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Debana-waza : quand l'intention compte pour beaucoup

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Championnats de France 2000

Championnats de France 2000


Certains, dont je suis, pensent que de rechercher à devancer l'attaque représente l'essence même de beaucoup de techniques de sabre.

Ne dit-on pas que les deux mots expliquant toutes les défaites depuis que le monde est monde sont : "Trop tard !" ?!

Devancer, dans ce cas, ne veut pas forcément signifier prendre l'initiative de l'action mais plutôt prendre l'initiative de l'ascendant sur l'intention : prendre le Sen !

Ce sujet, on pourrait l'illustrer au moyen du Kendo mais, tout aussi bien, en analysant un combat de chats. Etant plus expérimenté en Kendo, je vais plutôt développer mon propos à travers le combat au Sabre.

Debana-waza signifie la technique qui utilise l’instant du départ tel un sprinter qui cherche à partir au moment même du coup de feu, au risque de faire un faux départ.

 

Créer du lien

 


Nos disciplines se pratiquent à deux et ceci même si quelque fois le partenaire peut sembler invisible aux non-initiés.

"Ichi gan !" : En premier, il faut bien observer : metsuke !  

Nous observons notre partenaire et il nous observe. Nous savons qu'il sait que nous l'observons et réciproquement.

De notre acuité dépend directement la pertinence et l'actualité des informations que nous recueillons. Dès lors, un lien entre nous est créé et par ce biais, nous "communiquons".

Par notre attitude et notre comportement, notre partenaire et nous, l'un à l'autre, nous nous communiquons nos intentions, nos capacités d'actions, voire d'autres sentiments que nous aimerions souvent garder pour nous.

Jusqu'à ce que, comprendront ceux qui ont vu le film Avatar, nous puissions déclarer à notre partenaire : "Je te vois !".

Ce lien primal, animal, instinctif nous relie durant tout le combat, et ceci surtout sans s'attarder à l'analyse, ce qui hypothèquerait nos actions.

Le ressenti puis l'action sont intimement liés et, celle-ci chevauchant celui-là, nous conçoivent le debana-waza. 

 

"Ichi gan, ni soku, san tan, shi riki"

 


La première disponibilité "Ichi gan" est celle qui, les yeux et le kokoro grands ouverts, nous permet de "voir" le partenaire.

La disponibilité qui suit "ni soku" relève de notre capacité à nous déplacer vers lui au bon moment. A partir du moment où l'on intercepte le partenaire pendant son parcours, un pas mesuré suffit. Il permet un rythme de frappe plus concentré tout en requérant l’engagement suffisant à délivrer la puissance du ki ken tai no itchi.

En troisième "san tan" vient le courage, la détermination, la confiance en soi et l'engagement dans l'action.

En quatrième seulement arrive "shi riki" : l'habilité technique : en un seul temps, une coupe précise et intense : Sae !

 

Intuiter le rythme

 


Notre acuité de perception nous renseigne en temps réel sur les différents rythmes du partenaire : mouvements, déplacements, pensée, respiration, battements de cœur…

Et quand il y a un rythme, il existe un contre-rythme : le contre-temps appelé aussi le temps faible.

Le rythme d'un mouvement d'attaque débute lors de la prise de décision, se poursuit par l'abandon du Kamae pour lancer la frappe et dure jusqu’à l'impact du shinai sur la partie adverse.

Le déclenchement de ce processus de décision et d’action impose, par essence, que toutes ses composantes anatomiques et mentales soient toutes calées sur le rythme que nécessite la coordination de l'ensemble.

Une fois ce rythme bien assimilé par nos soins, l’anticipation du lancement du mouvement devient possible ; le contre-temps nous permet alors d'intercepter le partenaire à mi-chemin de son mouvement pendant son « temps faible ». 

 

Le travail

 


Les qualités d’empathie requises par le debana-waza demandent un volume de travail certain.

Notre talent d’observation, le développement de notre acuité, cela va sans dire, se travaillent à partir du moment où l’on ouvre les yeux le matin et surtout à partir du moment où chaque image remontée au cerveau suscite une analyse inconsciente provoquant une émotion : « Tiens, il a l’air en forme aujourd’hui ! ».

La captation des différents rythmes relève plus d’une notion musicale, tout autant que la compétence à intuiter les trajectoires peuvent être acquises par l’exercice des sports à trajectoires comme les sports de balles.

