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Mes ponts entre les pratiques du sabre japonais

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Merci à Eric Malassis pour ses images des Samouraïs modernes !!!

Merci à Eric Malassis pour ses images des Samouraïs modernes !!!

Par Jean-Pierre LABRU, Renshi 7e dan de Kendô, 5e kyu de Naginata, 2e dan de Iaidô, 1er Kyu de Jodô et 5e Dan de Chanbara.

Il y a quelques années, voire un peu plus, j'ai pratiqué, ou plutôt j'ai été initié au Jodô, Iaidô, Naginata et Chanbara.

Ces pratiques, toutes en lien avec le Sabre japonais, représentent à mes yeux des sources constantes d'inspiration technique et contextuelles pour ma pratique du Kendô.

Si vous avez lu mes autres articles, vous l'avez deviné : mes sources d'inspiration peuvent, tout aussi bien, venir de situation du quotidien, films ou autres spectacles... et comme je l'ai déjà écrit, je suis régulièrement inspiré par les pratiquants de Kendô en général.

Dans cet article je vais vous faire part de certaines de ces inspirations que ces disciplines m'ont apporté et continuer de m'apporter en Kendô.

 

Le Iaidô

Ce que j'ai retenu du Iaidô commence avec le respect au sabre. Mon premier professeur m'avait déjà inculqué les principes comme : ne pas toucher la lame du shinai, ou boken, avec la main, ne pas enjamber un shinai et autres, mais le Iaido me l'a illustré et me l'a fait mettre en pratique.

Il me revient justement une anecdote sur le sujet :

Lors d'un stage équipe de France du siècle dernier, un autre membre de l'équipe de France qui pratiquait également le Iaido avait apporté son Katana. Chose invraisemblable, Il venait de l'acquérir sur une brocante, l'avait payé extrêmement peu cher, il s'avérait être un Sabre du 18é siècle en parfait état de conservation, d'une taille exceptionnellement grande (parfaite pour lui) et signée d'un illustre forgeron : une pièce de musée !

Mon ami a voulu absolument que je le prenne en main, j'étais terriblement impressionné. Impressionné par la beauté et capacité létale de cette arme mais aussi par son histoire que, sans la connaitre, j'imaginais écrite de rencontres avec de nombreuses personnes en état de mort imminente. Alors précautionneusement, je le pris, ressenti son poids dans mes mains et comme j'allais le restituer à son propriétaire, un autre pratiquant me l'arracha presque des mains et se mit en chudan s'acharnant à le secouer, comme d'ailleurs il secouait habituellement son shinaï. Je vous laisse imaginer comme j'ai été choqué par cette désinvolture que j'ai perçue comme un manque flagrant de respect au Sabre.

 

Le Iaido m'a appris à utiliser un sabre avec fourreau, la façon de le passer à la ceinture, dégainer, rengainer. Ceux des pratiquants de Kendô qui n'ont jamais fait le Kendo no kata au Iaito en démonstration ne peuvent pas comprendre quelle peut en être la difficulté.

 

Bien entendu, le Iaido m'a démontré les "bienfaits" de l'aérodynamisme de la lame, le travail de son orientation, en fait j'y ai appris à couper. C'est sans doute pour cela que je reste bienveillant envers ces pratiquants de Kendô qui n'ont pas fait de Iaido et qui n'essayent même pas de couper avec leur shinai. Il va quand même falloir qu'ils travaillent plus souvent au Bokken : le message est passé ;^) !!!

 

Le Jodô

En Jodô, on peut dire que le Sabre n'est pas à la fête. Perpétuellement, il perd tous ses combats face à un Jo conquérant et omnipotent.

 

Les katas de Jodo mettent en avant les faiblesses du Sabre pour mieux les exploiter. Nous parlions justement de trajectoire de sabre nécessaires à une coupe efficace. Ces trajectoires, la plupart du temps, sont prévisibles de par la position du corps et des mains du partenaire. Le Jodo vous apprend à "gérer" ces trajectoires de sabre sous de nombreuses formes et différents rythmes, selon les katas.

