

Prenons ici le KKTnI comme une équation du type (Ki + Ken + Taï ).T = KKTnI où les 3 éléments du KKTnI se consolident à  l'instant T.  

Cette première étape a représenté pour moi l'époque de mes débuts jusqu'au 2ème dan consommé; Soit une dizaine d'années, en effet, ayant commencé enfant, je n'ai passé mon 2ème dan qu'à l'age de 18 ans.

Pendant cette période de notre pratique, deux KKTnI nous sont enseignés : celui du suburi avec une synchronisation sur le retour du pied gauche (suri-ashi) et un deuxième, nous induisant à nous synchroniser Kiai et frappe du sabre lors de l'impact du pied droit sur le sol (Fumikomi-ashi).

Cette double explication du KKTnI peut s'avérer quelque peu troublante pour ceux comme moi, qui essayent de comprendre intellectuellement la chose.

A ce stade là, il faut travailler les deux en se disant que plus tard, dans la poupée russe suivante, nous découvrirons pourquoi et comment, si et seulement si la qualité de travail en conscience aura été régulière sur ces deux aspects premiers du KKTnI.


Etape 2 : Transmission solidienne

La transmission solidienne est notamment une notion liée au bruit. Le bruit étant une onde, s'il rencontre un solide qu'il peut faire vibrer et lui faire ainsi transmettre son onde, le bruit peut traverser une cloison et nous faire sentir un petit peu comme si nous partagions plus que des relations de politesse avec nos voisins.

Cette période dans ma progression du KKTnI voit s'ajouter à l'étape précédente, une notion de transmission de la puissance de notre corps dans notre coupe. Cette notion dont parle Monsieur Yoshimura :"poser votre ventre sur votre sabre".

J'ai également pratiqué un peu le Jodo et notamment le suri-otoshi du Jodo qui m'a fait appréhender et intégrer cette notion à ma pratique. J'ai l'ai retraduit par "venir s'asseoir" sur le sabre du partenaire afin qu'avec nos mains seules, il ait l'impression d'avoir tout notre corps s'appesantissant sur sa lame lors du suri-otoshi.
C'est donc à ce moment là de ma pratique que j'ai commencé à me rendre compte des aspects de cohésion corporelles rattachées à la notion de Hara. Oui, il se passait quelque chose dans cette région là; quand j'étais vraiment bien concentré, que mon Kiai était à son maximum et donc que sa préparation était suffisamment intense. 
Et donc par ces recherches de cohérence, le ventre, centre de production, de rassemblement d'énergie est un peu comme un réservoir, rempli de la respiration, intensifiant la cohésion globale du corps et qui permet de se rattacher les moyens de locomotion que sont nos pieds : notre ashisabki, mais aussi notre sabre.

Beaucoup de Kakarigeiko, Kirigeashi après… le volume mais pas seulement, surtout ne pas se mettre en mode automatique et attendre que cela passe.

Alors oui, je ne cache pas que j'ai souffert quelque peu dans mon corps certaines fois mais aussi dans mon orgueil quand on sent que notre volonté faiblit alors qu'une petite voix nous dit, "ça suffit, pourquoi fais tu cela ? Arrête…".

C'est alors, entre vous et vous-même, que vous vous apercevez si vous pouvez, si vous avez la force intérieure pour, surmonter cette difficulté. Et cette volonté qui grandit votre Kiryoku vous permettra d'accéder, qui sait, à la poupée russe qui vient après…

Et donc cette transmission solidienne, que nous permet cette synergie de tout le corps à l'impact du KKTnI, transmet l'onde de notre puissance du déplacement, de notre ferveur et détermination, dans la cible atteinte par notre sabre.

Cette cible d'ailleurs nous renvoie tout un lot d'informations, captées à travers l'intimité produite par les mains étroitement reliées au Sabre.

Ces vibrations nous informent sur la zone frappée, la qualité de notre coupe, la pertinence de notre action en général.

Confiants que nous sommes en notre toute récente réussite, nous pouvons ainsi délivrer un zanshin serein et jubilatoire.


Etape 3 : la catalyse

L'explication de cette étape-ci requiert une certaine capacité d'acceptation de l'intangible car c'est sur ces terres que je vais m'aventurer.
Je vous livre ici une réflexion par rapport à ma pratique personnelle et pour laquelle maitre Kong disait : "L'expérience est une lanterne qui n'éclaire que le chemin parcouru !"
En souhaitant que malgré tout, mes mots éclairent par chez vous également… 

Définition du Net : "Le phénomène de résonance s'accomplit lorsque l'amplitude des oscillations d'un système augmente sous l'influence d'impulsions régulières, de fréquence voisine de la fréquence propre dudit système."

Il faut se figurer ici la montée en résonnance de notre propre corps,

  • Le Ki, Kiaï, la ferveur comme un catalyseur du...
  • Tai, le corps, qui, par sa montée en disponibilité explosive peut décupler la puissance du...
  • Ken transmettant la vibration de puissance lors de la frappe.

Ces 3 énergies potentielles qui enflent, s'entrelacent et s'auto alimentent l'une l'autre pour converger de façon irrémédiable et surtout déterminée par nous même, vers un point précis dans l'espace temps du combat : le Yukodatotsu.

Quand on délivre une frappe de la sorte, la vibration profonde ressentie résonne aussi en nous comme un accomplissement; et quand on reçoit également cette frappe, par cette vibration, le sentiment que l'on ressent fait qu'il n'est pas possible de nier avoir été battu et souvent cela se voit sur l'attitude corporelle générale.

Je vous souhaite à tous, ainsi qu'à moi-même, de pouvoir expérimenter cette phase le plus souvent possible.

Etape 4 : le Kikentai statique

Je me souviens qu'un jour, Jean-Pierre RAICK m'avait parlé d'une notion de KKTnI pour la position "statique" de Chudan no Kamae. Sur le moment, je n'avait pas été réceptif mais je m'étais dit, celle-ci je la garde pour plus tard.

Ce n'est que très récemment, que j'ai commencé à en percevoir les bénéfices potentiels.

Il m'est arrivé à plusieurs reprise de me sentir "confortable" en Chudan no Kamae.

Confortable, non dans le sens de s'y reposer avec délice, mais plutôt un sentiment de puissance adaptative et disponible, stable et confiant.

Je me souviens d'une fois où les diverses tentatives d'attaques de mon partenaire, pourtant 6e dan émérite, me semblaient légères et empesées dans un même temps.

Mon sabre était au centre, et quoi que mon partenaire tente, il se heurtait à une contre attaque, ou un contre seme qui le faisait se retrancher, temporairement, jusqu'à ce qu'une de mes coupes ne viennent le débusquer et le faire résonner profondément.

Ce type d'expérience ne m'arrive encore que trop rarement même si je cherche à les reproduire encore et encore.

Et c'est maintenant que, Jean-Pierre, ta phrase me parle plus de 20 ans après : Merci !

 

Conclusion

Voilà, quand on fait la somme, c'était le compte rendu de plus de 30 ans de recherche autour du KKTnI. 

En espérant vous avoir fait gagner, ne serait-ce qu'un peu de temps sur votre propre recherche.

A très bientôt pour expérimenter ensemble tout ceci sur les planchers.

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Seme et Ashisabaki associé

Publié le par Jean-Pierre LABRU

(Toutes les calligraphies illustrant le notion de "Kiryoku" ont été réalisées par Yolanda, pratiquante de nos Budo et 5e dan de Shodô)

Samedi 20 mars 2021, nous avons abordé ensemble le thème du Seme et l'apport que pouvait être le Ashisabaki à la bonne réalisation et la diversité du Seme.

Ayant souhaité préalablement définir le Seme avant d'aller plus loin, je me suis vite aperçu qu'il représentait un sujet à part entière et comportait largement de quoi alimenter plusieurs conférences à lui seul. 
Nous aborderons donc les déplacements à partir du moment où ils servent exclusivement la construction du Seme.

Les notions de Seme sont parfois difficile à appréhender par une compréhension cartésienne, j'ai essayé néanmoins de les cartographier puis les décrire, tout en répondant le plus complètement possible à toutes les questions que vous vous posiez en tant que pratiquant de Budo.

"En Kendo, le Seme c'est la vie !"

(Kobayashi Hideo sensei)

 

Par les éléments suivants, combinés entre eux, nous communiquons, qu'on le veuille ou non, à notre partenaire, si tant est qu'il soit en mesure de le percevoir...

Nous communiquons sur la présence, la pertinence, l'adaptabilité et la puissance de notre Seme au moyen de :

  • notre disponibilité physique à délivrer une frappe valable (Yukodatotsu),
  • l'acuité de notre attention, notre disponibilité mentale,
  • l'intensité de notre intention, notre ferveur, notre determination,
  • notre force de volonté, de caractère qui s'exprime par nos choix, notre résistance aux déstabilisations de toutes sortes,
  • notre constante recherche du la prise du centre et donc d'un avantage capital.

Et donc au moyen des trois premiers points ci dessus, par notre attitude, nous faisons ressentir à l'autre qu'un danger est imminent, et ceci le plus longtemps possible, de manière constante, irrépressible, irrémédiable, irrésistible, ceci jusqu'à ce que son unité mentale/physique : Heijoshin (calme d'esprit) se désagrège et qu'une brèche dans son Kamae se présente. 

Le deuxième stade, en termes d'étape dans la progression, est de faire sentir à l'autre la force de votre caractère Kiryoku, la volonté traduite par l'expression des mouvements du corps. J'ai rencontré à plusieurs reprises des personnes ayant une forte volonté et qui ne se laissait pas désunir par leur manque de technique et leur inexpérience en Kendo et qui posaient des problèmes à tout pratiquant voulant gagner avant de frapper… en fait, face à eux, on ne gagnait jamais vraiment, jamais de façon claire et nette… certains d'entre nous se décourageaient et tentaient les chemins de traverses, d'autre persévéraient… dont j'étais; Désireux de comprendre ce qui ne fonctionnait pas et ce qui m'empêchait de placer mes techniques qui auraient dû être irrésistibles. La seule solution que j'ai trouvé est d'élever ma propre force volonté à un niveau supérieur dont, normalement, je n'aurais pas dû avoir besoin avec des pratiquants de ce niveau de Kendô.