La somme des deux donne une excellente capacité de lecture des contre-temps. Et quoi de mieux que le travail de motodachi pour s’améliorer sur ces points ?!

La concision de frappe dans un espace-temps contraint : cela consiste à concentrer une attaque standard, compressée en un rythme et un déplacement le plus resserré possible, permettant ainsi la puissante précision spatio-temporelle indispensable au debana. 

 

Debana-waza, c’est faire la somme de tout cela

 


Des acuités réciproques nait le lien. A travers ce lien, les intentions s'expriment, s'opposent, s'affrontent. Une frappe va se développer, elle est perçue avant même qu'elle ne soit lancée.

L'opportunité, le contre-rythme, la détermination, l'habilité technique et la densité de l’attaque font le reste.

Attaquez l'intention du partenaire : "Si tu lances une frappe, je te devance en debana !" ; et d'un niveau suffisamment avancé, il vous perçoit et souvent, il fait de même.

Que voilà une belle et fraîche opposition réciproque du Seme !

 

(Article aussi publié dans la revue Kendo Mag éditée par le CNKDR)

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Les états de conscience de l'ôjiwasa

Publié le par Jean-Pierre LABRU

(Photo Alejandro Guerrero)

(Photo Alejandro Guerrero)

L'ôjiwaza, est une réponse technique à une attaque venant du partenaire : une contre-attaque. Ôji vient de verbe ôjiru répondre, réagir. Waza : la technique.

Que les mots, par leur étymologie seule, peuvent être insuffisants à traduire les nombreuses dimensions d'un concept ! 
Les ôjiwaza sont très présents dans nos disciplines ; on pense au Kendô, où le terme semble plus utilisé, mais en proportion d'utilisation au quotidien, en premier vient le Iaido, le Jodo, puis sur un même plan le Kendo, le Naginata et le Chanbara. Pour ces 3 dernières, le pratiquant décide (ou est en mesure) d'utiliser ou non des ôjiwaza. On peut être expérimenté, fort et mature tout en ne pratiquant que les shikakewaza "attaques directes".
Pour les shikakewaza, de nombreuses répétitions en uchikomi/kakarigeiko peuvent suffire à en développer une compétence solide ; En revanche, pour un apprentissage en conscience de l'ôjiwaza, le travail à travers le kihon dans toutes ses composantes est indispensable. Il n’existe aucun pratiquant de haut niveau, maitrisant l'ôjiwaza, qui n’ait acquis préalablement la compréhension esprit/corps délivrée par le kihon. 

 

L'apprentissage en conscience

 

Comme beaucoup de techniques, les ôjiwaza demandent une bonne coordination, un maniement précis du sabre et un déplacement adapté. Mais cette fois-ci, les trajectoires et déplacements sont au millimètre et dans un timing au millième de seconde. Le maniement du sabre intègre souvent les "prises de fer" (interactions) avec le sabre du partenaire. Le te no uchi, ou "sentiment du fer" comme il est appelé en escrime, devient alors prépondérant durant la technique elle-même et non pas uniquement lors de sa conclusion : la coupe.
En premier, il conviendra d'apprendre à utiliser au mieux son corps et son sabre. C'est encore mieux quand les deux se meuvent de concert. Les amplitudes de déplacements de corps et sabre seront, au maximum, élargies afin d'acquérir trajectoires, fluidité ainsi que les mobilisations mentales et physiques nécessaires (Ki). Il est capital d'appréhender finement les trajectoires corps/sabre de nos partenaires ; un peu comme on peut comprendre l'effet qui a été donné, dans un sport de balles, à travers le décryptage instantané du geste du joueur. La compréhension fine de la trajectoire permet, au meilleur moment, d'intercepter ou se soustraire au sabre du partenaire. Finalement, la qualité d'acquisition de la technique d'ôjiwaza dépendra de la conscience investie dans tous ces aspects de l'apprentissage.

 

Pas de bel ôjiwaza sans un bon motodachi !

 

Le motodachi n'aura de cesse que de recréer la situation réelle du combat et ainsi mettre l'ôjiwaza dans son élément contextuel le plus véridique.

Le motodachi, uchidachi, s'efforce d'oublier qu'il va recevoir ôjiwaza, et se concentre sur sa frappe le plus sincèrement possible. Réaliser ceci correctement n'est pas une question de niveau : venir chercher le sabre de shidachi dans le men de Gohonme du Kendo no Kata est très courant quel que soit le grade. C'est humain de s'adapter à la situation, on vient à la rencontre du sabre de shidachi pensant inconsciemment aider à la réalisation.

