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Conférence sur le Yuko Datotsu du 20/02/2021

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Samedi 20 février 2021, nous avons partagé un moment ensemble lors duquel j'ai tenté de décrire ce que l'on appelle le Yuko Datotsu.
Le Yuko Datotsu est un terme que l'on entend souvent et qui est communément assimilé, tantôt au Ippon, tantôt au Ki Ken Tai no Ichi. Quelles sont les différences entre ces 3 notions ?
Comment le définir techniquement, comment le reconnaitre quand on arbitre, quand on est spectateur mais également et surtout quand on pratique soi-même ?
Pourquoi quelques fois l'appréciation du Yuko Datotsu peut faire débat et comment peut-on être certain de sa bonne compréhension ?
Nous avons tenté ensemble de répondre à ces questions à travers différentes démonstrations théoriques et pratiques de la valable réalisation du Yuko Datotsu.

 


Introduction 


Le but de cette conférence était que tout le monde reparte avec une vision claire de ce que peut être le Yuko Datotsu, et en relie son appréciation à son propre sentiment de rapport au sabre.
Effectivement, certain ultra-cartésiens démystificateurs nous assènent qu'il faut qu'on ouvre les yeux, on se bat avec des bouts de bois et qu'en aucun cas on ne risque sa vie : ce n'est que du sport ! 
Et si justement, on s'employait à imaginer, visualiser, se figurer, se projeter, et ainsi trancender les valeurs d'absolu et d'esprit romanesque des combats d'escrime ? 
Et comme je dis souvent, quel meilleur apprentissage que de se figurer un combat réel afin de survivre à notre propre mort et en tirer de précieux enseignements ?!
D'ailleurs à l'intérieur même des règles sportives du Kendo, ne serait ce que par son rapport au sabre, se cachent quelques énigmes et qu'à bien y regarder, l'art martial est bien présent.


Définition littérale et règle de compétition
    

La définition littérale de Yuko Datotsu "collision efficace" évoluera dans notre contexte pour une "frappe valable" beaucoup plus adaptée.

La liste des critères qui définissent le YD dans les règles internationales (FIK) parait finie et bien catégorisée :

  • La bonne partie du shinai – datotsubu
  • La bonne partie de l’armure – datotsubui
  • Le sens du tranchant – Hasuji
  • Un esprit vigoureux – Kiai Kime
  • Une posture correcte et adaptée
  • Le tout suivi par Zanshin

Et pourtant cette liste ne se suffit pas à elle-même, le pratiquant, le spectateur et l'arbitre se devront de remettre dans le contexte ces six éléments, et ceci instantanément, afin d'évaluer la correcte application du Yuko Datotsu.

Vous pouvez voir dans le schéma ci-dessous que cinq "composants" s'ajoute à la liste des prérequis.

 

Le Kime, Zanshin, Kikai et autres éléments composant le Yuko Datotsu

 

Ma-aï : communément traduit par "la distance". Oui mais voilà, cette distance ne se mesure pas en centimètres, ni en mètres, ni même en pouces.

Cette distance est celle qui vous sépare de votre adversaire dans votre capacité à l'atteindre, ou la sienne à vous atteindre, physiquement… mais aussi mentalement et j'avoue que cela peut être plus difficile à appréhender.
Cette distance se mesure donc en potentialité de réalisation, d'atteindre ou d'être atteint.

Prenons l'exemple de combats asymétriques, Naginata - Kendo, ce qui illustrera, par un exemple, le Ma-ai. 

La capacité d'atteindre et plus éloignée pour le Naginata, par contre dès que kendoka a réussi à pénétrer plus proche que cette distance, le risque est grand; La Naginata le sait, si elle rate sa cible, elle peut s'exposer à la ruée du Kendoka qui, comme une furie, tentera crânement de profiter de l'opportunité.

Cette menace d'intrusion est une des façons d'atteindre mentalement le pratiquant de Naginata.

A l'inverse, si le Kendoka a une tendance à s'appuyer régulièrement sur sa jambe avant, il s'expose à un Sune fauchant d'un coup ses espoirs de ruée vers le Yuko Datotsu; le kendoka le sait et doit composer avec.

Voilà un exemple de ma-ai, comme une complémentarité, une imbrication, un effet miroir de la potentialité physique et mentale de chacun.

 

Kime
Voilà encore de l'impalpable, interprêtable, une appréciaton de la détermination, certe propre à chacun selon son vécu, mais qui devrait faire l'unanimité et donc devrait être indiscutable.

Oui mais voilà, quelque fois, ce qui est exprimé en tant que détermination peut donner lieu à en parler…

De la détermination d'attaque, cette urgente nécessité de s'engager corps et âme dans une quête de Yuko Datotsu, se compose de plusieurs autres notions; et en découlent naturellement quelques autres.

De nombreuses maximes et termes japonais nous bercent depuis de longues années pour les plus anciens, depuis mon enfance me concernant, on y trouve notamment :
Prioriser ses actions à travers le Ichi gan Ni soku San tan Shi riki,
Se départir du Shikai (peur, doute, surprise et hésitation) …
…et ainsi libérer son Sutemi (engagement total),
Dans l'expression du Kikentai no Ichi…
Produire du Sae (donner de la vie aux 10 derniers centimètre de la lame)…
Au moyen du Te no uchi (travail réalisé à l'intérieur des mains)…
…et qui se termine par Zanshin.

Et même dans l'articulation, la qualité dans la prononciation du Kiai, se cache une expression de la détermination. N'avez-vous jamais essayé de réaliser deux Men, le premier en poussant le Kiai bien articulé, explosif respiratoirement (mais pas que) et précis "MEN" et un autre avec un Kiai du type "WAACHA" ?

La détermination de la prononciation du Kiai, bien évidemment participe à la démonstration de la détermination globale, participe à démontrer le Kime mais à en élaborer également sa vigueur !

Cet état d'esprit préparatoire, le cœur gonflé de Kiai, si expressif de ferveur, galvanisant de confiance (si si persévérez encore si vous en doutez), la tête restant froide pourtant, nous amène à un point de non retour où la défense ne sera plus une option, ni même une pensée, ou le Sutemi en est son expression ultime, qui se poursuit d'un Kikentai no ichi bien senti… et qui se termine par zanshin : voilà le Kime !

 

Le Zanshin fait déjà partie des 6 éléments, pourtant son côté impalpable, personnalisé, contextualisé va demander plus de précisions.
Bien entendu, un Zanshin standard qui intervient comme une prolongation naturelle d'un fort Kime, et produit un état de vigilence disponible, est facile à évaluer.

Mais comme toute règle, et encore plus pour celles qui se doivent d'être appréciées plutôt que d'être appliquées strictement, les exceptions qui la confirment nous rassurent quant à l'étendue de notre pouvoir de décision que l'on soit arbitre, combattant ou spectateur.

Prenons pour exemple…
Ce lien avec notre partenaire, celui qui dès le salut s'est créé entre nous et qui nous entraine dans une danse folle, sabre au clair, Kiai déployés, seme percutants, sensibilités exacerbées afin de capter les messages, déjouer les intox bien qu'en en provoquant soi-même, imprimer, désarconner, résister, se trancender…

Ce lien, appartenant à nous deux, si garant de notre intimité pugilistique de l'instant, comment pourrait-il être abandonné, l'espace même d'une microseconde, à la défaveur d'une attitude corporelle ou mentale.

Nooon mes amis, je dis NON, ne laissons pas passer cette intolérable trahison de Zanshin et gardez vos applaudissements dans vos poches, vos drapeaux le long du corps et ne ratez pas la chance d'attaque immédiate comme une sanction bien méritée.

Cette petite envolée lyrique n'a pour seul but que d'argumenter auprès de vous du côté très humain, émotionnel du jugement du Zanshin nécessaire et suffisant.

 

Kikai, c'est l'opportunité. Apprécier le Kikai est assez simple pour toute personne rompue à n'importe lequel des jeux, sports ou arts pugilistiques.

Figurez vous que même ma grand-mère un jour, me laissant sans voix, m'a commenté un combat de Kendo en vidéo alors qu'elle en voyait pour la première fois. La vie à l'orpheminat avant guerre n'a pas du être simple tous les jours !?!!

L'exemple de la place que prendrait Kikai dans l'attribution d'un ippon s'illustre assez facilement par le blocage en tsuki au moment de la réception d'une frappe qui aurait été valable sans cela.

Pourquoi le ippon n'est il pas validé dans ce cas ?

Et bien c'est juste que l'opportunité d'attaque, Kikai n'était pas là…

 

Riaï est également une notion fondamentale.

Ce n'est pas à être apprécié par les arbitres mais plutôt par les jurés d'examen (pour les grades élevés).

En effet, Riaï correspond à notre capacité de prendre les bonnes décisions au bon moment.

Les arbitres en évaluent le résultat : le Yuko datotsu; les jurés d'examen doivent évaluer la justesse des décisions prises, ce qui est un gage du niveau de compréhension, du niveau de lecture du contexte ainsi que la capacité d'en tirer les bonnes décisions d'action.

Allez une fois n'est pas coutume, une analogie avec le football, (oui je n'ai peur de rien) :

Seul devant le gardien quelle décision prendre ?

Tirer ou faire la passe ?

Et bien ça dépend de beaucoup de critères à analyser instantanément comme la confiance, l'état de fatigue, le niveau du gardien, l'état du terrain et tant d'autres… voilà Riaï !

Et la chance n'a rien à voir là dedans !…

 

Pour conclure mais sans terminer la discussion...

Le Yuko Datotsu, si pour beaucoup il est vu comme le Graal du Kendo, c'est un peu normal qu'il requière une formule digne d'un alchimiste, qu'en pensez vous ?

 

 

 

 

 

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Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21

Le 23/02/2021 à partir de 18h, nous avons partagé ensemble cette conférence sur le Kendo no Kata.