Le troisième stade de la progression est la recherche du centre qui peut faire que le partenaire se sente en danger quitte à vouloir le reprendre absolument, au prix d'une mise en danger inconsidérée et qu'il aille à la faute et ouvre ainsi une opportunité. La forme la plus basique étant appuyer sur son sabre et qui en voulant revenir au centre, dépasse celui-ci et ouvre de ce fait l'opportunité pour Kote.

Intégrez bien tous ces éléments, puis viendra l'heure de la subtilité...


Je vous conseille vivement la vidéo ci dessous où Kobayashi sensei nous explique sa vision du Seme. La vidéo est sous-titrée en Anglais et il est possible d'activer la traduction automatique en Français de Youtube, la traduction en est tout à fait compréhensible.

La différence entre être une menace ou une cible mouvante

Il est quasiment impossible de montrer le Seme en photo, par contre, nous pouvons voir sur certaines d'entre elles ce que le Seme a provoqué dans le Kamae de l'autre et qui permet de déclencher la frappe; quelqu'un qui se désunit et qui protège par exemple : c'est déjà une victoire, celle du Seme !

Il ne faut pas surtout pas oublier que, lorsque l'on délivre une frappe, on est obligé, et ce n'est pas statistique mais systématique, de casser son Kamae qui, jusque là, menaçait le partenaire tout en protégeant de lui. Lors du lancement de notre frappe, nous sommes à découvert; il convient donc de faire un Seme suffisamment puissamment, suffisamment longtemps, afin de désarmer le plus possible, toute capacité de contre-attaque venant du partenaire.

Au fur et à mesure de l'application du Seme sur le partenaire, avec du travail et quelque fois un peu de réussite aussi, on voit apparaitre le point, le moment, la distance, où le partenaire va déclencher sa frappe. Arriver à provoquer, quand on le souhaite, la frappe du partenaire est une arme formidable pour construire le combat, ainsi on décide quand et souvent comment, l'échange de frappes va se dérouler. On appelle cela "prendre le Sen" que l'on pourrait traduire par prendre l'avantage ou l'initiative dans la menace. 

Je vous ai aussi raconté l'anecdote qui m'a fait avoir une pensée pour mon regretté Senpaï et ami, Georges Bresset, qui m'avait offert un Tee-Shirt avec inscrit en Kanji le concept de Mu-Ho : ne jamais casser sa garde. Et je vous ai dit comment cette dame âgée et chinoise, m'a posé la question pourquoi sur mon tee-shirt était inscrit "il ne faut pas déménager !".

Ci dessous, Georges Bresset :

Seme et Ashisabaki associé
Seme et Ashisabaki associé
Seme et Ashisabaki associé

Comment s'apercevoir si notre Seme est efficace ?

Ce slide du document de présentation (lien plus haut) est illustré par Toda Tadao sensei qui a remporté, en Jodan (garde haute) et à 3 reprises les championnats du Japon, la première fois à 23 ans, et qui était notamment réputé pour son Seme. Expert détaché en France par la Fédération japonaise, entre autres, préparateur de l'équipe de France pour les championnats d'Europe 1990 de Berlin (ma première sélection, où d'ailleurs nous avions reconquis le titre en équipe), nous révélait le secret de sa préparation mentale d'avant match. Il se mettait en garde Jodan face au pin parasol du jardin du Budokan de Tokyo où se déroulaient les championnats et le menaçait, le menaçait encore jusqu'à ce qu'il ait l'impression d'être plus grand que l'arbre lui-même. Et à ce moment, il savait qu'il était prêt.

Sumi Masatake sensei m'a raconté l'histoire d'un jeune garçon qui, à presque 10 ans, demandait : "Sensei, qu'est-ce que le Seme ?" et son senseï, dans la droite ligne de l'enseignement de l'époque lui répondant : "Tu fais un grand pas et tu lances ta frappe !". Et le jeune garçon tentant de faire ce que son sensei lui avait dit, entrait d'un grand pas et frappait, entrait et frappait; jusqu'à un jour, bien des années après, où son entrée d'un grand pas suscita la réaction défensive de l'adversaire... Ce jeune garçon n'était autre que Sumi senseï lui même !

Si votre partenaire possède le niveau de pratique et l'accuité à ce moment précis ou vous appliquez votre Seme, il est en capacité de se sentir en danger, et donc cela signifie que votre Seme existe puisqu'il est ressenti par le partenaire. Après provoquera-t-il une réaction, vous verrez bien le jour venu.

Cela me fait penser à une phrase de Monsieur Yoshimura qui dit ceci : "Si votre Seme ne produit aucune réaction sur votre partenaire, soyez vigilent, c'est qu'il est très fort...  ou alors très faible !"

Une liste non exhaustive de différents « seme » 

Illustrés par l'exemple lors de la conférence, voici en synthèses quelques exemples de réalisations différentes du Seme :

  1. Le Seme déstabilisant : faire sentir à l'autre que l'attaque est imminente, cela peut suffire à le perturber,
  2. Le Seme désorientant : diriger notre intention fortement vers une cible pour en ouvrir l'accès à une autre,
  3. Issun no Seme : avancer subrepticement, par petit pas de 3 cm,
  4. Toita no Seme : OGAWA sensei expliquait avec la métaphore suivante : être positionné vers l'amont dans le courant de la rivière Shirakawa de Kumamoto en tenant un panneau de porte verticalement et le repoussant à contre courant,
  5. Kasanete no Seme : prôné par Murayama sensei, ce Seme consiste en une répétition de phases de Seme minant peu à peu la résistance de l'adversaire,
  6. Et puis tous ceux que vous développerez vous même en gardant à l'esprit le principe de : Ken o korosu, Ki o korosu, Waza o korosu (annihiler le sabre, le Ki et la technique du partenaire)...

Ce qui relie Ashisabaki et Seme

Il existe un lien évident entre le Ashisabaki, cette faculté de se déplacer, et le Seme. A partir du moment où vous êtes en mesure de porter le danger à l'intérieur de la distance de l'adversaire, vous représentez une menace.

Histoire d'expérimenter, positionnez vous dans votre kamae le plus puissant et basculez sur les talons en soulevant les orteils, non seulement votre attitude montre à un œil averti qu'il n'y a aucun risque que vous puissiez surgir brusquement mais aussi vous-même, le ressentant intensément, votre perte de confiance est immédiate, irrémédiable et transpire dans votre attitude d'ensemble.

Le Ashisabaki comme un échappatoire au « Seme » de aïte

Non seulement le Ashisabaki concourt à construire et positionner votre Seme mais il permet également, par quelque ajustement de position, de se départir du Seme du partenaire qui aurait pu constituer, à cet instant précis, un désavantage. Un léger changement d'axe par exemple tout en réappliquant votre propre Seme peut être très déstabilisant pour le partenaire qui se serait cru en terrain conquis.

Le Kiguraï, cette fierté, cet orgueil bien placé, ne doit pas nous faire nous entêter et persister inconsidérément dans une situation mal engagée de prime abord. C'est alors que le Ashisabaki peut nous sauver la mise si tant est qu'il soit source d'une contre-attaque de Seme et non pas d'une fuite pure et simple.

En effet, on ne peut pas fuir à un Seme, c'est d'ailleurs pour cela que l'armure ne nous protège pas dans le dos. Fuyez devant un Seme et vous serez irrémédiablement rattrapé; afin d'éviter cette fin désastreuse, il vous faudra absolument arriver, par tous les moyens, à remettre en place vôtre Seme : c'est le seul salut !

Et si malgré tout, vous n'y arrivez pas, mon conseil qui n'engage que moi, faites face ! Recevez la frappe du partenaire dignement, les yeux grands ouverts, et survivez pour en tirer les enseignements qui feront que cela se transforme en une expérience enrichissante pour votre propre Kendô.

Conclusion

La conclusion de cette conférence a repris tous les sujets un à un car le Seme est construit de nombreuses briques qu'il faut bien intégrer afin qu'il soit le plus complet, cohérent donc le plus puissant possible tout en étant agile et adaptatif aux différentes situations et partenaires que l'on peut rencontrer.

Et au final, le Seme n'est que la capacité à faire expérimenter le Shikai au partenaire, c'est à dire lui faire ressentir l'un des 4 maux suivants : la surprise, l’hésitation, le doute , la peur.

Et pourquoi les 4 en même temps ?!

Bon Seme à tous pour votre reprise de la pratique !!!

 

Ci après le merveilleux cadeau de Yolanda pour cette conférence : le Kiryoku dans tous ses états

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Conférence sur le Yuko Datotsu du 20/02/2021

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Samedi 20 février 2021, nous avons partagé un moment ensemble lors duquel j'ai tenté de décrire ce que l'on appelle le Yuko Datotsu.
Le Yuko Datotsu est un terme que l'on entend souvent et qui est communément assimilé, tantôt au Ippon, tantôt au Ki Ken Tai no Ichi. Quelles sont les différences entre ces 3 notions ?
Comment le définir techniquement, comment le reconnaitre quand on arbitre, quand on est spectateur mais également et surtout quand on pratique soi-même ?
Pourquoi quelques fois l'appréciation du Yuko Datotsu peut faire débat et comment peut-on être certain de sa bonne compréhension ?
Nous avons tenté ensemble de répondre à ces questions à travers différentes démonstrations théoriques et pratiques de la valable réalisation du Yuko Datotsu.

 


Introduction 


Le but de cette conférence était que tout le monde reparte avec une vision claire de ce que peut être le Yuko Datotsu, et en relie son appréciation à son propre sentiment de rapport au sabre.
Effectivement, certain ultra-cartésiens démystificateurs nous assènent qu'il faut qu'on ouvre les yeux, on se bat avec des bouts de bois et qu'en aucun cas on ne risque sa vie : ce n'est que du sport ! 
Et si justement, on s'employait à imaginer, visualiser, se figurer, se projeter, et ainsi trancender les valeurs d'absolu et d'esprit romanesque des combats d'escrime ? 
Et comme je dis souvent, quel meilleur apprentissage que de se figurer un combat réel afin de survivre à notre propre mort et en tirer de précieux enseignements ?!
D'ailleurs à l'intérieur même des règles sportives du Kendo, ne serait ce que par son rapport au sabre, se cachent quelques énigmes et qu'à bien y regarder, l'art martial est bien présent.