"Inconsciemment"… Là est le vrai travail sur soi : aiguiser sa conscience !

 

Misez sur le rythme : la vitesse n’est qu’illusion !

 

Travailler prioritairement à vitesse réduite, afin de bien assimiler nos propres rythmes bien sûr, et très vite, de s'attacher à percevoir et intégrer ceux du partenaire. Selon les ôjiwaza, les rythmes d'action (timing) sont différents.

Tout d'abord, le rythme sera appréhendé à travers le concept qui considère la réponse comme faisant partie de la question. En effet l'ôjiwaza n'attend pas l'attaque de l'autre, il compose sur celle-ci, selon des rythmes différents en fonction des techniques utilisées.

Ci-dessous, une illustration des rythmes selon les techniques, l'attaque comme une question "Quelle heure est-il ?" et ôjiwaza comme la réponse "(10h!!!)" :

  • Debana waza* : Attaquer dans l'intention de l'autre 
    • Quelle (10h!!!) heure est-il ?
  • Suriage waza : Faire dévier le sabre de l'autre, glisser en montant et frapper 
    • Quelle heure (10h!!!) est-il ?
  • Kaeshi waza : Recevoir la frappe de l'autre et lui retourner 
    • Quelle heure est (10h!!!) -il ? 
  • Uchi-otoshi waza : Choquer vers le bas l'attaque de l'autre et frapper 
    • Quelle heure est-il (10h!!!) ?
  • Nuki waza** : Se soustraire à l'attaque de l'autre et frapper 
    • Quelle heure est-il ? _(10h!!!)

*Debana n'est pas classifiée comme un ôjiwaza, cela dit, prenons ici comme référence le rythme du debana pour expliquer l'ôjiwaza et surtout son état d'esprit : ne pas attendre, aller au-devant !
** Concernant le cas particulier de Men nuki Doh : il s’intercale entre le debana et le suriage.

 

Une meilleure réponse pour avoir su susciter la question

 

L'ôjiwaza étant une réponse, il repose sur une question. Avez-vous remarqué combien il est plus aisé de répondre à une question à laquelle on s’attendait ?

Savoir quelle technique va être réalisée (quoi), à quel moment (quand) et de quelle manière (comment) est la chose la plus difficile à obtenir. Pour mener à bien l'ôjiwaza, on maîtrisera les quoi-quand-comment mais aussi on saura attirer le partenaire dans une attaque "à corps perdu". 

 


"Pour ce qui est de l'avenir, il ne s'agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible." (A. de Saint-Exupéry)

 

Et dans notre cas, tout le travail va être de rendre "plus que possible" cette attaque que l’on souhaite de nos vœux. Pour que le partenaire attaque à "corps perdu", sans hésitation, notre kamae doit comporter une faille suffisamment "appétissante", un piège à miel, ou comme nous l'illustre HIRAKAWA Nobuo sensei :"Chocolat …??? ==> Pas chocolat !" où l'ôjiwaza s'est refermé sur le gourmand.

Le phénomène de l'arroseur arrosé arrive parfois : croyant faire un debana men je me trouve contré en kaeshi-doh par mon partenaire ayant gagné, pour cette fois-ci, le jeu de chifoumi/kendô. Le chifumi : une compétence à développer ?

Un ôjiwaza comporte donc un pari sur le quoi-quand-comment ; Mais surtout ne pas attendre de savoir si le pari est gagné avant d'actionner sa technique d'ôjiwaza : agir avec les "yeux de la foi", la foi en soi, en ses choix contextuels et techniques de l'instant.

La technique même de l'ôjiwaza ne représente "que" de l'apprentissage psychomoteur et s'acquerra par le travail en kihon notamment. 

 

La conscience d'un ôjiwaza réussi 

 

Au préalable l'apprentissage de soi, de l'autre, des rythmes et des trajectoires : s'y prendre quelques années à l'avance car la somme des acquisitions est conséquente.
Prenez le Sen, c'est le chifumi appliqué au Kendo.
Construisez et provoquez l'avenir qui convient à y apposer votre ôjiwaza.
Croire en vos chances, foncez et savourez le beau zanshin de l'ôjiwaza ainsi réussi.
 