 

Remerciements :

En premier lieu je vous remercie tous pour votre présence qu'elle ait été en direct pendant la conférence, en visionnage différé ou même ici sur le blog.

Je l'ai déjà fait en live mais je remercie une nouvelle fois toutes les sources d'inspirations qui m'ont grandement aidé pour documenter cette conférence.

Un grand merci à Sakudo Masao senseï pour ses écrits et ses conférences : “Nippon Kendo Kata,  Considerations for Instruction”, (Osaka University of Health and Sport Science), 2011.

Les diffusions et partages des enseignements de Sakudo sensei ont été réalisés par le club FUDOKAN de Marseille :  merci à son professeur Alain Hagopian !

http://www.fudokan-marseille.com/tag/kendo-no-kata/

La Fédération Japonaise de Kendo et sa page histoire :

https://www.kendo.or.jp/en/knowledge/kendo-history/

George Mc Call et son Kenshi 24/7 : https://kenshi247.net/

L'université canadienne de York : http://www.yorku.ca/kendo

 

Les liens vers les vidéos :

Za rei et ipponme (00:00) : Toyomura - Ujiie : https://youtu.be/2v7HPzOfIfo

Ipponme (02:22) : Iwatate - Katoh : https://youtu.be/at-cmEgy25A

Nihonme (01:16) : Chiba - Nakata : https://youtu.be/EbskzwErDdA

Sanbonme (01:54) : Mochida - Saimura : https://youtu.be/Lxjuc3NPTMg

Sanbonme (01:10) : Sato-Sumi : https://youtu.be/VObXW_v5ydY

Yonhonme  et Gohonme (02:04) : Takano Sasaburo - Nakayama Hakudo : https://youtu.be/R2ZRpl9WoPQ

Gohonme (02:08) : Sato-Sumi : https://youtu.be/VObXW_v5ydY

Gohonme (02:51) : Kata on the Beach : https://youtu.be/WgZpEUcdQhI

Ropponme (00:24:06) : Onuma - Maruyama : https://youtu.be/DxsQGoGsjlM

Nanahonme (03:47) Hasegawa - Ishii : https://youtu.be/G3X2WUs3Izc

Kodachi-Ipponme (04:08)  : Mochida - Saimura : https://youtu.be/Lxjuc3NPTMg

Kodachi-Nihonme (00:35:49) : Onuma - Maruyama : https://youtu.be/DxsQGoGsjlM

Kodachi-Nihonme (06:02) : Hasegawa - Ishii : https://youtu.be/G3X2WUs3Izc

Kodachi-Sanbonme (05:33) : Sato-Sumi : https://youtu.be/VObXW_v5ydY

Kodachi-Sanbonme (06:30) : Chiba- Nakata : https://youtu.be/EbskzwErDdA

Kodachi-Sanbonme (05:47) : Takano Sasaburo - Nakayama Hakudo : https://youtu.be/R2ZRpl9WoPQ

Et cérémonial de fin dans la précédente vidéo, à voir également dans les vidéos qui la précèdent et qui montrent un cérémonial plus actuel.

Pour un visionnage en continu de l'intégralité de ces vidéos, voici la "play-list" de Youtube : https://youtube.com/playlist?list=PLmI_TQV3Mhs25GEjqtiG6Stvw7Jctp-8-

Les photos de la présentation :

 

Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21

 

Les citations de la conférence :

Hoplologie : https://fr.qaz.wiki/wiki/Hoplology

Un des objectifs du Kendo no kata, et des Kata en général, est de développer un ressenti intuitif des aspects du combat au moyen d'une longue pratique répétitive et en conscience de ces formes codifiées. Et c'est ce qui fait résonner en nous les concepts théoriques quand nous nous y confrontons.

 

 

Sakudo sensei :

"Durant l’ère Tokugawa, l’attitude des guerriers bushi envers leurs sabres a vécu une transition de l’utilisation pour tuer (setsunin-tō) vers l’utilisation pour préserver la vie (katsunin-ken). A travers la pratique du kata, les arts martiaux ont évolué et ont permi au guerrier d’étendre sa compréhension des fondements de la vie."

 

Sakudo sensei :

"Les premiers kata de kenjustu ont été codifiés à partir des expériences en combat réel des fondateurs des écoles, et ont englobé la manière dont l’esprit et le corps opèrent conjointement pour un effet optimal dans la confrontation en un contre un en termes de timing et de distance. Ceux qui ont appris le kata ont eu à intégrer les mouvements et, au travers de la répétition constante, sont parvenus à faire l’expérience de la connaissance des fondateurs. En d’autres termes, le kata peut être décrit comme un vecteur par lequel l’adepte peut réaliser l’union de l’esprit, de la technique et du corps (shin-gi-tai) dans un processus de compréhension, d’apprentissage et de maîtrise des techniques."

Sakudo sensei :

"Depuis les temps anciens, l’opportunité d’atteindre la victoire a été exprimée avec le terme “sen”. Dans le Nippon Kendo Kata, les deux variations sen-sen-no-sen et go-no-sen sont utilisées pour avoir l’avantage, et ces principes sont insufflés dans les formes de référence. Sen-sen-no-sen consiste à gagner par l’anticipation (avant que la technique de l’adversaire ne commence), alors que go-no-sen consiste à obtenir la victoire par un mouvement réflexe conditionné. Particulièrement dans les sports où le résultat est décidé en un instant, il n’y a pas d’autre manière de gagner en dehors de l’utilisation d’un mouvement réflexe ou d’anticipation. Bien sûr, aucun des deux n’est nécessairement exclusif, et il y a des moments où ils sont si proches qu’il est impossible de les différentier. Il y a aussi des occasions où ils sont coordonnés. Bien que la relation entre les deux soit variée, le principe de base est toujours axé sur l’anticipation ou le réflexe. Dans le kendō, sen-sen-no-sen sert à gagner au travers d’une perception vive des intentions de l’opposant, et go-no-sen au travers d’une réaction réflexe."

Sakudo senseï nous cite un passage du travail de Ōta Ryūhō sensei sur le Sen :
“Sen-sen-no-sen: Il en existe deux types – tangible avec la forme (ukei), et impalpable sans la forme (mukei). Le premier se réfère à l’application de la pression en premier et, juste au moment où l’opposant est sur le point de réagir, d’attaquer avant lui (…). Le sen-sen-no-sen impalpable est le fait de vider d’abord le ki de l’opposant puis, comme son “intention de frapper” se manifeste, et que le pressentiment (nioi) de la cible visée résonne dans votre propre coeur, de répondre en attaquant avant que son attaque puisse se former. (nioi-no-sen).”
 

Une nouvelle fois, un grand merci à Sakudo Masao sensei !

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Ishin-denshin (以心伝心) : L'art du sabre se transmet par le coeur

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Les photos de SATO Sensei et le portrait de Jean-Pierre RAICK, réalisé par Dany DELEPIERRE proviennent du bureau du club Lilois qui m'a si chaleureusement accueilli le 11/11/2018 pour le KeikoLes photos de SATO Sensei et le portrait de Jean-Pierre RAICK, réalisé par Dany DELEPIERRE proviennent du bureau du club Lilois qui m'a si chaleureusement accueilli le 11/11/2018 pour le Keiko
Les photos de SATO Sensei et le portrait de Jean-Pierre RAICK, réalisé par Dany DELEPIERRE proviennent du bureau du club Lilois qui m'a si chaleureusement accueilli le 11/11/2018 pour le KeikoLes photos de SATO Sensei et le portrait de Jean-Pierre RAICK, réalisé par Dany DELEPIERRE proviennent du bureau du club Lilois qui m'a si chaleureusement accueilli le 11/11/2018 pour le KeikoLes photos de SATO Sensei et le portrait de Jean-Pierre RAICK, réalisé par Dany DELEPIERRE proviennent du bureau du club Lilois qui m'a si chaleureusement accueilli le 11/11/2018 pour le Keiko

Les photos de SATO Sensei et le portrait de Jean-Pierre RAICK, réalisé par Dany DELEPIERRE proviennent du bureau du club Lilois qui m'a si chaleureusement accueilli le 11/11/2018 pour le Keiko

Je me réessaye au Iaido depuis peu.

Après plus de 25 années d'arrêt... que je croyais...
Dès la première pose des mains sur le sabre, dès le premier metsuke, des foules de souvenirs, émotions, conseils, le son de sa voix... me sont remontés à la surface.


Mon sensei de Iaido, celui avec qui j'ai fait mes premiers pas, nuki tsuke, kiritsuke, shiburi, noto... feu SATO Hikoshiro Hanshi.


J'avais arrêté le Iaido depuis 15 ans.

Je ne le voyais plus, j'avais des nouvelles par mes amis Iaidoka, Jean Jacques SAUVAGE notamment...

 

Ce jour là, mon 6e dan de Kendo me donnait le privilège de pouvoir participer au Kyoto taikai. Tellement de foule au Butokuden ce jour-là, c'était la 100e édition, que pour se faufiler, je devais replier les ailes de mon men... et hop éjecté de la masse, je me retrouvai au bord du shiaijo, à mon tour de passer...


Et au premier rang des spectateurs de mon shiaijo, SATO sensei... pas le temps de le saluer, je saluai déjà mon adversaire et YAAAHHH !!!


A la fin, le temps de récupérer ma feuille de passage qu'il était déjà parti.

 

Il était venu expressément voir Mon keiko !!!

 

Oui il faut savoir qu’il existe un livret indiquant chaque année,  à la minute près, l’heure de passage des 4000 participants du Kyoto Taïkaï


J’eûs beau rechercher SATO senseï sur le site parmi les dédales des marchands du Temple du Kendo, ... en vain.


Quelques mois plus tard. J'ai appris sa mort, effondré.