Définition littérale et règle de compétition
    

La définition littérale de Yuko Datotsu "collision efficace" évoluera dans notre contexte pour une "frappe valable" beaucoup plus adaptée.

La liste des critères qui définissent le YD dans les règles internationales (FIK) parait finie et bien catégorisée :

  • La bonne partie du shinai – datotsubu
  • La bonne partie de l’armure – datotsubui
  • Le sens du tranchant – Hasuji
  • Un esprit vigoureux – Kiai Kime
  • Une posture correcte et adaptée
  • Le tout suivi par Zanshin

Et pourtant cette liste ne se suffit pas à elle-même, le pratiquant, le spectateur et l'arbitre se devront de remettre dans le contexte ces six éléments, et ceci instantanément, afin d'évaluer la correcte application du Yuko Datotsu.

Vous pouvez voir dans le schéma ci-dessous que cinq "composants" s'ajoute à la liste des prérequis.

 

Le Kime, Zanshin, Kikai et autres éléments composant le Yuko Datotsu

 

Ma-aï : communément traduit par "la distance". Oui mais voilà, cette distance ne se mesure pas en centimètres, ni en mètres, ni même en pouces.

Cette distance est celle qui vous sépare de votre adversaire dans votre capacité à l'atteindre, ou la sienne à vous atteindre, physiquement… mais aussi mentalement et j'avoue que cela peut être plus difficile à appréhender.
Cette distance se mesure donc en potentialité de réalisation, d'atteindre ou d'être atteint.

Prenons l'exemple de combats asymétriques, Naginata - Kendo, ce qui illustrera, par un exemple, le Ma-ai. 

La capacité d'atteindre et plus éloignée pour le Naginata, par contre dès que kendoka a réussi à pénétrer plus proche que cette distance, le risque est grand; La Naginata le sait, si elle rate sa cible, elle peut s'exposer à la ruée du Kendoka qui, comme une furie, tentera crânement de profiter de l'opportunité.

Cette menace d'intrusion est une des façons d'atteindre mentalement le pratiquant de Naginata.

A l'inverse, si le Kendoka a une tendance à s'appuyer régulièrement sur sa jambe avant, il s'expose à un Sune fauchant d'un coup ses espoirs de ruée vers le Yuko Datotsu; le kendoka le sait et doit composer avec.

Voilà un exemple de ma-ai, comme une complémentarité, une imbrication, un effet miroir de la potentialité physique et mentale de chacun.

 

Kime
Voilà encore de l'impalpable, interprêtable, une appréciaton de la détermination, certe propre à chacun selon son vécu, mais qui devrait faire l'unanimité et donc devrait être indiscutable.

Oui mais voilà, quelque fois, ce qui est exprimé en tant que détermination peut donner lieu à en parler…

De la détermination d'attaque, cette urgente nécessité de s'engager corps et âme dans une quête de Yuko Datotsu, se compose de plusieurs autres notions; et en découlent naturellement quelques autres.

De nombreuses maximes et termes japonais nous bercent depuis de longues années pour les plus anciens, depuis mon enfance me concernant, on y trouve notamment :
Prioriser ses actions à travers le Ichi gan Ni soku San tan Shi riki,
Se départir du Shikai (peur, doute, surprise et hésitation) …
…et ainsi libérer son Sutemi (engagement total),
Dans l'expression du Kikentai no Ichi…
Produire du Sae (donner de la vie aux 10 derniers centimètre de la lame)…
Au moyen du Te no uchi (travail réalisé à l'intérieur des mains)…
…et qui se termine par Zanshin.

Et même dans l'articulation, la qualité dans la prononciation du Kiai, se cache une expression de la détermination. N'avez-vous jamais essayé de réaliser deux Men, le premier en poussant le Kiai bien articulé, explosif respiratoirement (mais pas que) et précis "MEN" et un autre avec un Kiai du type "WAACHA" ?

La détermination de la prononciation du Kiai, bien évidemment participe à la démonstration de la détermination globale, participe à démontrer le Kime mais à en élaborer également sa vigueur !

Cet état d'esprit préparatoire, le cœur gonflé de Kiai, si expressif de ferveur, galvanisant de confiance (si si persévérez encore si vous en doutez), la tête restant froide pourtant, nous amène à un point de non retour où la défense ne sera plus une option, ni même une pensée, ou le Sutemi en est son expression ultime, qui se poursuit d'un Kikentai no ichi bien senti… et qui se termine par zanshin : voilà le Kime !

 

Le Zanshin fait déjà partie des 6 éléments, pourtant son côté impalpable, personnalisé, contextualisé va demander plus de précisions.
Bien entendu, un Zanshin standard qui intervient comme une prolongation naturelle d'un fort Kime, et produit un état de vigilence disponible, est facile à évaluer.

Mais comme toute règle, et encore plus pour celles qui se doivent d'être appréciées plutôt que d'être appliquées strictement, les exceptions qui la confirment nous rassurent quant à l'étendue de notre pouvoir de décision que l'on soit arbitre, combattant ou spectateur.

Prenons pour exemple…
Ce lien avec notre partenaire, celui qui dès le salut s'est créé entre nous et qui nous entraine dans une danse folle, sabre au clair, Kiai déployés, seme percutants, sensibilités exacerbées afin de capter les messages, déjouer les intox bien qu'en en provoquant soi-même, imprimer, désarconner, résister, se trancender…

Ce lien, appartenant à nous deux, si garant de notre intimité pugilistique de l'instant, comment pourrait-il être abandonné, l'espace même d'une microseconde, à la défaveur d'une attitude corporelle ou mentale.

Nooon mes amis, je dis NON, ne laissons pas passer cette intolérable trahison de Zanshin et gardez vos applaudissements dans vos poches, vos drapeaux le long du corps et ne ratez pas la chance d'attaque immédiate comme une sanction bien méritée.

Cette petite envolée lyrique n'a pour seul but que d'argumenter auprès de vous du côté très humain, émotionnel du jugement du Zanshin nécessaire et suffisant.

 

Kikai, c'est l'opportunité. Apprécier le Kikai est assez simple pour toute personne rompue à n'importe lequel des jeux, sports ou arts pugilistiques.

Figurez vous que même ma grand-mère un jour, me laissant sans voix, m'a commenté un combat de Kendo en vidéo alors qu'elle en voyait pour la première fois. La vie à l'orpheminat avant guerre n'a pas du être simple tous les jours !?!!

L'exemple de la place que prendrait Kikai dans l'attribution d'un ippon s'illustre assez facilement par le blocage en tsuki au moment de la réception d'une frappe qui aurait été valable sans cela.

Pourquoi le ippon n'est il pas validé dans ce cas ?

Et bien c'est juste que l'opportunité d'attaque, Kikai n'était pas là…

 

Riaï est également une notion fondamentale.

Ce n'est pas à être apprécié par les arbitres mais plutôt par les jurés d'examen (pour les grades élevés).

En effet, Riaï correspond à notre capacité de prendre les bonnes décisions au bon moment.

Les arbitres en évaluent le résultat : le Yuko datotsu; les jurés d'examen doivent évaluer la justesse des décisions prises, ce qui est un gage du niveau de compréhension, du niveau de lecture du contexte ainsi que la capacité d'en tirer les bonnes décisions d'action.

Allez une fois n'est pas coutume, une analogie avec le football, (oui je n'ai peur de rien) :

Seul devant le gardien quelle décision prendre ?

Tirer ou faire la passe ?

Et bien ça dépend de beaucoup de critères à analyser instantanément comme la confiance, l'état de fatigue, le niveau du gardien, l'état du terrain et tant d'autres… voilà Riaï !

Et la chance n'a rien à voir là dedans !…

 

Pour conclure mais sans terminer la discussion...

Le Yuko Datotsu, si pour beaucoup il est vu comme le Graal du Kendo, c'est un peu normal qu'il requière une formule digne d'un alchimiste, qu'en pensez vous ?

 

 

 

 

 

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Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21

Le 23/02/2021 à partir de 18h, nous avons partagé ensemble cette conférence sur le Kendo no Kata.

 

Remerciements :

En premier lieu je vous remercie tous pour votre présence qu'elle ait été en direct pendant la conférence, en visionnage différé ou même ici sur le blog.

Je l'ai déjà fait en live mais je remercie une nouvelle fois toutes les sources d'inspirations qui m'ont grandement aidé pour documenter cette conférence.

Un grand merci à Sakudo Masao senseï pour ses écrits et ses conférences : “Nippon Kendo Kata,  Considerations for Instruction”, (Osaka University of Health and Sport Science), 2011.

Les diffusions et partages des enseignements de Sakudo sensei ont été réalisés par le club FUDOKAN de Marseille :  merci à son professeur Alain Hagopian !

http://www.fudokan-marseille.com/tag/kendo-no-kata/

La Fédération Japonaise de Kendo et sa page histoire :

https://www.kendo.or.jp/en/knowledge/kendo-history/

George Mc Call et son Kenshi 24/7 : https://kenshi247.net/

L'université canadienne de York : http://www.yorku.ca/kendo

 

Les liens vers les vidéos :

Za rei et ipponme (00:00) : Toyomura - Ujiie : https://youtu.be/2v7HPzOfIfo

Ipponme (02:22) : Iwatate - Katoh : https://youtu.be/at-cmEgy25A

Nihonme (01:16) : Chiba - Nakata : https://youtu.be/EbskzwErDdA

Sanbonme (01:54) : Mochida - Saimura : https://youtu.be/Lxjuc3NPTMg

Sanbonme (01:10) : Sato-Sumi : https://youtu.be/VObXW_v5ydY

Yonhonme  et Gohonme (02:04) : Takano Sasaburo - Nakayama Hakudo : https://youtu.be/R2ZRpl9WoPQ

Gohonme (02:08) : Sato-Sumi : https://youtu.be/VObXW_v5ydY

Gohonme (02:51) : Kata on the Beach : https://youtu.be/WgZpEUcdQhI

Ropponme (00:24:06) : Onuma - Maruyama : https://youtu.be/DxsQGoGsjlM

Nanahonme (03:47) Hasegawa - Ishii : https://youtu.be/G3X2WUs3Izc

Kodachi-Ipponme (04:08)  : Mochida - Saimura : https://youtu.be/Lxjuc3NPTMg

Kodachi-Nihonme (00:35:49) : Onuma - Maruyama : https://youtu.be/DxsQGoGsjlM

Kodachi-Nihonme (06:02) : Hasegawa - Ishii : https://youtu.be/G3X2WUs3Izc

Kodachi-Sanbonme (05:33) : Sato-Sumi : https://youtu.be/VObXW_v5ydY

Kodachi-Sanbonme (06:30) : Chiba- Nakata : https://youtu.be/EbskzwErDdA

Kodachi-Sanbonme (05:47) : Takano Sasaburo - Nakayama Hakudo : https://youtu.be/R2ZRpl9WoPQ

Et cérémonial de fin dans la précédente vidéo, à voir également dans les vidéos qui la précèdent et qui montrent un cérémonial plus actuel.