 

Un grand nombre de katas de Jodô enseignent, sous diverses formes techniques, le debana ou degashira ou comment attaquer le partenaire lorsqu'il vient juste de décider ce qu'il allait attaquer et qu'il commence à peine, ou est en train d'esquisser son attaque. Effectivement, debana kote à gauche ou à droite lors de l'armer du sabre et debana tsuki, d'un coup de Jo à une main au plexus, au moment où il avance.

 

Ceux qui ont vu des démonstrations de Jodo ont sûrement remarqué cette technique qui contrôle les poignets du partenaire par un mouvement tournant. Quand quelqu'un arrive sur moi les bras levés, plutôt que de le "décapsuler", le retourner en soulevant afin qu'il tombe à plat dos ce qui est très dangereux, je lui attrape les poignets avec mon shinai, et d'un mouvement tournant, je les lui rabat sur son ventre. Ce qui en fait ne doit pas être agréable non plus, ni physiquement, ni pour l'ego. Ce n'est pas une technique de Kendô en soi, sans doute que ce n'est juste qu'une mauvaise habitude de ma part... ...mais je ne la renie pas ! ;^)

 

Indiscutablement ce que le Jodo m'a appris de plus caractéristique de sa pratique est le Suri Otoshi, soit l'action du Jo de glisser fortement sur la lame du sabre et la faisant gicler sur le côté. (Cf. Kendô no kata 3e de Kodachi). En Jodo, toute la longueur du Jo est utilisée, faisant glisser les mains dessus, alors que le Jo glisse sur la totalité de la lame et produisant une puissance extrême accentuée par un surbaissement opportun du corps au même moment. La garde du partenaire s'en trouve grande ouverte, et par un timing pertinent, cela laisse un boulevard pour le ippon.

 

Le Chanbara

Le dernier arrivé de nos disciplines m'a sûrement apporté quantité de choses dans mon Kendô, j'en retiendrai principalement 3.

 

En Kendô, avec une certaine habitude, on peut aisément contrôler les attaques d'un partenaire moins gradés par quelques légers déplacements ou actions du Shinaï. Un chudan no kamae vigilant et nous sommes en sécurité la plupart du temps. Il se trouve que dans les années 90, le même jour, le matin j'avais un stage de Chanbara et l'après midi de Kendô au CEPESJA. Alors que, le matin, j'avais été attaqué de toutes part et mis en danger par des débutants alors que j'étais champion de France en titre de 3 disciplines du Chanbara de l'époque qui en comptait 4. Tandis que l'après midi, les seme de toutes sortes ne me dérangeaient pas plus que cela et je "gérais" facilement.

(Avertissement : Au fur et à mesure où relis ces dernières lignes, j'ai l'impression d'encourager le "farniente" en jigeiko. J'espère que vous ne le voyez pas ainsi, en tous cas telle n'est pas mon intention et d'ailleurs je regrette vivement quand viennent ces facilités là chez moi : elles m'ont fait rater 2 fois mon 7e dans de Kendô. Cela fera peut être l'objet d'un post futur...)

Tout cela pour dire qu'en Chanbara, le danger est partout, en haut, en bas, sur les côtés, par des pratiquants confirmés et par des débutants. Le kamae, et ses seme associés, me font plus l'effet d'une énergie d'aspect sphérique, tandis qu'en Kendô (dans sa forme farniente) rester au centre réduit à néant la plupart des attaques.

 

Immédiatement liée à la première, la notion de shinken shobu, combat à mort sur une attaque, m'a été apporté par le Chanbara. Au début en France, tous les combats de Chanbara étaient en Ippon shobu. Cet aspect ainsi que la possibilité de couper toutes les parties du corps, et il n'en fallait pas plus pour que mon imaginaire me propulse en plein duel au Sabre. Pour ceux qui ne connaissent pas le Chanbara, les combats peuvent aller très vite. Et pourtant, un jour il m'est arrivé de faire un combat au Kodachi avec Mr Yoshimura. En deux minutes, alors que les combats duraient entre 5 et 10 secondes, nous n'avons ni l'un ni l'autre réussi à développer une seule attaque. Tout le combat en ai-seme. Epuisant !