Alors, à ma reprise du Iaido, instantanément j'ai compris que mon sensei avait vécu avec moi toutes ces années, qu'il s'exprimait toujours à travers moi, à travers ma pratique, mes valeurs, mon enseignement du Kendô aussi.

 

Et il est là le lien magique qui fait perdurer, depuis des siècles, les techniques et surtout les valeurs humaines ancestrales du Budo.

Jean-Pierre RAICK, plus récemment, nous a laissé, pour beaucoup d'entre nous, orphelins de Kendo.

 

L'influence qu'il a eue sur le développement du Kendo Français et Européen est indiscutable.

 

Pour ma part, entre autres techniques et trajectoires de sabre, je me suis rendu compte très récemment que c'est lui qui, lors d'un stage d'été à Fontenay, a ouvert une porte à mon Kendo.

 

Depuis j'explore des contrées différentes mais complémentaires au "ya poum poum" habituel et tellement rasoir et en quasi total manque d'inspiration. (Initiés comprendront ou qui sait, lors d'un prochain post)


Et puis, je viens, nous venons, de perdre récemment deux amis de sabre coup sur coup.

Perdre, non ! ...car Georges et Geoff, seront toujours dans nos coeurs.
On dit ça comme une formule de condoléances toute faite, et pourtant je le ressens profondément a minima dans le cas de mes frères d’armes, et désormais frères de larmes, de l'art du sabre.   


Dans un post précédent je vous parlais de mon "Xénon", Xavier D’ETAT, ancien président du Kendo aquitain; De la technique que j'avais baptisée du même nom. Et bien je continue de la perpétrer (perpétuer) plusieurs fois par séance. Avec chaque fois une petite pensée....


Nous portons en nous à jamais une partie de celui qui fut notre professeur, notre sempai, notre ami, ou même une simple rencontre.


Alors dans ce contexte, et je dirais même qu'il a inspiré ce post, voici un extrait du poème que mon ami Serge HENDRICKS nous a fait connaître et pour ma part, reconnaître : "Souffles" de Birago Diop

...
Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire
Et dans l’ombre qui s’épaissit.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans l’Arbre qui frémit,
Ils sont dans le Bois qui gémit,
Ils sont dans l’Eau qui coule

Ecoute plus souvent
Les Choses que les Etres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Ecoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots,
C’est le Souffle des Ancêtres.
...

Alors oui, je transmettrai, je transmets déjà tout cela qui vit en moi. Et j'imagine que mes élèves penseront que tout vient de moi. Quelque part oui, ils ont raison, ce qui s'est imprimé en moi est sans doute ce que mon « kokoro » a choisi de s'approprier pour grandir et comme valeurs à transmettre aux futures générations.

Kenshis, nous sommes tous de ses vecteurs,
L'art du sabre se transmet par le coeur ! 

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Le poids des mains

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Le poids des mains

Cela ne vous a pas échappé, nous utilisons tous un (voire plusieurs) outil(s) "extra-corporel" lors de nos échanges endiablés de coups, mais coupes, de sabres...  ...de bambou.

Notre schéma corporel se retrouve ainsi agrémenté d'une composante nouvelle que nous n'avons jamais encore expérimentée avant nos débuts en Kendô.

Tels les bébés qui apprennent à se servir d'une cuillère, avec des réussites diverses, nous avons besoin d'apprendre à manier notre outil, tranchant ou non, et tout en respectant, comme le rappelle la ZNKR, les principes du Sabre.

...les principes du Sabre

Un des premiers principes du Sabre selon moi, et non des moindres, est qu'un Sabre, ça coupe !

Enfin ça devrait... et c'est là que commence ma longue liste de critiques, se voulant constructives, et construites à partir d'observations de pratiquants européens. Même si j'espère que certains français se reconnaîtront et entamerons la dure et longue remise en questions de leur apprentissage, et donc ré-apprentissage, du te no uchi (manipulation du sabre par le travail de l'intérieur des mains).

Je vous le dis sans ambages, pour certains la tâche est énorme, d'autant plus que les années de pratiques ont ancré en eux une "certaine" (dans le sens de certitude) façon de tenir leur Sabre.

Laissons derrière nous une constatation "enfoncement de porte ouverte" qui tendrait à penser que chez les pratiquants ayant travaillé longtemps et souvent au bokken ou au iaïto, la proportion de chantiers à lancer est bien moindre. C'est cruellement vrai !

Et pour ma part, est-ce ma lointaine pratique d'Ono-Ha Itto-ryu ou bien mon petit et ancien 2e dan de Iai-do (ou les deux) qui m'ont enseigné la recherche perpétuelle de la bonne sensation dans les mains ?! 

Alors oui, et si vous tous preniez comme vade-mecum dans les principes du Sabre qu'un Sabre ça coupe ?

Un test, Le Test : votre te no uchi contre sur une botte de paille au moyen d'un vrai Sabre ?!

Principes encore...

Ah oui j'oubliais, pour couper, un Sabre a besoin que la lame soit positionnée avec le tranchant dans le même sens que la trajectoire de la lame et que la lame arrive le plus perpendiculairement possible à la cible afin de ne pas riper.

Un autre des principes importants selon moi est que, afin d'utiliser au mieux de son efficience, la courbure de la lame dans la coupe, il convient d'entamer celle ci avec les mains plus basses que le point d'entrée de la lame.

On le voit, en tous cas on l'attend (dixit un arbitre) de voir cette notion bien mise en pratique pour Kote et pour Do. Pour le men, cela semble plutôt inévitable... quoique !? Regardez bien attentivement certains des Men de Miyasaki Masahiro !!!

Ensuite dans les principes du Sabre, j'y ajouterais le respect. Le respect qu'il convient de porter au Sabre tout simplement... mais là je sais que pour certains, je me rapproche dangereusement du mysticisme !  Oui et alors ?

 

Le plus commun des modes "bâton" : le marteau pilon

Vous l'avez compris, quand on ne tient pas en considération dans sa pratique du Kendô, les principes du Sabre, inévitablement, on se retrouve à utiliser son shinaï comme un bâton.

La prise marteau des deux mains sur le shinaï : La prise marteau est la position des mains dans laquelle les 5 doigts de la main sont perpendiculaires à l'axe du shinaï.

Les effets induits de cette position des mains apporte de la puissance dans les frappes, de la raideur aussi, et cela fait perdre de l'allonge.

De par cette prise de main marteau, mécaniquement quand on tend les bras devant, la pointe du shinaï est dressée vers le haut à 45° minimum par rapport à l'horizontale.

Cette inclinaison de lame n'est pas propice à délivrer un impact de Men alors, le plus souvent, il s'opère un levier entre les deux mains; la gauche se lève pendant que la droite descend, afin de frapper la cible.

Avec cette position des mains, le sens du tranchant n'est absolument pas contrôlable dans la trajectoire que l'on donne au shinaï et l'on se retrouve à frapper Kote ou Do avec le plat du Sabre la plupart du temps.

Cette façon de faire est souvent rencontrée chez des pratiquants ayant commencé jeunes sans que cette façon de tenir le shinaï ne leur ait été corrigée.

Beaucoup plus rarement, j'ai rencontré également le mode "Massue". Ce mode ci se rapproche un peu du "Marteau Pilon" mais avec une composante supplémentaire : la frappe à courte distance, à bras raccourcis, les mains plutôt rapprochées sur le shinai, un peu style bate de baseball.

 

Le syndrome du "Comme ça chef ?"

Un petit village d'irréductibles au sein du Kendo français rencontre aussi une autre problématique dans leur te no uchi.

Quand on regarde leur positionnement des mains sur le Sabre, au premier abord, il se peut qu'on soit impressionné. Quelle belle forme de mains sur le Sabre ! On dirait même qu'avec les Kotes, chacun des doigts possède une vie propre sur le shinai. Magnifique !

Il est évident que dans leur apprentissage, depuis le plus jeune âge, on leur a inculqué les bienfaits d'un sabre bien tenu, les mains bien disposées dans une forme montrant une dextérité efficiente.

Et puis, il faut en recevoir une frappe pour se rendre compte que la forme ne fait pas tout et que dans le fond, il y en manque justement.

Je regardais justement un de mes amis d'entre eux faire suburi. Et bien, vous ne me croirez peut être pas mais, son petit doigt de la main gauche, lors de la frappe de men, se balade allègrement sur la tsuka à plusieurs centimètres de distance de l'emplacement où il se trouve lors du shudan no kamae.

Avoir une bonne forme de mains sur le shinai c'est assurément une bonne chose mais elle doit résulter d'un fond de tenue du sabre, basé sur ses principes et notamment sur sa capacité à couper.

 

Alors que faire ?

Toujours garder à l'esprit les principes du Sabre...

C'est plus facile quand on est dans le début de sa pratique (10 premières années), il faut créer dans votre schéma corporel ce nouveau membre que doit devenir le Sabre et construire sa nouvelle articulation.

En effet, je le dis souvent, afin d'être précis et d'être en mesure de transmettre la puissance du corps dans le dernier tiers de la lame, une articulation pérenne doit être mise en place.

Permettant le mouvement d'une articulation, nous avons des muscles, des tendons, des ligaments et des os.

Dans notre cas, 

  • les os sont représentés par les radius et cubitus d'un coté et Sabre de l'autre

  • Les ligaments par les petits doigts des deux mains qui sont "vissés" invariablement au même endroit sur la tsuka du Sabre. Ils représentent ainsi autant de repères cognitifs pour acquérir le bon mouvement, la bonne distance et permettent également de conserver le repère du sens du tranchant

  • Les tendons par les poignets, les mains et les autres doigts qui transmettent la puissance musculaire

  • les muscles sont représentés principalement par les palmaires (muscles de l'avant-bras) qui rendent mobiles les tendons (poignets, mains et doigts)

  • le tranchant de la lame, en terme de mouvement, est intimement lié aux tranchants des mains. Ainsi le hasuji (sens du tranchant durant la coupe) sera systématiquement respecté.