Pour un visionnage en continu de l'intégralité de ces vidéos, voici la "play-list" de Youtube : https://youtube.com/playlist?list=PLmI_TQV3Mhs25GEjqtiG6Stvw7Jctp-8-

Les photos de la présentation :

 

Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21

 

Les citations de la conférence :

Hoplologie : https://fr.qaz.wiki/wiki/Hoplology

Un des objectifs du Kendo no kata, et des Kata en général, est de développer un ressenti intuitif des aspects du combat au moyen d'une longue pratique répétitive et en conscience de ces formes codifiées. Et c'est ce qui fait résonner en nous les concepts théoriques quand nous nous y confrontons.

 

 

Sakudo sensei :

"Durant l’ère Tokugawa, l’attitude des guerriers bushi envers leurs sabres a vécu une transition de l’utilisation pour tuer (setsunin-tō) vers l’utilisation pour préserver la vie (katsunin-ken). A travers la pratique du kata, les arts martiaux ont évolué et ont permi au guerrier d’étendre sa compréhension des fondements de la vie."

 

Sakudo sensei :

"Les premiers kata de kenjustu ont été codifiés à partir des expériences en combat réel des fondateurs des écoles, et ont englobé la manière dont l’esprit et le corps opèrent conjointement pour un effet optimal dans la confrontation en un contre un en termes de timing et de distance. Ceux qui ont appris le kata ont eu à intégrer les mouvements et, au travers de la répétition constante, sont parvenus à faire l’expérience de la connaissance des fondateurs. En d’autres termes, le kata peut être décrit comme un vecteur par lequel l’adepte peut réaliser l’union de l’esprit, de la technique et du corps (shin-gi-tai) dans un processus de compréhension, d’apprentissage et de maîtrise des techniques."

Sakudo sensei :

"Depuis les temps anciens, l’opportunité d’atteindre la victoire a été exprimée avec le terme “sen”. Dans le Nippon Kendo Kata, les deux variations sen-sen-no-sen et go-no-sen sont utilisées pour avoir l’avantage, et ces principes sont insufflés dans les formes de référence. Sen-sen-no-sen consiste à gagner par l’anticipation (avant que la technique de l’adversaire ne commence), alors que go-no-sen consiste à obtenir la victoire par un mouvement réflexe conditionné. Particulièrement dans les sports où le résultat est décidé en un instant, il n’y a pas d’autre manière de gagner en dehors de l’utilisation d’un mouvement réflexe ou d’anticipation. Bien sûr, aucun des deux n’est nécessairement exclusif, et il y a des moments où ils sont si proches qu’il est impossible de les différentier. Il y a aussi des occasions où ils sont coordonnés. Bien que la relation entre les deux soit variée, le principe de base est toujours axé sur l’anticipation ou le réflexe. Dans le kendō, sen-sen-no-sen sert à gagner au travers d’une perception vive des intentions de l’opposant, et go-no-sen au travers d’une réaction réflexe."

Sakudo senseï nous cite un passage du travail de Ōta Ryūhō sensei sur le Sen :
“Sen-sen-no-sen: Il en existe deux types – tangible avec la forme (ukei), et impalpable sans la forme (mukei). Le premier se réfère à l’application de la pression en premier et, juste au moment où l’opposant est sur le point de réagir, d’attaquer avant lui (…). Le sen-sen-no-sen impalpable est le fait de vider d’abord le ki de l’opposant puis, comme son “intention de frapper” se manifeste, et que le pressentiment (nioi) de la cible visée résonne dans votre propre coeur, de répondre en attaquant avant que son attaque puisse se former. (nioi-no-sen).”
 

Une nouvelle fois, un grand merci à Sakudo Masao sensei !

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Ishin-denshin (以心伝心) : L'art du sabre se transmet par le coeur

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Les photos de SATO Sensei et le portrait de Jean-Pierre RAICK, réalisé par Dany DELEPIERRE proviennent du bureau du club Lilois qui m'a si chaleureusement accueilli le 11/11/2018 pour le KeikoLes photos de SATO Sensei et le portrait de Jean-Pierre RAICK, réalisé par Dany DELEPIERRE proviennent du bureau du club Lilois qui m'a si chaleureusement accueilli le 11/11/2018 pour le Keiko
Les photos de SATO Sensei et le portrait de Jean-Pierre RAICK, réalisé par Dany DELEPIERRE proviennent du bureau du club Lilois qui m'a si chaleureusement accueilli le 11/11/2018 pour le KeikoLes photos de SATO Sensei et le portrait de Jean-Pierre RAICK, réalisé par Dany DELEPIERRE proviennent du bureau du club Lilois qui m'a si chaleureusement accueilli le 11/11/2018 pour le KeikoLes photos de SATO Sensei et le portrait de Jean-Pierre RAICK, réalisé par Dany DELEPIERRE proviennent du bureau du club Lilois qui m'a si chaleureusement accueilli le 11/11/2018 pour le Keiko

Les photos de SATO Sensei et le portrait de Jean-Pierre RAICK, réalisé par Dany DELEPIERRE proviennent du bureau du club Lilois qui m'a si chaleureusement accueilli le 11/11/2018 pour le Keiko

Je me réessaye au Iaido depuis peu.

Après plus de 25 années d'arrêt... que je croyais...
Dès la première pose des mains sur le sabre, dès le premier metsuke, des foules de souvenirs, émotions, conseils, le son de sa voix... me sont remontés à la surface.


Mon sensei de Iaido, celui avec qui j'ai fait mes premiers pas, nuki tsuke, kiritsuke, shiburi, noto... feu SATO Hikoshiro Hanshi.


J'avais arrêté le Iaido depuis 15 ans.

Je ne le voyais plus, j'avais des nouvelles par mes amis Iaidoka, Jean Jacques SAUVAGE notamment...

 

Ce jour là, mon 6e dan de Kendo me donnait le privilège de pouvoir participer au Kyoto taikai. Tellement de foule au Butokuden ce jour-là, c'était la 100e édition, que pour se faufiler, je devais replier les ailes de mon men... et hop éjecté de la masse, je me retrouvai au bord du shiaijo, à mon tour de passer...


Et au premier rang des spectateurs de mon shiaijo, SATO sensei... pas le temps de le saluer, je saluai déjà mon adversaire et YAAAHHH !!!


A la fin, le temps de récupérer ma feuille de passage qu'il était déjà parti.

 

Il était venu expressément voir Mon keiko !!!

 

Oui il faut savoir qu’il existe un livret indiquant chaque année,  à la minute près, l’heure de passage des 4000 participants du Kyoto Taïkaï


J’eûs beau rechercher SATO senseï sur le site parmi les dédales des marchands du Temple du Kendo, ... en vain.


Quelques mois plus tard. J'ai appris sa mort, effondré.

Alors, à ma reprise du Iaido, instantanément j'ai compris que mon sensei avait vécu avec moi toutes ces années, qu'il s'exprimait toujours à travers moi, à travers ma pratique, mes valeurs, mon enseignement du Kendô aussi.

 

Et il est là le lien magique qui fait perdurer, depuis des siècles, les techniques et surtout les valeurs humaines ancestrales du Budo.

Jean-Pierre RAICK, plus récemment, nous a laissé, pour beaucoup d'entre nous, orphelins de Kendo.

 

L'influence qu'il a eue sur le développement du Kendo Français et Européen est indiscutable.

 

Pour ma part, entre autres techniques et trajectoires de sabre, je me suis rendu compte très récemment que c'est lui qui, lors d'un stage d'été à Fontenay, a ouvert une porte à mon Kendo.

 

Depuis j'explore des contrées différentes mais complémentaires au "ya poum poum" habituel et tellement rasoir et en quasi total manque d'inspiration. (Initiés comprendront ou qui sait, lors d'un prochain post)


Et puis, je viens, nous venons, de perdre récemment deux amis de sabre coup sur coup.

Perdre, non ! ...car Georges et Geoff, seront toujours dans nos coeurs.
On dit ça comme une formule de condoléances toute faite, et pourtant je le ressens profondément a minima dans le cas de mes frères d’armes, et désormais frères de larmes, de l'art du sabre.   


Dans un post précédent je vous parlais de mon "Xénon", Xavier D’ETAT, ancien président du Kendo aquitain; De la technique que j'avais baptisée du même nom. Et bien je continue de la perpétrer (perpétuer) plusieurs fois par séance. Avec chaque fois une petite pensée....


Nous portons en nous à jamais une partie de celui qui fut notre professeur, notre sempai, notre ami, ou même une simple rencontre.


Alors dans ce contexte, et je dirais même qu'il a inspiré ce post, voici un extrait du poème que mon ami Serge HENDRICKS nous a fait connaître et pour ma part, reconnaître : "Souffles" de Birago Diop

...
Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire
Et dans l’ombre qui s’épaissit.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans l’Arbre qui frémit,
Ils sont dans le Bois qui gémit,
Ils sont dans l’Eau qui coule

Ecoute plus souvent
Les Choses que les Etres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Ecoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots,
C’est le Souffle des Ancêtres.
...

Alors oui, je transmettrai, je transmets déjà tout cela qui vit en moi. Et j'imagine que mes élèves penseront que tout vient de moi. Quelque part oui, ils ont raison, ce qui s'est imprimé en moi est sans doute ce que mon « kokoro » a choisi de s'approprier pour grandir et comme valeurs à transmettre aux futures générations.

Kenshis, nous sommes tous de ses vecteurs,
L'art du sabre se transmet par le coeur ! 