 

Le troisième aspect est technique et nous revoilà à parler de la coupe. Et oui me direz vous, je réunis Chanbara et Iaido sur le même thème de la coupe. Je vous concède que le tranchant du sabre n'est pas représenté en chanbara mais le travail des bras est bien réel dans la coupe, Doh par exemple. Et bizarrement, la seule vraie coupe du Kendô, celle où l'on doit passer les bras, c'est Doh. A l'époque, mon Kendô était exclusivement fait de debana men. Je crois que j'ai mis mon premier kote en compétition vers 1994 alors que j'étais 4e dan. Mon premier doh n'est arrivé que vers 1997 et mon premier tsuki en 1998.

En Kamae, j'avais la main droite tournée fortement vers l'intérieur, ce qui me bloquait le bras droit tendu et l'épaule droite soulevée. Avec cette façon de tenir le shinai, il m'était impossible de passer mes bras, donc de couper, après une frappe doh. Vous imaginez la suite, en Chanbara, le nombre de coupes en doh ainsi que la souplesse de l'arme, m'ont enseigné la coupe de doh pour le Kendô.

 

Le Naginata

 

Le Naginata, c'est la première des disciplines que j'ai essayée en plus du Kendô, je devais avoir 11 ans. Je peux le dire maintenant, il y a prescription, j'étais secrètement amoureux de la fille de mon professeur de Kendô l'époque qui, elle, ne pratiquait que le Naginata. Il faut toujours des bonnes raisons de faire les choses dans la vie non ? Bon je m'égare...

 

Comme me l'a dit très clairement Madame SUMI après notre keiko à Bordeaux, la gestion de la distance est, en Naginata, la clef de la réussite. OK en Kendô aussi ! ;^) ...mais en Naginata, évaluer à quelques centimètres près une distance deux fois plus grande qu'en Kendô est sans doute au moins deux fois plus difficile.

 

Bouger son corps de façon latéralisée, aussi bien à gauche qu'à droite, main gauche ou main droite est une composante de base du Naginata. Comment croyez vous que, maintenant, dans mon Kendô, je puisse faire, indépendamment "des pieds et des mains", un kikentai, soit restant perfectible, mais tout de même acceptable. Merci le Nag !

 

Conclusion

Quelle conclusion à cet article que de vous encourager, vous aussi à découvrir nos autres disciplines du CNKDR que celle que vous pratiquez ?

Je me hasarderais même à détourner une citation de Victor Hugo car on peut imaginer qu'elle illustre la complémentarité de nos disciplines de l'art du Sabre japonais :

"L'être resplendissait : Un dans tout, tout dans un !"

Visuel CNKDR ©2015 tous droits réservés

Mes ponts entre les pratiques du sabre japonais
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Peut on couper avec son sabre de bambou ?

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Peut on couper avec son sabre de bambou ?
Peut on couper avec son sabre de bambou ?
 
Par Jean-Pierre LABRU, Renshi 7é Dan de Kendô
 

Une gageure, une utopie, que sais-je, une folie de vouloir, au Kendô, avec un shinaï de bambou, couper une partie référencée de son partenaire de jeu. Je conçois à première vue, que la pensée puisse faire sourire et même que cela puisse tenter certains de m'inviter, un mercredi soir chez eux, à une soirée pour en débattre avec d'autres passionnés, bâtisseurs de tour Eiffel en allumettes par exemple.

Pour ceux des pratiquants de Kendô sincères et qui joue à Zorro, surtout ne changez rien, continuez avec cette "insoutenable légèreté de l'être" qui fait de vous de si bons camarades !

Pour ceux qui, par la technique dans un premier temps, veulent donner, trouver, imaginer, virtualiser, idéaliser la gravité d'un combat au sabre dans leur pratique, je vous encourage à lire la suite. Et à l'appliquer...

 

Le principe de la coupe au sabre Japonais

De façon très simpliste, car tout pratiquant expert de Iaido ou Battodo saurait le dire mieux que moi, je vais tenter d'énoncer les principes de base de la coupe au sabre japonais.

Imaginons une lame courbe de sabre japonais fendant l'espace, l'air ainsi que tout ce qui se trouve sur son passage. La position de la lame dans la trajectoire suivant une logique toute aérodynamique, sans qu'il n'y ait besoin de plus expliquer, fait que le trajet de cette lame sépare l'espace en deux.

Maintenant, nous connaissons tous sur notre shinaï la partie la plus tranchante du sabre, le dernier tiers de la lame. Ici aussi, il est aisé de comprendre que dans l'arc de cercle de la trajectoire, cette partie est celle qui "voyage" le plus vite.