Et quoi qu'il en soit toujours tenir son Sabre comme si l'on tenait un oiseau dans sa main : suffisamment serré pour ne pas qu'il ne s'envole et suffisamment relâché pour ne pas l'étouffer.

Et lire aussi : http://jibun-no-hana.over-blog.com/2015/04/peux-t-on-couper-avec-son-sabre-de-bambou.html

 

Conclusion

Voilà, un apprentissage de tous les instants. En Kendô rien n'est acquis et surtout pas une technique ou une sensation. Il faut sans cesse tenter de la perfectionner.

Cessons donc de prendre du retard et commençons dès à présent par bien tenir son Sabre qu'il soit fait de bambou, de bois ou bien d'acier.

...et prenez au sérieux la menace de OGAWA senseï qui a écrit :

"Si vous considérer ou traitez votre shinaï comme s'il n'était qu'un vulgaire bout de bois ou un bâton, votre Kendô s'apparentera à ce qu'on appelle (en 1932) 'Waza kenjutsu' et toute la signification du Kendô lui même disparaîtra."

 

NDLR

Les pratiquants observés ayant servi à écrire cet article sont 4e dan et plus, par conséquent ayant plus de 10 ans de pratique.

Et bien entendu, il peut y avoir des degrés dans la présence de ces contre-principes chez tel ou tel pratiquant. J'en ai fait ici une description un peu caricaturale afin de mieux pouvoir les expliquer.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Point de vue images de la Coupe de France du Nihon Kendo Kata

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Toute la vidéo ici : https://www.facebook.com/IaidoConceptNaples/videos/1519701181377966/

Toute la vidéo ici : https://www.facebook.com/IaidoConceptNaples/videos/1519701181377966/

J'ai arbitré les deux premières éditions de la Coupe de France de Kendo no Kata.

Cette compétition, nouvellement introduite en France à l'initiative de Michel GUENTLEUR, d'ailleurs que je remercie, rassemble les plus fervents amateurs et pratiquants du Nihon Kendo Kata.

Ces pratiquants apprécient de pratiquer les Kata, s'y entraînent sans aucun doute très régulièrement. On le voit dans leur réalisation, ils aiment les Kata.

Et pourtant...

Ne soyons pas provocateur !

Je n'aime pas généraliser, alors on va dire, la majorité d'entre eux... allons, soyons un peu provocateur, titillant ainsi le même ego tranché par leur sabre régulièrement à l'entrainement...

...la grande majorité d'entre eux, d'entre vous en fait...

...vous avez "insuffisamment" compris les Kata !

PAF : la phrase est lancée !  Vous n'avez rien compris aux Kata !!!

Et puis j'ai discuté avec quelques autres arbitres dont j'étais ce jour là, et je me suis rendu compte que nous ne comprenions pas tous les Kata de la même manière. Nous n'avons pas les mêmes attentes en termes de jugement d'une prestation de Kata.

Ma recherche de vérité du combat dans l'expression des Kata, rencontra la recherche d'harmonie d'un de mes confrères, puis l'expression du Ki attendue par un autre arbitre ou encore le respect strict des rôles de Uchidachi et Shidachi.

Et bien voilà, comme je dis souvent à mes élèves quand ils me demandent : "Faut il faire comme untel dit, ou bien comme un autre demande ou bien comme tu nous montres ?"

Ma réponse est invariablement : "Il faut apprendre à tout savoir faire, toutes les façons diverses et variées et c'est de ce fait qu'un jour tu trouveras ta propre façon à toi !"

Le respect des rôles !

Uchidachi, comme très souvent écrit par tous, et par moi dans mon article sur le Motodachi, son rôle est primordial. En fait, c'est le guide, c'est le professeur. Il donne le rythme, la distance, l'attaque correcte et donne ainsi la vie au Kata.

Shidachi est l'élève, celui qui apprend la technique, celui qui suit son guide, qui est à l'écoute de la moindre des vibrations des sourcils de l'Uchidachi. Cette écoute, cette lecture, cette empathie, ces informations captées représentent la base même de la prise de connaissance du contexte si cruciale dans un combat.

Alors comment expliquer lors de la Coupe De France que, systématiquement (je n'ai pas vu d'exception), ce soit le plus expérimenté, le plus gradé, le plus en capacité à s'exprimer correctement qui soit relégué (mot choisi), ...relégué au rôle de Shidachi.

Comment expliquer ? Si ce n'est par une méconnaissance, ou pire, par un manque d'évaluation juste, de l'importance vitale (au sens littéral) du rôle de Uchidachi. 

Je m'insurge donc ! NON au cartésianisme primaire qui tendrait à croire que réussir ses Kata c'est réussir techniquement les oojiwasa du rôle de Shidachi !!!

 

L'expression du Ki !

Définissez moi ce qu'est le Ki  !  Vous avez 2h...

Je pourrais rester sur cette boutade et ainsi laisser en suspens votre propre interrogation sur ce qu'est le Ki, intensément attendu, ce jour là, par un ou plusieurs des arbitres de la Coupe de France de Kata.

Qu'attendions nous au sujet du Ki ?  oui je m'associe également...

On parle de présence pour un acteur, alliant charisme, expressivité, captivation (néologisme : action de captiver) de son auditoire et communication de son envie, de sa ferveur...

Et bien voilà, une définition du Ki comme de l'ultra-présence, ici et maintenant , déconnecté du passé et du futur, intensément dans l'instant de cette réalisation.

Alors, je vois d'ici, la tentation est grande d'imaginer qu'une prestation d'actor studio pourrait suffire à notre bonheur (celui des arbitres), touchés que nous serions par cette indicible énergie de vie, exprimée lors des Katas. Un numéro d'acteur !

Oui et non, je pense que c'est toute la différence entre faire du cinéma et vivre intensément et véritablement son rôle.

Et nous voici relié au point précédent : le respect des rôles, ainsi qu'au suivant : la recherche de vérité.

 

La recherche de vérité !

C'est le critère dans lequel je me reconnaissais le plus en ce qui concerne le jugement des Katas.

Pour moi, le Kata, en Kendô, mais pas seulement, est un recueil de situations techniques, provenant de sources historiques ou non, retraçant des combats.

Alors qu'est ce qui exprime la vérité dans la reproduction d'un combat ?

On dit souvent que "c'est l'intention qui compte". Effectivement, un peu dévié de son sens originel, dans notre cas, l'intention fait tout.

Si notre intention est de reproduire fidèlement les gestes attendus : le pied droit ici, la main gauche là, le regard vers ici, le déplacement par là...

A ce moment là, le risque est grand de n'être que dans une réalisation de 8 sur la glace, élégant et raffiné dans une pure expression scénique d'une beauté esthétique épurée.

BEURK ! Cela me fait penser aux danses avec sabre, soit disant sacrées, réalisées par des madame Butterfly toutes endimanchées et à l'attention de touristes en mal de japonaiseries.

Replaçons nous dans le contexte de temps immémoriaux où le Senseï est en train d'enseigner à son disciple, mieux que "comment ne pas en prendre plein la gueule en compét'...", mais plutôt comment affronter une situation réaliste de combat au sabre où le pronostique vital serait réellement engagé.

Pensez vous qu'il faille que l'Uchidachi doive être coulant, permissif, édulcoré ou même conciliant ?!?!?

Bien entendu qu'il ne faut pas forcément estropier son élève dès le premier cours, en lui montrant d'un Men bien senti au bokken lui explosant la fontanelle, qu'il ne sait en fait pas correctement réaliser un suriage !

Et en même temps si l'attaque de Men reste par trop théorique, la technique ne sera jamais assimilée...

Et tout à l'avenant...

 

Action ou vérité ?!

Voici deux figures du Kata où, à mon goût, l'action ne s'exprime pas suffisamment en vérité.

Ipponme : 

Quand on est Uchidachi et veut faire une belle impression sur l'attaque de Ipponme, souvent, afin de démontrer de la puissance et de l'engagement, on attaque fort avec un fort kiaï...

...et...

...pour ne pas blesser le Shidachi si par mégarde il oubliait de reculer, on coupe devant lui et non ses deux mains, tsuka comprise, comme expressément demandé dans ce Kata.

Question de cible encore : les deux mains de Shidachi, tsuka comprise, et le couper jusqu'au nombril. Trop souvent - même de temps en temps, c'est toujours trop - on a l'impression que le Uchidachi vise les pieds du Shidachi car son corps s'incline déjà vers le bas au début de l'action...

Gohonme :

Le même en couleur ! Ici la cible est la tête. Profondeur de coupe attendue : la tête uniquement.

Là ce n'est pas compliqué, je ne vois jamais l'attaque de l'Uchidachi arriver à la bonne distance. Jamais !  

Enfin, presque jamais mais à tel point que je me déplace systématiquement féliciter le bon Uchidachi pour sa coupe à la bonne distance. (Véridique)

Et ce n'est pas fini, et c'est encore la faute de Uchidachi...

Quand je vous dit qu'il faut qu'il tienne la route, la maison, la distance...

Dans sa trajectoire de coupe, non content de n'être pas à la bonne distance, il vient quasi systématiquement attaquer latéralement le sabre du Shidachi... souvent au niveau de la tsuba, et l'impact intervenant en dessous de la hauteur de la tête ce qui implique également que le timing est inadapté.

Mais pourquoi, au nom de quel pouvoir étrange, sa trajectoire de sabre est déviée de son objectif premier (la tête je vous rappelle) ?

Je pense sincèrement que la cible, tout le monde la connait, mais par manque de concentration, de détermination sur l'action à réaliser, on laisse notre esprit travestir le mouvement en l'adaptant inconsciemment car on sait d'avance ce qu'il va se passer.