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Le poids des mains

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Le poids des mains

Cela ne vous a pas échappé, nous utilisons tous un (voire plusieurs) outil(s) "extra-corporel" lors de nos échanges endiablés de coups, mais coupes, de sabres...  ...de bambou.

Notre schéma corporel se retrouve ainsi agrémenté d'une composante nouvelle que nous n'avons jamais encore expérimentée avant nos débuts en Kendô.

Tels les bébés qui apprennent à se servir d'une cuillère, avec des réussites diverses, nous avons besoin d'apprendre à manier notre outil, tranchant ou non, et tout en respectant, comme le rappelle la ZNKR, les principes du Sabre.

...les principes du Sabre

Un des premiers principes du Sabre selon moi, et non des moindres, est qu'un Sabre, ça coupe !

Enfin ça devrait... et c'est là que commence ma longue liste de critiques, se voulant constructives, et construites à partir d'observations de pratiquants européens. Même si j'espère que certains français se reconnaîtront et entamerons la dure et longue remise en questions de leur apprentissage, et donc ré-apprentissage, du te no uchi (manipulation du sabre par le travail de l'intérieur des mains).

Je vous le dis sans ambages, pour certains la tâche est énorme, d'autant plus que les années de pratiques ont ancré en eux une "certaine" (dans le sens de certitude) façon de tenir leur Sabre.

Laissons derrière nous une constatation "enfoncement de porte ouverte" qui tendrait à penser que chez les pratiquants ayant travaillé longtemps et souvent au bokken ou au iaïto, la proportion de chantiers à lancer est bien moindre. C'est cruellement vrai !

Et pour ma part, est-ce ma lointaine pratique d'Ono-Ha Itto-ryu ou bien mon petit et ancien 2e dan de Iai-do (ou les deux) qui m'ont enseigné la recherche perpétuelle de la bonne sensation dans les mains ?! 

Alors oui, et si vous tous preniez comme vade-mecum dans les principes du Sabre qu'un Sabre ça coupe ?

Un test, Le Test : votre te no uchi contre sur une botte de paille au moyen d'un vrai Sabre ?!

Principes encore...

Ah oui j'oubliais, pour couper, un Sabre a besoin que la lame soit positionnée avec le tranchant dans le même sens que la trajectoire de la lame et que la lame arrive le plus perpendiculairement possible à la cible afin de ne pas riper.

Un autre des principes importants selon moi est que, afin d'utiliser au mieux de son efficience, la courbure de la lame dans la coupe, il convient d'entamer celle ci avec les mains plus basses que le point d'entrée de la lame.

On le voit, en tous cas on l'attend (dixit un arbitre) de voir cette notion bien mise en pratique pour Kote et pour Do. Pour le men, cela semble plutôt inévitable... quoique !? Regardez bien attentivement certains des Men de Miyasaki Masahiro !!!

Ensuite dans les principes du Sabre, j'y ajouterais le respect. Le respect qu'il convient de porter au Sabre tout simplement... mais là je sais que pour certains, je me rapproche dangereusement du mysticisme !  Oui et alors ?

 

Le plus commun des modes "bâton" : le marteau pilon

Vous l'avez compris, quand on ne tient pas en considération dans sa pratique du Kendô, les principes du Sabre, inévitablement, on se retrouve à utiliser son shinaï comme un bâton.

La prise marteau des deux mains sur le shinaï : La prise marteau est la position des mains dans laquelle les 5 doigts de la main sont perpendiculaires à l'axe du shinaï.

Les effets induits de cette position des mains apporte de la puissance dans les frappes, de la raideur aussi, et cela fait perdre de l'allonge.

De par cette prise de main marteau, mécaniquement quand on tend les bras devant, la pointe du shinaï est dressée vers le haut à 45° minimum par rapport à l'horizontale.

Cette inclinaison de lame n'est pas propice à délivrer un impact de Men alors, le plus souvent, il s'opère un levier entre les deux mains; la gauche se lève pendant que la droite descend, afin de frapper la cible.

Avec cette position des mains, le sens du tranchant n'est absolument pas contrôlable dans la trajectoire que l'on donne au shinaï et l'on se retrouve à frapper Kote ou Do avec le plat du Sabre la plupart du temps.

Cette façon de faire est souvent rencontrée chez des pratiquants ayant commencé jeunes sans que cette façon de tenir le shinaï ne leur ait été corrigée.

Beaucoup plus rarement, j'ai rencontré également le mode "Massue". Ce mode ci se rapproche un peu du "Marteau Pilon" mais avec une composante supplémentaire : la frappe à courte distance, à bras raccourcis, les mains plutôt rapprochées sur le shinai, un peu style bate de baseball.

 

Le syndrome du "Comme ça chef ?"

Un petit village d'irréductibles au sein du Kendo français rencontre aussi une autre problématique dans leur te no uchi.

Quand on regarde leur positionnement des mains sur le Sabre, au premier abord, il se peut qu'on soit impressionné. Quelle belle forme de mains sur le Sabre ! On dirait même qu'avec les Kotes, chacun des doigts possède une vie propre sur le shinai. Magnifique !

Il est évident que dans leur apprentissage, depuis le plus jeune âge, on leur a inculqué les bienfaits d'un sabre bien tenu, les mains bien disposées dans une forme montrant une dextérité efficiente.

Et puis, il faut en recevoir une frappe pour se rendre compte que la forme ne fait pas tout et que dans le fond, il y en manque justement.

Je regardais justement un de mes amis d'entre eux faire suburi. Et bien, vous ne me croirez peut être pas mais, son petit doigt de la main gauche, lors de la frappe de men, se balade allègrement sur la tsuka à plusieurs centimètres de distance de l'emplacement où il se trouve lors du shudan no kamae.

Avoir une bonne forme de mains sur le shinai c'est assurément une bonne chose mais elle doit résulter d'un fond de tenue du sabre, basé sur ses principes et notamment sur sa capacité à couper.

 

Alors que faire ?

Toujours garder à l'esprit les principes du Sabre...

C'est plus facile quand on est dans le début de sa pratique (10 premières années), il faut créer dans votre schéma corporel ce nouveau membre que doit devenir le Sabre et construire sa nouvelle articulation.

En effet, je le dis souvent, afin d'être précis et d'être en mesure de transmettre la puissance du corps dans le dernier tiers de la lame, une articulation pérenne doit être mise en place.

Permettant le mouvement d'une articulation, nous avons des muscles, des tendons, des ligaments et des os.

Dans notre cas, 

  • les os sont représentés par les radius et cubitus d'un coté et Sabre de l'autre

  • Les ligaments par les petits doigts des deux mains qui sont "vissés" invariablement au même endroit sur la tsuka du Sabre. Ils représentent ainsi autant de repères cognitifs pour acquérir le bon mouvement, la bonne distance et permettent également de conserver le repère du sens du tranchant

  • Les tendons par les poignets, les mains et les autres doigts qui transmettent la puissance musculaire

  • les muscles sont représentés principalement par les palmaires (muscles de l'avant-bras) qui rendent mobiles les tendons (poignets, mains et doigts)

  • le tranchant de la lame, en terme de mouvement, est intimement lié aux tranchants des mains. Ainsi le hasuji (sens du tranchant durant la coupe) sera systématiquement respecté.

Et quoi qu'il en soit toujours tenir son Sabre comme si l'on tenait un oiseau dans sa main : suffisamment serré pour ne pas qu'il ne s'envole et suffisamment relâché pour ne pas l'étouffer.

Et lire aussi : http://jibun-no-hana.over-blog.com/2015/04/peux-t-on-couper-avec-son-sabre-de-bambou.html

 

Conclusion

Voilà, un apprentissage de tous les instants. En Kendô rien n'est acquis et surtout pas une technique ou une sensation. Il faut sans cesse tenter de la perfectionner.

Cessons donc de prendre du retard et commençons dès à présent par bien tenir son Sabre qu'il soit fait de bambou, de bois ou bien d'acier.

...et prenez au sérieux la menace de OGAWA senseï qui a écrit :

"Si vous considérer ou traitez votre shinaï comme s'il n'était qu'un vulgaire bout de bois ou un bâton, votre Kendô s'apparentera à ce qu'on appelle (en 1932) 'Waza kenjutsu' et toute la signification du Kendô lui même disparaîtra."

 

NDLR

Les pratiquants observés ayant servi à écrire cet article sont 4e dan et plus, par conséquent ayant plus de 10 ans de pratique.

Et bien entendu, il peut y avoir des degrés dans la présence de ces contre-principes chez tel ou tel pratiquant. J'en ai fait ici une description un peu caricaturale afin de mieux pouvoir les expliquer.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Point de vue images de la Coupe de France du Nihon Kendo Kata

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Toute la vidéo ici : https://www.facebook.com/IaidoConceptNaples/videos/1519701181377966/

Toute la vidéo ici : https://www.facebook.com/IaidoConceptNaples/videos/1519701181377966/

J'ai arbitré les deux premières éditions de la Coupe de France de Kendo no Kata.

Cette compétition, nouvellement introduite en France à l'initiative de Michel GUENTLEUR, d'ailleurs que je remercie, rassemble les plus fervents amateurs et pratiquants du Nihon Kendo Kata.

Ces pratiquants apprécient de pratiquer les Kata, s'y entraînent sans aucun doute très régulièrement. On le voit dans leur réalisation, ils aiment les Kata.

Et pourtant...

Ne soyons pas provocateur !

Je n'aime pas généraliser, alors on va dire, la majorité d'entre eux... allons, soyons un peu provocateur, titillant ainsi le même ego tranché par leur sabre régulièrement à l'entrainement...

...la grande majorité d'entre eux, d'entre vous en fait...

...vous avez "insuffisamment" compris les Kata !

PAF : la phrase est lancée !  Vous n'avez rien compris aux Kata !!!

Et puis j'ai discuté avec quelques autres arbitres dont j'étais ce jour là, et je me suis rendu compte que nous ne comprenions pas tous les Kata de la même manière. Nous n'avons pas les mêmes attentes en termes de jugement d'une prestation de Kata.

Ma recherche de vérité du combat dans l'expression des Kata, rencontra la recherche d'harmonie d'un de mes confrères, puis l'expression du Ki attendue par un autre arbitre ou encore le respect strict des rôles de Uchidachi et Shidachi.

