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Si vous connaissez Le Film, vous savez ce qu'il se passe l'instant d'après...

Si vous connaissez Le Film, vous savez ce qu'il se passe l'instant d'après...

Par Jean-Pierre LABRU, renshi 7e dan de Kendô

Le "Cauchemar"

"J'ai fait un cauchemar cette nuit : j'ai rêvé que des personnes habillées de sombre, avec des têtes affreuses bardées de métal et des cris barbares, s'étaient alignés en face de moi et n'avaient qu'une seule envie : me liquider. Je me débattais, j'étais en sueur... je coupais, je tranchais, je succombais sur un coup, mais je me relevais et partais au combat de plus belle... puis tout à coup un cri par dessus tous les autres, je m'asseyais, j'enlevais mon Men et c'était la fin de l'Asageiko !"
Au delà de cette histoire (qui se veut) drôle de kendô, le Asageiko a toujours suscité les passions. Comme sur tous les sujets depuis que le Monde est Monde, s'affrontent les "pro" et les "anti".
Ce post vient d'une question qui m'a été formulée ainsi dernièrement : "Pour nous européens, qu'est ce que l'on cherche à travailler en soi lorsque l'on se propose de faire Asageiko ?"
Je ne suis pas certain de pouvoir y répondre mais je vais essayer de donner des éléments de réflexion afin que chacun puisse se faire sa propre idée.

Les "Pro" et les "Anti"

Une réflexion toute cartésienne amène logiquement à aborder les aspects physiologiques néfastes concernant un effort violent à peine sorti du lit. Bien entendu, ce sont les "anti" asageiko qui portent cet argument. Il se trouvent même être parallèlement quasiment tous des fan de la grasse matinée. L'Asageiko est synonyme pour eux de l'éradication de la grasse matinée lors des stage de Kendô. Sans doute un peu rapide comme analyse mais à eux de nous dire...
A contrario, pourquoi ceux qui se lèvent tôt font ils le plus souvent partie des "pro" asageiko ? Serait ce pour tirer partie au mieux de leur capacité matinale contre ceux qui sont encore à moitié dans leur lit ? Une prise d'avantage supplémentaire, une certaine perfidie en somme... Je peux d'autant plus en parler que je fais partie de cette catégorie.

Il fut un temps, en Equipe de France

Je me souviens d'un temps, lors des stages équipes de France, ou le lobbying des "grasse mat" n'avait pas encore pris le dessus sur ce créneau d'entrainement supplémentaire. A dire vrai, en corrélation avec les heures de sommeil en plus, il s'est agi de mettre en place un système de "soirée cohésion" la veille au soir. Il est évident que pour renforcer la cohésion, mieux vaut une soirée sympa qu'un impopulaire entrainement aux aurores.
J'avais pourtant pris mes habitudes, n'ayant pas de réservation pour l'Asageiko, sans doute dénoncé par mon éveil matinal chronique, j'allais inviter systématiquement Mr Yoshimura, lui aussi étonnamment esseulé à ces heures.
Je me souviens que quelques uns, toujours les mêmes et ils se reconnaîtront, "travaillaient le kamae" au fin fond du gymnase et se croyaient à l'abri des regards...

Violence

En y repensant, je me dis que le critère obligatoire que revêtait cette participation matinale était ressenti comme une violence par certains et désormais, je peux le comprendre.
Violence, le mot est bien choisi. Ne dit on pas se faire violence ?
Quand nous faisons les suburis, kirigaeshi, kakarigeiko et autres kubun geiko par dizaines centaines ou milliers, serait ce uniquement pour nous entraîner physiquement ? Je pense que chacun répondra non à cette question. En effet cela peut éprouver la volonté, la détermination, la résilience, la capacité à trouver encore et encore, au plus profond de nous même, une énergie insoupçonnée. Et c'est parce que cette énergie était insoupçonnée, que nous dépassons ainsi les limites qu’inconsciemment nous nous étions fixées.
De plus, la capacité à rester lucide durant l'effort, et ne pas se mettre en "automatique" en attendant que ça passe, produit encore plus d'apprentissage et de dépassement de soi.

"Ce qui ne tue pas rend plus fort !"

Cet adage pourrait être, selon moi, la source même des progrès en Kendô.
Nous connaissons tous les difficiles et ingrats exercices qu'il nous faut surmonter pour apprendre le Kendô. Certains verraient même dans le Shido Geiko (le keiko du disciple, souvent un peu chahuté, face à son maître) un certain sadomasochisme consommé.
Mais au delà de tous ces contraignants et éprouvants exercices, la signification de cet adage la plus importante à mes yeux :
Après chaque ippon reçu, à la suite duquel virtuellement nous mourrons, une extraordinaire opportunité s'offre à nous d'en tirer les enseignements. Ne pourrait on pas dire alors :
"Ce qui tue virtuellement, rend également plus fort !"
Cet adage ne convainc pas les anti asageiko, qui bizarrement sont aussi la plupart du temps anti Kan-Geiko (littéralement l'entrainement du froid). Des keikogi, laissé humides en extérieur la veille et durcis par le gel de janvier, et qu'il fallait enfiler pour l'asageiko... Même si la cryothérapie fait actuellement beaucoup d'émules, une fois de plus, ces aspects traditionnels de la pratique martiale posent questions. Les principales tournent le plus souvent autour de la physiologie et des aspects sportifs associés.
Cela me remet en mémoire ces compétitions que je faisais sans échauffement, au sens sportif du terme. Une hérésie pour les physiologistes du Kendô. Mon échauffement consistait uniquement par de la mise en condition mentale au moyen de la concentration. Cette même concentration, sans doute par les effets de la visualisation, me chauffent corporellement sans faire aucun mouvement.
Les trois derniers championnats de France individuels que j'ai remportés l'ont été après avoir réalisé cette "préparation".

Asageiko ou une certaine conception de la pratique

Alors voilà, l'Asageiko est peut être une hérésie physiologique, tout comme peuvent l'être le Kan-geiko ou de débuter une compétition sans échauffement sportif.
Je dirais que ces aspects relèvent d'une "certaine" conception de la pratique du Kendô.
Faire du footing, des pompes, des abdos ou même de la musculation afin d'être meilleur en Kendô, s'échauffer physiologiquement comme avant un départ de 100m... tous ces aspects relèvent à mon avis d'une autre conception du Kendô, plutôt orienté vers une discipline uniquement sportive et bien évidemment, l'objectif court terme qui va avec.
Beaucoup a déjà été dit sur cette opposition du sport par rapport à l'art martial, je pense qu'à bien y regarder, dans tous mes posts on peut le retrouver en filigrane, et c'est pas fini.

Conclusion

Je terminerais donc sur une question et une réponse. Celles que Monsieur NAGANO nous a offertes lors d'un stage d'enseignant français il y a une dizaine d'années :
"Quelle différence faites vous entre un sport et un art martial ?"
Nous avions travaillé en ateliers de 4 ou 5 pour trouver une réponse honorable à cette question.
Personnellement, je n'étais pas conscient d'avoir la bonne réponse à cette question, alors, quand je l'ai proposée à mon petit groupe de collègues professeurs, je n'ai pas su les convaincre. Ils sont revenus vers moi après avoir reçu cette réponse de NAGANO senseï :
"Dans l'art martial, on se doit de conserver un rapport constant avec la Mort."
Et au final...

Et au final...

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