Et là, il n'est pas question de niveau. Si on pratique les Kata sans prendre garde à cela, à n'importe quel niveau, on tombe dans ce piège. C'est humain !

Conclusion

S'il fallait une conclusion, ce serait :

Uchidachi : Pratiquez les Katas comme si c'était la première fois, comme si vous ne saviez pas ce qu'il va arriver. Travailler sur vous même pour cela. Cette notion vous servira également en Keiko (Ne pas se laisser influencer par l'autre), en arbitrage (Ne pas se laisser influencer par des a priori) et bien entendu pour le Kata (La recherche de la vérité du combat originel).

Shidachi : Choisissez un bon Uchidachi !

 

Excuses 

Par ce post, je m'en suis pris amicalement aux amateurs des Kata participants à cette manifestation, la Coupe de France des Katas.

Et imaginez ce qu'il pourrait y avoir à raconter sur ceux qui ne comprennent pas l'utilité des Kata dans la pratique...

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L'Autre, ses enseignements de soi-même et ceux pour soi-même

Publié le par Jean-Pierre LABRU

" Alter Ego " par Dany Delepière

" Alter Ego " par Dany Delepière

Article écrit sur une inspiration de Jean-Yves G. qui, lui aussi, en est un Autre. 
Et puis il y a l'Artiste, l'Illustre Illustrateur de ce post, avec "Alter Ego" conçu spécialement. Celui dont l'Art Kendoïstique s'exprime quand il est mon Autre en Kendô, Autre et Ami, Dany.

 

L'Autre, cet être si cher à notre progression...

Alors oui, bien entendu, toutes sortes de dogmes sur l'Autre sont en circulation de nos jours. Ici je ne vous ferai part que de mon expérience de l'Autre en Kendô, celui sur lequel j'ai bâti qui je suis dans le Kendô et dans la vie.

Mon ji-geiko, qui plait ou qui ne plait pas c'est selon, les UEK, ce blog avec son "Jibun no Hana..." ... tout cela et bien d'autres parties de moi même sont issues de ce concept.

Je vous ai parlé du rôle de Motodachi mais ce n'est qu'une petite partie de ce que l'Autre peut nous apporter en Kendô.

Ce que je vous propose comme réflexion : l'Autre comme une partie de soi même !

Explications

Déjà quelques petites explications sur le pourquoi de ce titre :

L'Autre, ses enseignements de soi-même : ce qu'il nous apprend nous sur nous même.

L'Autre nous fait agir, nous fait réagir, nous met en difficulté, nous pousse dans nos retranchements, nous valorise... : il nous fait apprendre sur nous même.

 

...et les enseignements pour soi-même : ce qu'il nous apprend sur lui et sur les autres en général.

L'Autre agit, réagit, s'écroule dessous ou surmonte la difficulté. Il nous montre ce que nous aurions envie de réaliser nous même... ou bien l'inverse, ce que nous ne voulons surtout pas faire ou être, et c'est tout aussi riche d'enseignement... : il nous apprend sur lui et sur le Monde.

C'est déjà très intéressant. Mais il faut juste noter que chaque Autre est différent et que le seul point commun entre tous les Autres.... c'est soi même !!!

 

Aïte (prononcez "ail-thé")

En Japonais, dans les arts martiaux entre autres, l'Autre est nommé l'Aïté.

Voici ce qu'en dit Wikipedia dans : Tori et Uke

 

...

aïte : "à la fois partenaire et adversaire"2, ... aïte (la main mutuelle) qui prête sa main au partenaire : (, mutuel, kanji représentant un arbre et un œil ) et 手 (te, la main). Le fondateur de l'aïkido utilisait d'ailleurs exclusivement le terme d'aïté, pour marquer la non passivité du partenaire.

...

On apprend de l'Autre en le regardant faire avec d'autres, en recevant son seme, subissant ses attaques, ressentant ses frappes... et inversement, en le faisant réagir à notre seme, nos attaques, nos frappes.

Pour dire si ce sujet m'intéresse, je vous dirais que, constamment, je pars du principe que tout Autre, quel qu'il soit, peut m'apporter une meilleure compréhension de moi même.

Et pour reprendre à mon compte, un peu adapté je l'avoue, la fameuse citation :

"Nous sommes tous l'Autre de quelqu'un d'autre !" (Librement adapté de Jean-Yves Cohen)

Ne pas se tromper d'Autre

Cela paraît évident mais dans tous ces Autres, encore faut-il choisir le bon, celui qui compte vraiment.

Je connais quelques personnes qui ont travaillé expressément quelques techniques "présumées" secrètes en vue d'une confrontation avec un "certain" autre.

Je connais aussi quelques autres qui se disent : je ne vais pas faire Keiko avec "l'autre là" pour ne pas qu'il étudie mon Kendo et que le moment venu, "cet autre là" puisse me connaitre assez pour me battre.

Et d'ailleurs, ce "certain autre" et "cet autre là" se pourraient n'être autre que la même personne, à savoir moi même. Vous me suivez ?

Vous l'avez compris, je considère comme inutiles, inefficaces, et même néfastes, ces constructions par rapport à quelqu'un, et de plus, non pas pour l'imiter dans ce qu'il fait de bien, mais juste pour le contrer et utilisant ses particularismes.

Voici donc un lien qui s'établit entre cet article et mon précédent sur le Makoto no kokoro !?!

...de plus l'occasion et trop belle pour que je ne replace pas mon "jibun no hana o sakase yo" : ce n'est pas par rapport à quelqu'un que nous nous devons de grandir mais par rapport à soi même ! Ce qui n'empêche en rien de s'approprier quelques particularismes de tel ou tel pour peu qu'ils nous correspondent.

 

Les Autres que l'on préfèrerait éviter

A moi aussi, certains Autres me sont difficiles d'accès, difficile de prendre du plaisir à faire Keiko avec eux, dificiles à manoeuvrer... et pourtant il est important de s'y astreindre.

OK, souvent, ce sont eux qui viennent à ma rencontre, à attendre leur tour dans ma file de Keiko. Je n'ai donc besoin d'aucun courage puisque je n'ai pas le choix...

Mon Autre et ami Dany Delepière me racontait une de ses nombreuses anecdotes avec Hirakawa senseï : Il suffisait que tu confies au Senseï que tu n'aimais pas pratiquer avec tel Autre pour qu'il t'y envoie d'office, à la rencontre d'un autre... un autre Monde de Kendô, où les valeurs, les concepts, les habitudes, les politesses, les techniques, les rythmes, les distances... peuvent se trouver en dehors de ta zone de confort.

 

Un bel Autre parmi tant d'autres

J'en ai déjà parlé, vous vous souvenez, venir rencontrer l'Autre dans son jardin. Par opposition au "one man keiko" que l'on voit souvent chez quelqu'un de fort techniquement en Kendô... mais de fort uniquement techniquement !

Il impose son rythme, il impose sa technique, il impose sa distance, il impose... Il impose... mais en impose-t-il vraiment ? Non, pas selon moi !

Pour illustrer ce point a contrario : Je travaille beaucoup suriage en ce moment. Suriage en oojiwasa mais pas seulement.

En shikake-wasa, je travaille mon suriage avec Mr Yoshino du Budo XI, fringant septuagénaire, amoureux du Kendo et qui vient souvent tenter de me tailler comme il le fait de ses bonsaï.

Avec lui je travaille avec assiduité, j'essaye de retrouver une délicatesse et une précision de coiffeur dans mes gestes (Mr Yoshino était coiffeur et reste passionné et expert en bonsaï). Il trouve, me dit il, que depuis quelques temps les keikos sont plus difficiles avec moi.... et moi donc !

Quel bel Autre pour moi !

 

Mon Grand Autre

Il en est un Autre, un que je ne citerai pas mais qu'il devrait être aisé d'identifier...

Cet Autre, avec qui j'ai une relation très particulière, je le considère comme un de mes enseignants, le plus présent et depuis le plus longtemps. Je n'ai pas beaucoup de discussions avec lui, mais j'estime, peut être les fantasme-je, avoir beaucoup d'échanges. A tout moment en sa présence en fait...

Continuellement, je ressens une attention particulière qu'il me porte. C'est difficile à exprimer mais quand il est présent, il maintient comme une pression sur moi (il m'observe) et dans chaque situation me renvoie une image de moi même.

Cette image, souvent me déplaît, me frustre, et je pense que c'est délibéré de sa part car il sait, sans aucun doute, que ces sentiments sont moteurs chez moi.

Je ne sais s'il m'apprécie vraiment, mais au fond, est ce absolument nécessaire d'apprécier quelqu'un pour lui prodiguer des attentions et au final lui apporter de la valeur dans sa construction.

Doit on apprécier ses élèves ?

Si apprécier est pris au sens : j’apprécie sa valeur à son juste niveau, ses qualités, ses défauts, ses courages ses lâchetés, etc... Le "j'apprécie" au sens de "je mesure", je dirais oui c'est fondamental.

Mais si "apprécier" mêle l'affectif, c'est moins sûr. Saura-t-on, en tant que professeur, mettre cet élève, en temps et en heure, devant les nécessaires épreuves, quitte à ce qu'il échoue et qu'il en souffre ? ...et pourtant ces épreuves seraient indispensables à sa construction.

Cet effet miroir, ce miroir adaptatif, intelligent, omniprésent, ... possède bien d'autres qualités. A mon avis, il est le fondement même de l'attitude d'un professeur de Kendô envers ses élèves. Le terme "élèves" est pris ici au sens large, que ce soient des débutants ou bien des élèves avancés, très liés au professeur appelés aussi : disciples.