Et bien voilà, comme je dis souvent à mes élèves quand ils me demandent : "Faut il faire comme untel dit, ou bien comme un autre demande ou bien comme tu nous montres ?"

Ma réponse est invariablement : "Il faut apprendre à tout savoir faire, toutes les façons diverses et variées et c'est de ce fait qu'un jour tu trouveras ta propre façon à toi !"

Le respect des rôles !

Uchidachi, comme très souvent écrit par tous, et par moi dans mon article sur le Motodachi, son rôle est primordial. En fait, c'est le guide, c'est le professeur. Il donne le rythme, la distance, l'attaque correcte et donne ainsi la vie au Kata.

Shidachi est l'élève, celui qui apprend la technique, celui qui suit son guide, qui est à l'écoute de la moindre des vibrations des sourcils de l'Uchidachi. Cette écoute, cette lecture, cette empathie, ces informations captées représentent la base même de la prise de connaissance du contexte si cruciale dans un combat.

Alors comment expliquer lors de la Coupe De France que, systématiquement (je n'ai pas vu d'exception), ce soit le plus expérimenté, le plus gradé, le plus en capacité à s'exprimer correctement qui soit relégué (mot choisi), ...relégué au rôle de Shidachi.

Comment expliquer ? Si ce n'est par une méconnaissance, ou pire, par un manque d'évaluation juste, de l'importance vitale (au sens littéral) du rôle de Uchidachi. 

Je m'insurge donc ! NON au cartésianisme primaire qui tendrait à croire que réussir ses Kata c'est réussir techniquement les oojiwasa du rôle de Shidachi !!!

 

L'expression du Ki !

Définissez moi ce qu'est le Ki  !  Vous avez 2h...

Je pourrais rester sur cette boutade et ainsi laisser en suspens votre propre interrogation sur ce qu'est le Ki, intensément attendu, ce jour là, par un ou plusieurs des arbitres de la Coupe de France de Kata.

Qu'attendions nous au sujet du Ki ?  oui je m'associe également...

On parle de présence pour un acteur, alliant charisme, expressivité, captivation (néologisme : action de captiver) de son auditoire et communication de son envie, de sa ferveur...

Et bien voilà, une définition du Ki comme de l'ultra-présence, ici et maintenant , déconnecté du passé et du futur, intensément dans l'instant de cette réalisation.

Alors, je vois d'ici, la tentation est grande d'imaginer qu'une prestation d'actor studio pourrait suffire à notre bonheur (celui des arbitres), touchés que nous serions par cette indicible énergie de vie, exprimée lors des Katas. Un numéro d'acteur !

Oui et non, je pense que c'est toute la différence entre faire du cinéma et vivre intensément et véritablement son rôle.

Et nous voici relié au point précédent : le respect des rôles, ainsi qu'au suivant : la recherche de vérité.

 

La recherche de vérité !

C'est le critère dans lequel je me reconnaissais le plus en ce qui concerne le jugement des Katas.

Pour moi, le Kata, en Kendô, mais pas seulement, est un recueil de situations techniques, provenant de sources historiques ou non, retraçant des combats.

Alors qu'est ce qui exprime la vérité dans la reproduction d'un combat ?

On dit souvent que "c'est l'intention qui compte". Effectivement, un peu dévié de son sens originel, dans notre cas, l'intention fait tout.

Si notre intention est de reproduire fidèlement les gestes attendus : le pied droit ici, la main gauche là, le regard vers ici, le déplacement par là...

A ce moment là, le risque est grand de n'être que dans une réalisation de 8 sur la glace, élégant et raffiné dans une pure expression scénique d'une beauté esthétique épurée.

BEURK ! Cela me fait penser aux danses avec sabre, soit disant sacrées, réalisées par des madame Butterfly toutes endimanchées et à l'attention de touristes en mal de japonaiseries.

Replaçons nous dans le contexte de temps immémoriaux où le Senseï est en train d'enseigner à son disciple, mieux que "comment ne pas en prendre plein la gueule en compét'...", mais plutôt comment affronter une situation réaliste de combat au sabre où le pronostique vital serait réellement engagé.

Pensez vous qu'il faille que l'Uchidachi doive être coulant, permissif, édulcoré ou même conciliant ?!?!?

Bien entendu qu'il ne faut pas forcément estropier son élève dès le premier cours, en lui montrant d'un Men bien senti au bokken lui explosant la fontanelle, qu'il ne sait en fait pas correctement réaliser un suriage !

Et en même temps si l'attaque de Men reste par trop théorique, la technique ne sera jamais assimilée...

Et tout à l'avenant...

 

Action ou vérité ?!

Voici deux figures du Kata où, à mon goût, l'action ne s'exprime pas suffisamment en vérité.

Ipponme : 

Quand on est Uchidachi et veut faire une belle impression sur l'attaque de Ipponme, souvent, afin de démontrer de la puissance et de l'engagement, on attaque fort avec un fort kiaï...

...et...

...pour ne pas blesser le Shidachi si par mégarde il oubliait de reculer, on coupe devant lui et non ses deux mains, tsuka comprise, comme expressément demandé dans ce Kata.

Question de cible encore : les deux mains de Shidachi, tsuka comprise, et le couper jusqu'au nombril. Trop souvent - même de temps en temps, c'est toujours trop - on a l'impression que le Uchidachi vise les pieds du Shidachi car son corps s'incline déjà vers le bas au début de l'action...

Gohonme :

Le même en couleur ! Ici la cible est la tête. Profondeur de coupe attendue : la tête uniquement.

Là ce n'est pas compliqué, je ne vois jamais l'attaque de l'Uchidachi arriver à la bonne distance. Jamais !  

Enfin, presque jamais mais à tel point que je me déplace systématiquement féliciter le bon Uchidachi pour sa coupe à la bonne distance. (Véridique)

Et ce n'est pas fini, et c'est encore la faute de Uchidachi...

Quand je vous dit qu'il faut qu'il tienne la route, la maison, la distance...

Dans sa trajectoire de coupe, non content de n'être pas à la bonne distance, il vient quasi systématiquement attaquer latéralement le sabre du Shidachi... souvent au niveau de la tsuba, et l'impact intervenant en dessous de la hauteur de la tête ce qui implique également que le timing est inadapté.

Mais pourquoi, au nom de quel pouvoir étrange, sa trajectoire de sabre est déviée de son objectif premier (la tête je vous rappelle) ?

Je pense sincèrement que la cible, tout le monde la connait, mais par manque de concentration, de détermination sur l'action à réaliser, on laisse notre esprit travestir le mouvement en l'adaptant inconsciemment car on sait d'avance ce qu'il va se passer.

Et là, il n'est pas question de niveau. Si on pratique les Kata sans prendre garde à cela, à n'importe quel niveau, on tombe dans ce piège. C'est humain !

Conclusion

S'il fallait une conclusion, ce serait :

Uchidachi : Pratiquez les Katas comme si c'était la première fois, comme si vous ne saviez pas ce qu'il va arriver. Travailler sur vous même pour cela. Cette notion vous servira également en Keiko (Ne pas se laisser influencer par l'autre), en arbitrage (Ne pas se laisser influencer par des a priori) et bien entendu pour le Kata (La recherche de la vérité du combat originel).

Shidachi : Choisissez un bon Uchidachi !

 

Excuses 

Par ce post, je m'en suis pris amicalement aux amateurs des Kata participants à cette manifestation, la Coupe de France des Katas.

Et imaginez ce qu'il pourrait y avoir à raconter sur ceux qui ne comprennent pas l'utilité des Kata dans la pratique...

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L'Autre, ses enseignements de soi-même et ceux pour soi-même

Publié le par Jean-Pierre LABRU

" Alter Ego " par Dany Delepière

" Alter Ego " par Dany Delepière

Article écrit sur une inspiration de Jean-Yves G. qui, lui aussi, en est un Autre. 
Et puis il y a l'Artiste, l'Illustre Illustrateur de ce post, avec "Alter Ego" conçu spécialement. Celui dont l'Art Kendoïstique s'exprime quand il est mon Autre en Kendô, Autre et Ami, Dany.

 

L'Autre, cet être si cher à notre progression...

Alors oui, bien entendu, toutes sortes de dogmes sur l'Autre sont en circulation de nos jours. Ici je ne vous ferai part que de mon expérience de l'Autre en Kendô, celui sur lequel j'ai bâti qui je suis dans le Kendô et dans la vie.

Mon ji-geiko, qui plait ou qui ne plait pas c'est selon, les UEK, ce blog avec son "Jibun no Hana..." ... tout cela et bien d'autres parties de moi même sont issues de ce concept.

Je vous ai parlé du rôle de Motodachi mais ce n'est qu'une petite partie de ce que l'Autre peut nous apporter en Kendô.

Ce que je vous propose comme réflexion : l'Autre comme une partie de soi même !

Explications

Déjà quelques petites explications sur le pourquoi de ce titre :

L'Autre, ses enseignements de soi-même : ce qu'il nous apprend nous sur nous même.

L'Autre nous fait agir, nous fait réagir, nous met en difficulté, nous pousse dans nos retranchements, nous valorise... : il nous fait apprendre sur nous même.

 

...et les enseignements pour soi-même : ce qu'il nous apprend sur lui et sur les autres en général.

L'Autre agit, réagit, s'écroule dessous ou surmonte la difficulté. Il nous montre ce que nous aurions envie de réaliser nous même... ou bien l'inverse, ce que nous ne voulons surtout pas faire ou être, et c'est tout aussi riche d'enseignement... : il nous apprend sur lui et sur le Monde.

C'est déjà très intéressant. Mais il faut juste noter que chaque Autre est différent et que le seul point commun entre tous les Autres.... c'est soi même !!!

 

Aïte (prononcez "ail-thé")

En Japonais, dans les arts martiaux entre autres, l'Autre est nommé l'Aïté.

Voici ce qu'en dit Wikipedia dans : Tori et Uke

 

...

aïte : "à la fois partenaire et adversaire"2, ... aïte (la main mutuelle) qui prête sa main au partenaire : (, mutuel, kanji représentant un arbre et un œil ) et 手 (te, la main). Le fondateur de l'aïkido utilisait d'ailleurs exclusivement le terme d'aïté, pour marquer la non passivité du partenaire.