La courbure de la lame apporte un agrandissement de l'angle d'attaque de la coupe. Prenons l'exemple d'un shinai et d'un boken, à geste équivalent, position des mains équivalente et cible identique, le shinaï arrive plus "à plat" sur la cible que ne le fait le boken. Cet angle supplémentaire apporté par la courbure de la lame donne plus de "confort" (si je peux oser ce mot) dans la coupe. Le choc dans les mains en retour en est moins important.

 

Une référence

Comme ceux qui me suivent sur Facebook le savent, je suis en train de lire le "Teikoku Kendô Kyohon" écrit en 1932, révisé en 1937 par OGAWA Kinnosuke Hanshi qui deviendra 10ème Dan en 1957, traduit en Anglais par mon ami George Mc CALL.

Voici donc ce que OGAWA senseï a écrit sur ce sujet :

"Vous qui étudiez le Kendô, vous devez considérer votre shinaï comme s'il était un sabre célèbre et tranchant forgé par le maître MASAMUNE lui même; cela doit être, en permanence, une 'valeur' que vous respectez et en laquelle vous croyez."

Voilà, je pourrais m'arrêter ici dans mon article car ceux qui ont compris, perçu, reçu, senti résonner en eux ces premières lignes sont ceux qui coupent déjà ou qui, un jour, couperont avec leur sabre de bambou.

 

Avec un peu de pratique, qui sait ?

Mon éternel optimisme me dit que je devrais néanmoins tenter de conquérir de nouveaux membres de la coupe au bambou, alors voici 3 cas pratiques que tout un chacun peut expérimenter et s'approprier :

 

Le sens du tranchant (Hasuji)

Cela semble évident quand on le dit, cela l'est moins quand on pratique, le sens du tranchant doit être orienté précisément et exactement dans le sens de la coupe.

Combien d'entre nous faisons les sayumen de kirigaeshi avec le plat de la lame, en tous cas, pas tout à fait avec le tranchant. Vous seriez surpris, et même à haut niveau !!!

(PDLR : °°°Et voilà, je viens de perdre encore une dizaine d'amis sur Facebook avec cette réflexion !!!°°°)

 

Le niveau des mains à l'impact

Dans tous les cas, pour une coupe allant du haut vers le bas (diagonale ou pas), le point de repère d'une coupe au sabre, en complément du respect du sens du tranchant et de la bonne partie du sabre, est que les mains, lors de l'impact, doivent être en dessous du niveau où se trouve la pointe du sabre.

 

La coupe de Gyaku-doh

On entend dire : "Pour Gyaku-doh, il faut que la frappe soit plus forte que pour un Migi-doh !".

Peu de gens savent que c'est pour la même raison que l'on roule à gauche au Japon. !!!

En effet, du côté gauche se porte le fourreau et parfois même un deuxième sabre. C'est donc pour "assurer le coup" qu'il faut assurer la coupe avec une vigueur supplémentaire. Et cf. ci dessus, à l'impact, le Gyaku-doh doit avoir les mains plus basses que le niveau de la pointe du sabre.

 

Entraînez vous bien sur ces 3 points...

...et prenez au sérieux la menace de OGAWA senseï qui a écrit :

"Si vous considérer ou traitez votre shinaï comme s'il n'était qu'un vulgaire bout de bois ou un bâton, votre Kendô s'apparentera à ce qu'on appelle (en 1932) 'Waza kenjutsu' et toute la signification du Kendô lui même disparaïtra."

 

Conclusion

Vous qui me lisez depuis quelques posts, vous savez que je fonctionne beaucoup à l'intime conviction. Et bien dans ce cas, mon intime conviction porte sur le fait que, de la considération que l'on porte au shinai, vient la capacité de l'utiliser comme un sabre.

De même que, de la considération que l'on porte au combat de Kendô, cette capacité à concevoir virtuellement, dans ses keikos, un combat réel au Sabre, vient la capacité à être, et à progresser, sur la voie du Sabre.

Et comme je le dis souvent, c'est par ce biais, qui n'est en fait qu'une droiture, que l'on peut tirer le plus grand profit d'une mort au combat, puisque, au final, on y survit et on en tire les précieux enseignements.

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