Quelques exemples des images que me renvoie régulièrement cet Autre :

Quoique nous fassions tous les deux, il se place dans le rôle de Uchidachi des Katas, celui qu'on suit, celui à qui on s'adapte, en timing, en distance, en technique... Depuis la façon de se dire bonjour, en passant par la façon de se mettre en Seïsa, de se saluer à la fin du cours... tout se passe sans un mot, quelque fois même sans un regard... Il est présent, et j'essaye de l'être aussi. Pour un instant, un regard, un sourire, ou rien justement... et comme il est, tout comme moi, un brin provocateur...

Je pense aussi quelquefois, que cet Autre, sans doute un peu idéalisé, ou tout Autre d'ailleurs, me renvoie une image que moi seul imagine ou interprète comme telle et qu'en fait ce n'est que le produit d'un brainstorming sur une situation imaginaire. Dis plus simplement : je me ferais des films.

Au final, je préfère ne pas savoir si tout cela ne vient que de ma fertile imagination car cette relation, réelle ou non, me plait et cela me fait avancer...

 

Un Autre que j'aimerais être

Partant du principe que je mets de côté, le plus possible, l'affect, tout en conservant bien évidemment la bienveillance, il me reste à devoir être en capacité à mettre mes "partenaires de jeu" dans la situation où leurs particularités leur apparaissent clairement, qu'elles soient positives ou qu'elles le soient moins.

On m'a récemment reproché :"Quand tu fais Jigeiko, on dirait que tu te moques de ton partenaire, certains s'en sentent humiliés et c'est pour cela qu'ils ne viennent plus faire avec toi !"

Ne m'en veuillez pas mais, bien que sachant que cette remarque n'était pas bienveillante à mon égard, je l'ai prise pour un compliment.

En effet, si l'autre se sent "moqué" c'est que, par définition, je lui parle de lui même. je viens par conséquent à la rencontre de son Kendô avec ses particularismes et il est vrai que souvent, je mets le shinaï là où ça fait mal.

Par exemple, quelqu'un qui défend, je fais exprès de provoquer son attitude défensive, juste pour lui faire se rendre compte... se voir dans un miroir...

 

Et ça n'arrive pas qu'aux autres

Il y a quelques années, mais il pourrait tout aussi bien me faire la même chose encore de nos jours, monsieur TODA s'est "moqué" de mon attitude en Keiko. nous étions tous deux en Chudan no Kamae (avec un seul sabre chacun, je précise étant donné la circonstance).

Je pensais menacer fort, le Kiai du dimanche et tout et tout...

Et puis, sans que je comprenne comment il s'y était pris, il retourna son shinai, le mis à la verticale et s'appuya dessus comme pour se reposer. et tout cela sans que je n'aie rien entrepris : je suis resté comme "deux ronds de flan". En fait, je pensais menacer mais il n'y avait rien qu'une attitude statique dans l'esprit et donc dans le Sabre.

Avouez qu'il y a de quoi se vexer, non ?!... ou bien le prendre comme un conseil, une critique constructrice et se baser dessus pour progresser. Et retourner l'inviter encore et encore...

Cette petite attitude, qui titilla un peu ma fierté c'est vrai, a fait plus pour moi qu'un long discours théorique.

 

En conclusion...

 

L'Autre en général, et que peut incarner tout un chacun, pouvant être différent à chaque minute, cet être si cher à notre progression, si nous ne l'avons pas encore accueilli dans notre apprentissage du Kendô, si nous n'avons pas encore su tirer les profits de notre relation à lui, il faut....

...à vous de vous raconter la fin de cette conclusion...

...j'aurais été ainsi, pour vous, cet Autre le temps d'un instant !

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"Makoto no Kokoro" : Candide ou l'optimisme... et ceci, délibérément !

Publié le par Jean-Pierre LABRU

"Makoto no Kokoro" : Calligraphie réalisée amicalement par Yolanda spécialement pour illustrer cet article.

"Makoto no Kokoro" : Calligraphie réalisée amicalement par Yolanda spécialement pour illustrer cet article.

"Ils ne savaient pas que c'étaient impossible, alors ils y sont parvenus !" Mark TWAIN

Il est une notion fondamentale dans le correct apprentissage et la juste réalisation des techniques de Kendô.

Cette notion est d'autant plus fondamentale que sans elle, rien n'existe de vrai, rien n'existe de juste et donc rien ne s'exprime de beau dans l'esprit et par le corps.

Allez soyons positif et cette phrase se transforme en : Grâce à cette notion, tout devient vrai, tout devient juste et tout ce qui s'exprime par le corps et dans l'esprit devient beau.

Pourquoi tant de lyrisme me direz-vous ? Finalement, ce n'est qu'une notion de plus dans le Kendô, sans doute accompagnée d'un adage japonais teinté d'une belle couleur locale.

Et bien non, pas d'adage, ni de proverbe, ni même de comptine...

... je ne vois rien d'autre que le terme lui même : Makoto !

Et plutôt que de vous en donner la traduction comme n'importe lequel des dictionnaires papier ou web, je me propose de vous en faire la démonstration par la pratique... à l'écrit.

 

Commençons par nous poser quelques questions ?

Pourquoi faut-il imaginer que l'on frappe sur un partenaire lors des suburis ?

Pourquoi faut-il imaginer frapper la tête plutôt que le shinai lors du Kirigaeshi ?

Pourquoi est-il si difficile d'être sincère dans les attaques et ne pas tenir compte a priori de la technique que va réaliser shidachi dans les Katas ?

Comment lors d'un exercice de kiriotoshi ne pas finir par frapper latéralement au bout d'un moment ?

Comment faire pour être un bon motodachi afin que le partenaire travaille profitablement ses ooji-wasa (contre attaques) ?

Et au final, comment ne pas se laisser influencer par le contexte, nos a priori, le partenaire ou notre propre appréhension afin de prendre la meilleure décision (en Keiko, Shiaï ou arbitrage) ?

 

Visualiser pour réaliser avec justesse

En Iaidô, si on doit visualiser ses assaillants ce n'est, excusez du peu, que pour les coupes soient dans le bon timing et donc la juste distance, avec la bonne technique employée, afin que le sabre coupe virtuellement ce qu'il doit couper.

En soit, si on ne visualise pas, on se retrouve à réaliser d'élégantes (ou pas) "arabesques" (comme disait mon premier professeur de Kendô) sans aucune signification ni pertinence.

Et d'ailleurs en Iaidô, le plus haut niveau de réalisation arrive à faire visualiser ces mêmes assaillants par un public, averti ou non.

Et donc lors des suburis, il faut se fixer une cible virtuelle, à la distance adaptée, et la frapper comme si on frappait sur l'armure du partenaire. Par conséquent et par exemple, il ne faut pas s'arrêter au niveau de la tête mais bien à celui de la bouche. J'associe souvent cette image à celle du Tennis où on se doit de traverser la balle.... et au billard, la boule.

 

Focaliser pour être dans le vrai

Le Kirigaeshi, cela pourrait faire un post à lui tout seul.

L'alternance de frappes à la tête, respectant la distance, le sens du tranchant (message perso : je ne vous lâcherai pas les jeunes), le te no uchi, ... Pour un observateur avisé, le kirigaeshi détermine à lui seul votre niveau de maitrise de votre corps et de votre sabre.

Et que dire si les frappes ne visent que le shinai du partenaire qui n'est par définition pas à la bonne distance. En effet, il est avancé et écarté par rapport à la vraie cible à viser : la tête.

 

Le gohonme du Kata mon cheval de bataille du Makoto.

Ceux qui me connaissent un peu savent que j'apprécie le Gohonme pour sa technique de suriage et que je le considère comme un indicateur de la sincérité, la vérité, avec laquelle on pratique le Kendo no Kata.

Placé à la perpendiculaire comme un jury d'examen, la trajectoire du sabre de Uchidachi est très clairement visible en termes de distance d'attaque.

Souvent, très souvent, trop souvent, sans doute pour ne pas blesser le partenaire, l'attaque est faite sur le bokken de Shidachi plutôt que sur sa tête.

Question de distance sans doute, le pas est insuffisant pour aller porter son sabre au dessus de la tête du Shidachi.

Quelquefois même (souvent, en fait !), le shidachi n'a même pas eu le temps d'amorcer le suriage et le choc des sabres intervient à la hauteur de Chudan.

Les effets indésirables et induits par cette situation sont considérables et néfastes :

Le shidachi ne travaille pas technique de suriage à la bonne distance.

La trajectoire et le choc sur son sabre, réalisés par l'attaque de uchidachi, ne sont pas conformes à une attaque en condition réelle, le choc des sabres y est plus lourd et par conséquent, la sensation dans les mains est toute différente.

Par conséquent, le rythme et la technique de l'ojii-wasa, la correcte distance de frappe et du kikentai cohérent en seront fortement altérés.

Je ne conçois pas que l'on puisse apprendre la technique de suriage dans ces conditions afin d'être en mesure de la réaliser en Shiaï un jour.

Alors pour faire mieux...

A distance d'attaque i-soku-i-to, hidari jodan face à shidachi en chudan, sur un pas attaquer men, en portant le datotsubu (partie du sabre) au dessus de la tête tandis que shidachi réalise suriage men du gohonme du Kata. Une fois, deux fois, dix fois, vingt fois... tandis que Shidachi fait suriage...

Faites le test et comptez combien vous avez réussi de Men avant de venir frapper le boken du partenaire plutôt que sa tête. Si on n'y prête pas attention, cela intervient dès la première. Dans tous les cas, cela aura lieu dès que l'attention sur ce point ou la volonté se relâchera un instant.

En fait c'est humain : on sait que suriage va venir interférer à notre Men : inconsciemment notre cerveau compense en faisant venir notre geste à la rencontre du sabre adverse.

 

Le sabre aimanté

Une autre démonstration : ceux qui viennent faire keiko régulièrement avec moi l'ont expérimenté quelques fois.