...

On apprend de l'Autre en le regardant faire avec d'autres, en recevant son seme, subissant ses attaques, ressentant ses frappes... et inversement, en le faisant réagir à notre seme, nos attaques, nos frappes.

Pour dire si ce sujet m'intéresse, je vous dirais que, constamment, je pars du principe que tout Autre, quel qu'il soit, peut m'apporter une meilleure compréhension de moi même.

Et pour reprendre à mon compte, un peu adapté je l'avoue, la fameuse citation :

"Nous sommes tous l'Autre de quelqu'un d'autre !" (Librement adapté de Jean-Yves Cohen)

Ne pas se tromper d'Autre

Cela paraît évident mais dans tous ces Autres, encore faut-il choisir le bon, celui qui compte vraiment.

Je connais quelques personnes qui ont travaillé expressément quelques techniques "présumées" secrètes en vue d'une confrontation avec un "certain" autre.

Je connais aussi quelques autres qui se disent : je ne vais pas faire Keiko avec "l'autre là" pour ne pas qu'il étudie mon Kendo et que le moment venu, "cet autre là" puisse me connaitre assez pour me battre.

Et d'ailleurs, ce "certain autre" et "cet autre là" se pourraient n'être autre que la même personne, à savoir moi même. Vous me suivez ?

Vous l'avez compris, je considère comme inutiles, inefficaces, et même néfastes, ces constructions par rapport à quelqu'un, et de plus, non pas pour l'imiter dans ce qu'il fait de bien, mais juste pour le contrer et utilisant ses particularismes.

Voici donc un lien qui s'établit entre cet article et mon précédent sur le Makoto no kokoro !?!

...de plus l'occasion et trop belle pour que je ne replace pas mon "jibun no hana o sakase yo" : ce n'est pas par rapport à quelqu'un que nous nous devons de grandir mais par rapport à soi même ! Ce qui n'empêche en rien de s'approprier quelques particularismes de tel ou tel pour peu qu'ils nous correspondent.

 

Les Autres que l'on préfèrerait éviter

A moi aussi, certains Autres me sont difficiles d'accès, difficile de prendre du plaisir à faire Keiko avec eux, dificiles à manoeuvrer... et pourtant il est important de s'y astreindre.

OK, souvent, ce sont eux qui viennent à ma rencontre, à attendre leur tour dans ma file de Keiko. Je n'ai donc besoin d'aucun courage puisque je n'ai pas le choix...

Mon Autre et ami Dany Delepière me racontait une de ses nombreuses anecdotes avec Hirakawa senseï : Il suffisait que tu confies au Senseï que tu n'aimais pas pratiquer avec tel Autre pour qu'il t'y envoie d'office, à la rencontre d'un autre... un autre Monde de Kendô, où les valeurs, les concepts, les habitudes, les politesses, les techniques, les rythmes, les distances... peuvent se trouver en dehors de ta zone de confort.

 

Un bel Autre parmi tant d'autres

J'en ai déjà parlé, vous vous souvenez, venir rencontrer l'Autre dans son jardin. Par opposition au "one man keiko" que l'on voit souvent chez quelqu'un de fort techniquement en Kendô... mais de fort uniquement techniquement !

Il impose son rythme, il impose sa technique, il impose sa distance, il impose... Il impose... mais en impose-t-il vraiment ? Non, pas selon moi !

Pour illustrer ce point a contrario : Je travaille beaucoup suriage en ce moment. Suriage en oojiwasa mais pas seulement.

En shikake-wasa, je travaille mon suriage avec Mr Yoshino du Budo XI, fringant septuagénaire, amoureux du Kendo et qui vient souvent tenter de me tailler comme il le fait de ses bonsaï.

Avec lui je travaille avec assiduité, j'essaye de retrouver une délicatesse et une précision de coiffeur dans mes gestes (Mr Yoshino était coiffeur et reste passionné et expert en bonsaï). Il trouve, me dit il, que depuis quelques temps les keikos sont plus difficiles avec moi.... et moi donc !

Quel bel Autre pour moi !

 

Mon Grand Autre

Il en est un Autre, un que je ne citerai pas mais qu'il devrait être aisé d'identifier...

Cet Autre, avec qui j'ai une relation très particulière, je le considère comme un de mes enseignants, le plus présent et depuis le plus longtemps. Je n'ai pas beaucoup de discussions avec lui, mais j'estime, peut être les fantasme-je, avoir beaucoup d'échanges. A tout moment en sa présence en fait...

Continuellement, je ressens une attention particulière qu'il me porte. C'est difficile à exprimer mais quand il est présent, il maintient comme une pression sur moi (il m'observe) et dans chaque situation me renvoie une image de moi même.

Cette image, souvent me déplaît, me frustre, et je pense que c'est délibéré de sa part car il sait, sans aucun doute, que ces sentiments sont moteurs chez moi.

Je ne sais s'il m'apprécie vraiment, mais au fond, est ce absolument nécessaire d'apprécier quelqu'un pour lui prodiguer des attentions et au final lui apporter de la valeur dans sa construction.

Doit on apprécier ses élèves ?

Si apprécier est pris au sens : j’apprécie sa valeur à son juste niveau, ses qualités, ses défauts, ses courages ses lâchetés, etc... Le "j'apprécie" au sens de "je mesure", je dirais oui c'est fondamental.

Mais si "apprécier" mêle l'affectif, c'est moins sûr. Saura-t-on, en tant que professeur, mettre cet élève, en temps et en heure, devant les nécessaires épreuves, quitte à ce qu'il échoue et qu'il en souffre ? ...et pourtant ces épreuves seraient indispensables à sa construction.

Cet effet miroir, ce miroir adaptatif, intelligent, omniprésent, ... possède bien d'autres qualités. A mon avis, il est le fondement même de l'attitude d'un professeur de Kendô envers ses élèves. Le terme "élèves" est pris ici au sens large, que ce soient des débutants ou bien des élèves avancés, très liés au professeur appelés aussi : disciples.

Quelques exemples des images que me renvoie régulièrement cet Autre :

Quoique nous fassions tous les deux, il se place dans le rôle de Uchidachi des Katas, celui qu'on suit, celui à qui on s'adapte, en timing, en distance, en technique... Depuis la façon de se dire bonjour, en passant par la façon de se mettre en Seïsa, de se saluer à la fin du cours... tout se passe sans un mot, quelque fois même sans un regard... Il est présent, et j'essaye de l'être aussi. Pour un instant, un regard, un sourire, ou rien justement... et comme il est, tout comme moi, un brin provocateur...

Je pense aussi quelquefois, que cet Autre, sans doute un peu idéalisé, ou tout Autre d'ailleurs, me renvoie une image que moi seul imagine ou interprète comme telle et qu'en fait ce n'est que le produit d'un brainstorming sur une situation imaginaire. Dis plus simplement : je me ferais des films.

Au final, je préfère ne pas savoir si tout cela ne vient que de ma fertile imagination car cette relation, réelle ou non, me plait et cela me fait avancer...

 

Un Autre que j'aimerais être

Partant du principe que je mets de côté, le plus possible, l'affect, tout en conservant bien évidemment la bienveillance, il me reste à devoir être en capacité à mettre mes "partenaires de jeu" dans la situation où leurs particularités leur apparaissent clairement, qu'elles soient positives ou qu'elles le soient moins.

On m'a récemment reproché :"Quand tu fais Jigeiko, on dirait que tu te moques de ton partenaire, certains s'en sentent humiliés et c'est pour cela qu'ils ne viennent plus faire avec toi !"

Ne m'en veuillez pas mais, bien que sachant que cette remarque n'était pas bienveillante à mon égard, je l'ai prise pour un compliment.

En effet, si l'autre se sent "moqué" c'est que, par définition, je lui parle de lui même. je viens par conséquent à la rencontre de son Kendô avec ses particularismes et il est vrai que souvent, je mets le shinaï là où ça fait mal.

Par exemple, quelqu'un qui défend, je fais exprès de provoquer son attitude défensive, juste pour lui faire se rendre compte... se voir dans un miroir...

 

Et ça n'arrive pas qu'aux autres

Il y a quelques années, mais il pourrait tout aussi bien me faire la même chose encore de nos jours, monsieur TODA s'est "moqué" de mon attitude en Keiko. nous étions tous deux en Chudan no Kamae (avec un seul sabre chacun, je précise étant donné la circonstance).

Je pensais menacer fort, le Kiai du dimanche et tout et tout...

Et puis, sans que je comprenne comment il s'y était pris, il retourna son shinai, le mis à la verticale et s'appuya dessus comme pour se reposer. et tout cela sans que je n'aie rien entrepris : je suis resté comme "deux ronds de flan". En fait, je pensais menacer mais il n'y avait rien qu'une attitude statique dans l'esprit et donc dans le Sabre.

Avouez qu'il y a de quoi se vexer, non ?!... ou bien le prendre comme un conseil, une critique constructrice et se baser dessus pour progresser. Et retourner l'inviter encore et encore...

Cette petite attitude, qui titilla un peu ma fierté c'est vrai, a fait plus pour moi qu'un long discours théorique.

 

En conclusion...

 

L'Autre en général, et que peut incarner tout un chacun, pouvant être différent à chaque minute, cet être si cher à notre progression, si nous ne l'avons pas encore accueilli dans notre apprentissage du Kendô, si nous n'avons pas encore su tirer les profits de notre relation à lui, il faut....

...à vous de vous raconter la fin de cette conclusion...

...j'aurais été ainsi, pour vous, cet Autre le temps d'un instant !

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"Makoto no Kokoro" : Candide ou l'optimisme... et ceci, délibérément !

Publié le par Jean-Pierre LABRU

"Makoto no Kokoro" : Calligraphie réalisée amicalement par Yolanda spécialement pour illustrer cet article.

"Makoto no Kokoro" : Calligraphie réalisée amicalement par Yolanda spécialement pour illustrer cet article.

"Ils ne savaient pas que c'étaient impossible, alors ils y sont parvenus !" Mark TWAIN

Il est une notion fondamentale dans le correct apprentissage et la juste réalisation des techniques de Kendô.

Cette notion est d'autant plus fondamentale que sans elle, rien n'existe de vrai, rien n'existe de juste et donc rien ne s'exprime de beau dans l'esprit et par le corps.