Quand les deux attaquent Men en même temps, une fois, deux fois... au bout d'un moment, invariablement, inconsciemment ou pas, le Men perd sa détermination vers mon Men car il est irrésistiblement attiré par mon shinai qui vient s'opposer dans le Kiriotoshi. En fait, ce n'est pas le shinaï qui est attiré mais l'esprit inconscient, ou conscient et c'est plus grave, de mon partenaire. Il vient agir "contre" mon men et non "pour" le sien !

Kiriotoshi est une technique très utilisée dans l'école Ittoryu où les deux sabres, dans des trajectoires rectilignes au centre et en direction du Men, s'opposent dans un timing similaire. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, cela ressemble un peu aux aiuchi Men de Yonhonme du Kata.

Je comprends mieux maintenant pourquoi Mr Yoshimura nous faisait travailler Kiriotoshi, au bokken, dans les stages équipes de France. Cette capacité d'autodétermination au centre, sans pour cela exercer ni de pression latérale, ni réaliser une trajectoire oblique dans l'intention inappropriée de contrer l'attaque adverse...

On pourrait résumer ainsi : "Ne cherchez pas à contrer l'autre, imposez vous tout simplement !"

Le moindre relâchement, et ceci à tous les niveaux de pratique (un combat perpétuel pour moi également) et cette dérive revient immédiatement et invariablement.

 

Conclusion

La première étape de l'innocence volontaire : se mentaliser à faire comme si rien d'autre n'existait que ce que l'on réalise. C'est aussi un travail de la volonté que de ne pas se laisser "distraire" ou influencer.

En deuxième vient la sincérité en toute chose, c'est que qui vient naturellement en travaillant l'étape 1 à chaque instant.

Cette sincérité, intégrée en standard dans notre pratique, permettra le développement de notre détermination que j'aime appeler "l'autodétermination". Pour moi, une détermination sans faille ne peut pas se mettre en place sans un travail sur la sincérité... mais je suis à l'écoute de vos remarques...

Cette détermination est perçue par nos partenaires (à partir d'un certain niveau de perception de l'autre), elle révèle en fait notre niveau de pratique et notre confiance. Ce travail sur soi permanent permet de les améliorer tous deux et développer ainsi l'assertivité de nos, désormais fameux, "points de vue" exprimés durant nos "discussions pugilistiques".

"Makoto no Kokoro" : Calligraphie réalisée amicalement par Yolanda spécialement pour illustrer cet article.

"Makoto no Kokoro" : Calligraphie réalisée amicalement par Yolanda spécialement pour illustrer cet article.

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Même pas peur, même pas vieux !!!

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Même pas peur, même pas vieux !!!

Attention message volontairement provocateur, âmes sensibles s'abstenir !!! Chers amis, et non moins coreligionnaires, vieux gradés et gradés vieux, et si vous vous inscriviez à l'open de France dans la catégorie 4e dan + de 40 ans de février prochain ?

Ce message se propose de tenter de convaincre un auditoire par définition non influençable. En effet, plus on devient fort en Kendô et moins on se laisse influencer et inconsidérément déclencher sa frappe.

Qu'à cela ne tienne, essayons tout de même !

 

Le shiai est bon pour tous !

Revenons à la définition même du shiai : "Tester en conditions réelles ses compétences, son efficacité."

...quelles soient historiques, accumulées tout au long des années de pratique ou nouvellement acquises.

Si vous ne faites plus jamais de shiai, est ce à dire que vous êtes, soit totalement confiants dans la pérennité de vos compétences historiques, soit que nous n'avez pas acquis récemment de nouvelle compétence ???

 

Dans un cas comme dans l'autre, à mon avis, c'est le début de la fin du "life long Kendo" (du Kendô pour la vie) ou "Kendô as a way of life" (le Kendô comme un chemin de vie ).

 

C'est également une volonté fédérale !!!

Petit message pour les arbitres de l'Open :

Un argument imparable c'est que le comité d'organisation de l'open de France en tient compte, en ce moment même, dans la conception du planning des deux jours, le nécessaire pour faciliter la participation des arbitres à ce shiai...

Il sera organisé par le CNKDR une rotation des arbitres et un positionnement des combats dans la journée, donnant la possibilité aux arbitres dont je suis, de participer à la compétition des +4D +40A.

 

OYEZ, OYEZ !!!

Chers amis, et non moins coreligionnaires, vieux gradés et gradés vieux, je vous invite donc à participer à la seule compétition de l'année pour nous : l'Open de France des 4eme Dan plus de 40 ans équipes et surtout individuels. Et si la participation est bonne, qu'est ce qui empêcherait de faire une catégorie plus +50A l'année prochaine ??? Allez, à bientôt sur le shiai Jo !!!

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"Il n'y a pas de défenses en Kendô ! " - Claude HAMOT -

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Merci à JudoMag pour sa couv' #298

Merci à JudoMag pour sa couv' #298

Article paru dans le numéro de septembre 2015 de la revue Judo, par Jean-Pierre LABRU, renshi 7e dan de Kendô.

Pour cet article, je vous propose ma réponse à la question suivante, que se posent de nombreux pratiquants, ici formulée par Jean-Yves Gorgé professeur du Club de Kendo de Bergerac : "Pourquoi les personnes pratiquants le Kendo en armure voient elles apparaitre des gestes parasites de protections inutiles alors que si ces mêmes personnes travaillent sans armure le kihon au bokuto ou le Kendo no kata par exemple, ces gestes parasites disparaissent. La protection que nous confère l'armure n'est elle qu'une illusion ? "

 

Monsieur Nagano...

Juste une parenthèse pour ceux qui se demandent pourquoi je n'écris pas Nagano senseï. Et bien dans le "non dit collectif du Kendo français à travers les âges", j'ai remarqué que les senseïs, qui viennent en france régulièrement, et envers qui la reconnaissance du Kendo français est immense, évidente et perçue par tous, se trouvent, implicitement, tacitement et universellement décorés du titre de "Monsieur". Intéressant non ? Monsieur Nagano donc, en stage d'enseignants nous avait réunis en groupes de travail pour plancher sur la question suivante : "Quelle est la différence entre le sport et le Budo ?" Après une heure de délibérations sans trouver de consensus sur la réponse, Monsieur Nagano nous la livra en quelques mots : le rapport à la Mort. Sans pour cela être ni macabre, ni même sinistre, il s'agit juste de concevoir, intimement et sans y être contraint par un âge avancé, un rapport direct et sans hypocrisie avec cet épilogue, cette conclusion de notre oeuvre de vie.

Et pour illustrer :

Un des principes du Bushido : "Quand tu te retrouveras au carrefour des voies et que tu devras choisir la route, n'hésite pas : choisis la voie de la mort." « Ceux qui s'accrochent à la Vie périssent, ceux qui au contraire embrassent la Mort vivent. » (Uesugi Kenshin, à l'adresse de ses vassaux) Sans doute faut il apprendre de ces textes anciens, écrits aux alentours de périodes troublées, que d'accepter l'inéluctable permet au mieux de s'en prémunir ou pour le moins de l'affronter avec la dignité qui sied à la fonction de Bushi. Miyamoto Musashi inspectant les troupes d'un daimyo dont il était l'invité, détectait d'un seul regard ceux qui donneraient leur vie sans hésiter pour leur seigneur.

Tout ceci, me direz vous, est bien loin de nos vies civilisées du 21e siècle, et pourtant....

C'est à mon avis la réponse à la question posée : qu'est ce qui pousse à se protéger durant un combat de Kendô si ce n'est cette absurde et irrépressible envie de survivre à ce combat au sabre de bambou, sans risque réel, mais un combat à mort... virtuelle.

Une fois cette appréhension du bambou dépassée, l'étape suivante vient avec la considération que l'on porte au combat de Kendô, cette capacité à concevoir virtuellement, dans ses keikos, un combat réel au Sabre. Il s'en suit donc une nouvelle difficulté, celle d'affronter la mort par le Sabre. Ce sont à mon avis parmi les épreuves qui nous amènent à progresser significativement sur la voie du Sabre.

Et pour ne plus essayer vainement de survivre inutilement à ces morts virtuelles...

J'espère, par cet article, vous convaincre que par ce biais, qui n'est en fait qu'une droiture, vous tirerez le plus grand profit d'une mort au combat. En effet, puisque, au final, vous y survivrez et vous en tirerez, qui sait plusieurs fois même par minute, les plus précieux des enseignements. Par conséquent, il suffit de ne plus craindre de perdre le ippon, de ne plus être sensible à ce froissement, cette vexation, qui fait jusqu'à piquer une crise de nerfs aux égos les plus démesurés.

Détaché de l'idée même de réussite ou d'échec, porté par votre sutemi ainsi désinhibé, vous ne serez alors plus que positif, constructif par votre menace et conclusif par vos attaques. Votre Kendô n'en sera que meilleur.

Et comme l'écrivait Musashi dans son Go rin no sho : "Travaillez bien cet aspect !"

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Mes ponts entre les pratiques du sabre japonais

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Merci à Eric Malassis pour ses images des Samouraïs modernes !!!

Merci à Eric Malassis pour ses images des Samouraïs modernes !!!

Par Jean-Pierre LABRU, Renshi 7e dan de Kendô, 5e kyu de Naginata, 2e dan de Iaidô, 1er Kyu de Jodô et 5e Dan de Chanbara.

Il y a quelques années, voire un peu plus, j'ai pratiqué, ou plutôt j'ai été initié au Jodô, Iaidô, Naginata et Chanbara.

Ces pratiques, toutes en lien avec le Sabre japonais, représentent à mes yeux des sources constantes d'inspiration technique et contextuelles pour ma pratique du Kendô.

Si vous avez lu mes autres articles, vous l'avez deviné : mes sources d'inspiration peuvent, tout aussi bien, venir de situation du quotidien, films ou autres spectacles... et comme je l'ai déjà écrit, je suis régulièrement inspiré par les pratiquants de Kendô en général.

Dans cet article je vais vous faire part de certaines de ces inspirations que ces disciplines m'ont apporté et continuer de m'apporter en Kendô.

 

Le Iaidô

Ce que j'ai retenu du Iaidô commence avec le respect au sabre. Mon premier professeur m'avait déjà inculqué les principes comme : ne pas toucher la lame du shinai, ou boken, avec la main, ne pas enjamber un shinai et autres, mais le Iaido me l'a illustré et me l'a fait mettre en pratique.

Il me revient justement une anecdote sur le sujet :

Lors d'un stage équipe de France du siècle dernier, un autre membre de l'équipe de France qui pratiquait également le Iaido avait apporté son Katana. Chose invraisemblable, Il venait de l'acquérir sur une brocante, l'avait payé extrêmement peu cher, il s'avérait être un Sabre du 18é siècle en parfait état de conservation, d'une taille exceptionnellement grande (parfaite pour lui) et signée d'un illustre forgeron : une pièce de musée !

Mon ami a voulu absolument que je le prenne en main, j'étais terriblement impressionné. Impressionné par la beauté et capacité létale de cette arme mais aussi par son histoire que, sans la connaitre, j'imaginais écrite de rencontres avec de nombreuses personnes en état de mort imminente. Alors précautionneusement, je le pris, ressenti son poids dans mes mains et comme j'allais le restituer à son propriétaire, un autre pratiquant me l'arracha presque des mains et se mit en chudan s'acharnant à le secouer, comme d'ailleurs il secouait habituellement son shinaï. Je vous laisse imaginer comme j'ai été choqué par cette désinvolture que j'ai perçue comme un manque flagrant de respect au Sabre.

 

Le Iaido m'a appris à utiliser un sabre avec fourreau, la façon de le passer à la ceinture, dégainer, rengainer. Ceux des pratiquants de Kendô qui n'ont jamais fait le Kendo no kata au Iaito en démonstration ne peuvent pas comprendre quelle peut en être la difficulté.

 

Bien entendu, le Iaido m'a démontré les "bienfaits" de l'aérodynamisme de la lame, le travail de son orientation, en fait j'y ai appris à couper. C'est sans doute pour cela que je reste bienveillant envers ces pratiquants de Kendô qui n'ont pas fait de Iaido et qui n'essayent même pas de couper avec leur shinai. Il va quand même falloir qu'ils travaillent plus souvent au Bokken : le message est passé ;^) !!!

 

Le Jodô

En Jodô, on peut dire que le Sabre n'est pas à la fête. Perpétuellement, il perd tous ses combats face à un Jo conquérant et omnipotent.

 

Les katas de Jodo mettent en avant les faiblesses du Sabre pour mieux les exploiter. Nous parlions justement de trajectoire de sabre nécessaires à une coupe efficace. Ces trajectoires, la plupart du temps, sont prévisibles de par la position du corps et des mains du partenaire. Le Jodo vous apprend à "gérer" ces trajectoires de sabre sous de nombreuses formes et différents rythmes, selon les katas.

 

Un grand nombre de katas de Jodô enseignent, sous diverses formes techniques, le debana ou degashira ou comment attaquer le partenaire lorsqu'il vient juste de décider ce qu'il allait attaquer et qu'il commence à peine, ou est en train d'esquisser son attaque. Effectivement, debana kote à gauche ou à droite lors de l'armer du sabre et debana tsuki, d'un coup de Jo à une main au plexus, au moment où il avance.

 

Ceux qui ont vu des démonstrations de Jodo ont sûrement remarqué cette technique qui contrôle les poignets du partenaire par un mouvement tournant. Quand quelqu'un arrive sur moi les bras levés, plutôt que de le "décapsuler", le retourner en soulevant afin qu'il tombe à plat dos ce qui est très dangereux, je lui attrape les poignets avec mon shinai, et d'un mouvement tournant, je les lui rabat sur son ventre. Ce qui en fait ne doit pas être agréable non plus, ni physiquement, ni pour l'ego. Ce n'est pas une technique de Kendô en soi, sans doute que ce n'est juste qu'une mauvaise habitude de ma part... ...mais je ne la renie pas ! ;^)

 

Indiscutablement ce que le Jodo m'a appris de plus caractéristique de sa pratique est le Suri Otoshi, soit l'action du Jo de glisser fortement sur la lame du sabre et la faisant gicler sur le côté. (Cf. Kendô no kata 3e de Kodachi). En Jodo, toute la longueur du Jo est utilisée, faisant glisser les mains dessus, alors que le Jo glisse sur la totalité de la lame et produisant une puissance extrême accentuée par un surbaissement opportun du corps au même moment. La garde du partenaire s'en trouve grande ouverte, et par un timing pertinent, cela laisse un boulevard pour le ippon.

 

Le Chanbara

Le dernier arrivé de nos disciplines m'a sûrement apporté quantité de choses dans mon Kendô, j'en retiendrai principalement 3.

 

En Kendô, avec une certaine habitude, on peut aisément contrôler les attaques d'un partenaire moins gradés par quelques légers déplacements ou actions du Shinaï. Un chudan no kamae vigilant et nous sommes en sécurité la plupart du temps. Il se trouve que dans les années 90, le même jour, le matin j'avais un stage de Chanbara et l'après midi de Kendô au CEPESJA. Alors que, le matin, j'avais été attaqué de toutes part et mis en danger par des débutants alors que j'étais champion de France en titre de 3 disciplines du Chanbara de l'époque qui en comptait 4. Tandis que l'après midi, les seme de toutes sortes ne me dérangeaient pas plus que cela et je "gérais" facilement.

(Avertissement : Au fur et à mesure où relis ces dernières lignes, j'ai l'impression d'encourager le "farniente" en jigeiko. J'espère que vous ne le voyez pas ainsi, en tous cas telle n'est pas mon intention et d'ailleurs je regrette vivement quand viennent ces facilités là chez moi : elles m'ont fait rater 2 fois mon 7e dans de Kendô. Cela fera peut être l'objet d'un post futur...)

Tout cela pour dire qu'en Chanbara, le danger est partout, en haut, en bas, sur les côtés, par des pratiquants confirmés et par des débutants. Le kamae, et ses seme associés, me font plus l'effet d'une énergie d'aspect sphérique, tandis qu'en Kendô (dans sa forme farniente) rester au centre réduit à néant la plupart des attaques.

 

Immédiatement liée à la première, la notion de shinken shobu, combat à mort sur une attaque, m'a été apporté par le Chanbara. Au début en France, tous les combats de Chanbara étaient en Ippon shobu. Cet aspect ainsi que la possibilité de couper toutes les parties du corps, et il n'en fallait pas plus pour que mon imaginaire me propulse en plein duel au Sabre. Pour ceux qui ne connaissent pas le Chanbara, les combats peuvent aller très vite. Et pourtant, un jour il m'est arrivé de faire un combat au Kodachi avec Mr Yoshimura. En deux minutes, alors que les combats duraient entre 5 et 10 secondes, nous n'avons ni l'un ni l'autre réussi à développer une seule attaque. Tout le combat en ai-seme. Epuisant !

 

Le troisième aspect est technique et nous revoilà à parler de la coupe. Et oui me direz vous, je réunis Chanbara et Iaido sur le même thème de la coupe. Je vous concède que le tranchant du sabre n'est pas représenté en chanbara mais le travail des bras est bien réel dans la coupe, Doh par exemple. Et bizarrement, la seule vraie coupe du Kendô, celle où l'on doit passer les bras, c'est Doh. A l'époque, mon Kendô était exclusivement fait de debana men. Je crois que j'ai mis mon premier kote en compétition vers 1994 alors que j'étais 4e dan. Mon premier doh n'est arrivé que vers 1997 et mon premier tsuki en 1998.

En Kamae, j'avais la main droite tournée fortement vers l'intérieur, ce qui me bloquait le bras droit tendu et l'épaule droite soulevée. Avec cette façon de tenir le shinai, il m'était impossible de passer mes bras, donc de couper, après une frappe doh. Vous imaginez la suite, en Chanbara, le nombre de coupes en doh ainsi que la souplesse de l'arme, m'ont enseigné la coupe de doh pour le Kendô.

 

Le Naginata

 

Le Naginata, c'est la première des disciplines que j'ai essayée en plus du Kendô, je devais avoir 11 ans. Je peux le dire maintenant, il y a prescription, j'étais secrètement amoureux de la fille de mon professeur de Kendô l'époque qui, elle, ne pratiquait que le Naginata. Il faut toujours des bonnes raisons de faire les choses dans la vie non ? Bon je m'égare...

 

Comme me l'a dit très clairement Madame SUMI après notre keiko à Bordeaux, la gestion de la distance est, en Naginata, la clef de la réussite. OK en Kendô aussi ! ;^) ...mais en Naginata, évaluer à quelques centimètres près une distance deux fois plus grande qu'en Kendô est sans doute au moins deux fois plus difficile.

 

Bouger son corps de façon latéralisée, aussi bien à gauche qu'à droite, main gauche ou main droite est une composante de base du Naginata. Comment croyez vous que, maintenant, dans mon Kendô, je puisse faire, indépendamment "des pieds et des mains", un kikentai, soit restant perfectible, mais tout de même acceptable. Merci le Nag !

 

Conclusion

Quelle conclusion à cet article que de vous encourager, vous aussi à découvrir nos autres disciplines du CNKDR que celle que vous pratiquez ?

Je me hasarderais même à détourner une citation de Victor Hugo car on peut imaginer qu'elle illustre la complémentarité de nos disciplines de l'art du Sabre japonais :

"L'être resplendissait : Un dans tout, tout dans un !"

Visuel CNKDR ©2015 tous droits réservés

Mes ponts entre les pratiques du sabre japonais
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