Allez soyons positif et cette phrase se transforme en : Grâce à cette notion, tout devient vrai, tout devient juste et tout ce qui s'exprime par le corps et dans l'esprit devient beau.

Pourquoi tant de lyrisme me direz-vous ? Finalement, ce n'est qu'une notion de plus dans le Kendô, sans doute accompagnée d'un adage japonais teinté d'une belle couleur locale.

Et bien non, pas d'adage, ni de proverbe, ni même de comptine...

... je ne vois rien d'autre que le terme lui même : Makoto !

Et plutôt que de vous en donner la traduction comme n'importe lequel des dictionnaires papier ou web, je me propose de vous en faire la démonstration par la pratique... à l'écrit.

 

Commençons par nous poser quelques questions ?

Pourquoi faut-il imaginer que l'on frappe sur un partenaire lors des suburis ?

Pourquoi faut-il imaginer frapper la tête plutôt que le shinai lors du Kirigaeshi ?

Pourquoi est-il si difficile d'être sincère dans les attaques et ne pas tenir compte a priori de la technique que va réaliser shidachi dans les Katas ?

Comment lors d'un exercice de kiriotoshi ne pas finir par frapper latéralement au bout d'un moment ?

Comment faire pour être un bon motodachi afin que le partenaire travaille profitablement ses ooji-wasa (contre attaques) ?

Et au final, comment ne pas se laisser influencer par le contexte, nos a priori, le partenaire ou notre propre appréhension afin de prendre la meilleure décision (en Keiko, Shiaï ou arbitrage) ?

 

Visualiser pour réaliser avec justesse

En Iaidô, si on doit visualiser ses assaillants ce n'est, excusez du peu, que pour les coupes soient dans le bon timing et donc la juste distance, avec la bonne technique employée, afin que le sabre coupe virtuellement ce qu'il doit couper.

En soit, si on ne visualise pas, on se retrouve à réaliser d'élégantes (ou pas) "arabesques" (comme disait mon premier professeur de Kendô) sans aucune signification ni pertinence.

Et d'ailleurs en Iaidô, le plus haut niveau de réalisation arrive à faire visualiser ces mêmes assaillants par un public, averti ou non.

Et donc lors des suburis, il faut se fixer une cible virtuelle, à la distance adaptée, et la frapper comme si on frappait sur l'armure du partenaire. Par conséquent et par exemple, il ne faut pas s'arrêter au niveau de la tête mais bien à celui de la bouche. J'associe souvent cette image à celle du Tennis où on se doit de traverser la balle.... et au billard, la boule.

 

Focaliser pour être dans le vrai

Le Kirigaeshi, cela pourrait faire un post à lui tout seul.

L'alternance de frappes à la tête, respectant la distance, le sens du tranchant (message perso : je ne vous lâcherai pas les jeunes), le te no uchi, ... Pour un observateur avisé, le kirigaeshi détermine à lui seul votre niveau de maitrise de votre corps et de votre sabre.

Et que dire si les frappes ne visent que le shinai du partenaire qui n'est par définition pas à la bonne distance. En effet, il est avancé et écarté par rapport à la vraie cible à viser : la tête.

 

Le gohonme du Kata mon cheval de bataille du Makoto.

Ceux qui me connaissent un peu savent que j'apprécie le Gohonme pour sa technique de suriage et que je le considère comme un indicateur de la sincérité, la vérité, avec laquelle on pratique le Kendo no Kata.

Placé à la perpendiculaire comme un jury d'examen, la trajectoire du sabre de Uchidachi est très clairement visible en termes de distance d'attaque.

Souvent, très souvent, trop souvent, sans doute pour ne pas blesser le partenaire, l'attaque est faite sur le bokken de Shidachi plutôt que sur sa tête.

Question de distance sans doute, le pas est insuffisant pour aller porter son sabre au dessus de la tête du Shidachi.

Quelquefois même (souvent, en fait !), le shidachi n'a même pas eu le temps d'amorcer le suriage et le choc des sabres intervient à la hauteur de Chudan.

Les effets indésirables et induits par cette situation sont considérables et néfastes :

Le shidachi ne travaille pas technique de suriage à la bonne distance.

La trajectoire et le choc sur son sabre, réalisés par l'attaque de uchidachi, ne sont pas conformes à une attaque en condition réelle, le choc des sabres y est plus lourd et par conséquent, la sensation dans les mains est toute différente.

Par conséquent, le rythme et la technique de l'ojii-wasa, la correcte distance de frappe et du kikentai cohérent en seront fortement altérés.

Je ne conçois pas que l'on puisse apprendre la technique de suriage dans ces conditions afin d'être en mesure de la réaliser en Shiaï un jour.

Alors pour faire mieux...

A distance d'attaque i-soku-i-to, hidari jodan face à shidachi en chudan, sur un pas attaquer men, en portant le datotsubu (partie du sabre) au dessus de la tête tandis que shidachi réalise suriage men du gohonme du Kata. Une fois, deux fois, dix fois, vingt fois... tandis que Shidachi fait suriage...

Faites le test et comptez combien vous avez réussi de Men avant de venir frapper le boken du partenaire plutôt que sa tête. Si on n'y prête pas attention, cela intervient dès la première. Dans tous les cas, cela aura lieu dès que l'attention sur ce point ou la volonté se relâchera un instant.

En fait c'est humain : on sait que suriage va venir interférer à notre Men : inconsciemment notre cerveau compense en faisant venir notre geste à la rencontre du sabre adverse.

 

Le sabre aimanté

Une autre démonstration : ceux qui viennent faire keiko régulièrement avec moi l'ont expérimenté quelques fois.

Quand les deux attaquent Men en même temps, une fois, deux fois... au bout d'un moment, invariablement, inconsciemment ou pas, le Men perd sa détermination vers mon Men car il est irrésistiblement attiré par mon shinai qui vient s'opposer dans le Kiriotoshi. En fait, ce n'est pas le shinaï qui est attiré mais l'esprit inconscient, ou conscient et c'est plus grave, de mon partenaire. Il vient agir "contre" mon men et non "pour" le sien !

Kiriotoshi est une technique très utilisée dans l'école Ittoryu où les deux sabres, dans des trajectoires rectilignes au centre et en direction du Men, s'opposent dans un timing similaire. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, cela ressemble un peu aux aiuchi Men de Yonhonme du Kata.

Je comprends mieux maintenant pourquoi Mr Yoshimura nous faisait travailler Kiriotoshi, au bokken, dans les stages équipes de France. Cette capacité d'autodétermination au centre, sans pour cela exercer ni de pression latérale, ni réaliser une trajectoire oblique dans l'intention inappropriée de contrer l'attaque adverse...

On pourrait résumer ainsi : "Ne cherchez pas à contrer l'autre, imposez vous tout simplement !"

Le moindre relâchement, et ceci à tous les niveaux de pratique (un combat perpétuel pour moi également) et cette dérive revient immédiatement et invariablement.

 

Conclusion

La première étape de l'innocence volontaire : se mentaliser à faire comme si rien d'autre n'existait que ce que l'on réalise. C'est aussi un travail de la volonté que de ne pas se laisser "distraire" ou influencer.

En deuxième vient la sincérité en toute chose, c'est que qui vient naturellement en travaillant l'étape 1 à chaque instant.

Cette sincérité, intégrée en standard dans notre pratique, permettra le développement de notre détermination que j'aime appeler "l'autodétermination". Pour moi, une détermination sans faille ne peut pas se mettre en place sans un travail sur la sincérité... mais je suis à l'écoute de vos remarques...

Cette détermination est perçue par nos partenaires (à partir d'un certain niveau de perception de l'autre), elle révèle en fait notre niveau de pratique et notre confiance. Ce travail sur soi permanent permet de les améliorer tous deux et développer ainsi l'assertivité de nos, désormais fameux, "points de vue" exprimés durant nos "discussions pugilistiques".

"Makoto no Kokoro" : Calligraphie réalisée amicalement par Yolanda spécialement pour illustrer cet article.

"Makoto no Kokoro" : Calligraphie réalisée amicalement par Yolanda spécialement pour illustrer cet article.

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Même pas peur, même pas vieux !!!

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Même pas peur, même pas vieux !!!

Attention message volontairement provocateur, âmes sensibles s'abstenir !!! Chers amis, et non moins coreligionnaires, vieux gradés et gradés vieux, et si vous vous inscriviez à l'open de France dans la catégorie 4e dan + de 40 ans de février prochain ?

Ce message se propose de tenter de convaincre un auditoire par définition non influençable. En effet, plus on devient fort en Kendô et moins on se laisse influencer et inconsidérément déclencher sa frappe.

Qu'à cela ne tienne, essayons tout de même !

 

Le shiai est bon pour tous !

Revenons à la définition même du shiai : "Tester en conditions réelles ses compétences, son efficacité."

...quelles soient historiques, accumulées tout au long des années de pratique ou nouvellement acquises.

Si vous ne faites plus jamais de shiai, est ce à dire que vous êtes, soit totalement confiants dans la pérennité de vos compétences historiques, soit que nous n'avez pas acquis récemment de nouvelle compétence ???

 

Dans un cas comme dans l'autre, à mon avis, c'est le début de la fin du "life long Kendo" (du Kendô pour la vie) ou "Kendô as a way of life" (le Kendô comme un chemin de vie ).

 

C'est également une volonté fédérale !!!

Petit message pour les arbitres de l'Open :

Un argument imparable c'est que le comité d'organisation de l'open de France en tient compte, en ce moment même, dans la conception du planning des deux jours, le nécessaire pour faciliter la participation des arbitres à ce shiai...

Il sera organisé par le CNKDR une rotation des arbitres et un positionnement des combats dans la journée, donnant la possibilité aux arbitres dont je suis, de participer à la compétition des +4D +40A.

 

OYEZ, OYEZ !!!

Chers amis, et non moins coreligionnaires, vieux gradés et gradés vieux, je vous invite donc à participer à la seule compétition de l'année pour nous : l'Open de France des 4eme Dan plus de 40 ans équipes et surtout individuels. Et si la participation est bonne, qu'est ce qui empêcherait de faire une catégorie plus +50A l'année prochaine ??? Allez, à bientôt sur le shiai Jo !!!

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