 

(Article aussi publié dans la revue Kendo Mag éditée par le CNKDR)
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Shodachi, ce moment qui imprime les esprits

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Théâtre Athénée Louis Jouvet (Paris IXème)

Théâtre Athénée Louis Jouvet (Paris IXème)

Nous connaissons tous la citation de Mademoiselle, Coco Chanel : “Vous n'aurez pas deux fois l'occasion de faire une première bonne impression !”.
 
Nous pourrions en rester sur ces mots pour décrire le Shodachi ; Et pourtant cet article m'a paru nécessaire. En effet, il est communément reconnu par les senseis Hanshi japonais que le Shodachi représente jusqu'à 80% de leur jugement dans l'attribution d'un haut grade (à partir de 6e dan).
Mais en quoi diable, Shodachi : le premier échange, la première coupe, peut-il représenter autant de valeur et ne laisser que 20% d'importance aux 80% de temps de prestation restant ?
 
Nous avons déjà entendu dire certains Senseis que, pour continuer de progresser malgré la novicité de leurs partenaires, il était fondamental pour eux de travailler à prendre systématiquement le Shodachi sur chacun d'eux, quitte à leur laisser faire uchi-komi par la suite. Il se raconte également que quand l'un des deux protagonistes a significativement pris l'avantage lors du Shodachi, l'autre ne pourra que poursuivre l'irrattrapable durant tout ce qu'il reste du combat. Psychologiquement infériorisé, lancé dans une quête désespérée, il s'en trouvera dangereusement exposé aux techniques de son partenaire.

 

Ichi go Ichi é : "De toute une vie, une unique rencontre"


Une nouvelle fois ce concept cher à la mentalité japonaise nous revient et cette fois-ci s'entremêle avec la notion de Shodachi.
 
Que cela fut en occident ou en orient, quand deux bretteurs se retrouvaient sur le pré pour un duel, la rencontre, en tous points, devait immanquablement être unique. De nos jours, au-delà des passages de grades, la première rencontre, le Shodachi du premier keiko entre deux Kenshis expérimentés laissera des traces : les bases de leur relation en seront à jamais jetées. Au Japon, en raison du nombre de pratiquants hauts gradés, il n'est pas rare de rencontrer pour la première fois le jour même, ses partenaires de passage de grade. Il serait tellement dommage de se renfermer sur son propre ressenti et de perdre ainsi l'occasion de vivre pleinement cet instant précieux.

Lors de ma participation de 2019 au Kyoto Taikaï, j'ai rencontré un Kenshi inconnu lors du Tachiaï au Kyoto Butokuden. Etant extrêmement déçu de ma prestation, je n'ai pas vraiment profité de mon échange d'après keiko avec lui. En fait, non content de ne pas être suffisamment allé à sa rencontre pendant le keiko, j'ai récidivé lors des civilités d'usage. Notre échange ne s'est limité qu'à de trop laconiques félicitations pour que je ne m’en tienne pas rigueur après coup. C'est à la suite de cette expérience que j'ai mieux perçu la valeur de Shodachi et de Ichi go Ichi é. 


Mondes parallèles 
 

Un ami musicien m’a confié que lors d'une prestation sur scène, le premier morceau joué avec le groupe scelle le destin du concert. D'une part, il amorce l'alchimie entre les membres du groupe mais aussi permet d'initier la qualité de la connexion ainsi que la proximité avec le public. D'excellentes vibrations lors du premier morceau garantiraient la plénitude d'un grand moment de musique partagé.
 
Edifiant : Le grand Louis Jouvet explique "l'attaque" d'une scène au Théâtre : "Elle est essentielle. Elle doit être forte, nette, saisissante pour le spectateur qui est ainsi instantanément plongé au cœur même de la situation dramatique. Ce qui compte est "d’attaquer juste" !". Et quand on sait que le mot shinsa, que nous traduisons par "examen de grade", peut également être compris comme une "audition" (pour un rôle), le parallèle avec les arts de la scène est tout trouvé. Et surtout ne vous méprenez pas sur mes paroles, il n'est pas question de tenter d'être quelqu'un d'autre, de jouer un rôle lors d'un passage de grades, mais il s'agit bien de produire, à travers sa prestation, l’expression d’une version magnifiée de soi-même.
 


Préparez vos prochains Shodachi 
 

Cette version magnifiée de nous-même provient du plus profond de ce que nous sommes. 
OKADA Morihiro Hanshi disait ceci : "Le Kendô ne rend pas meilleur, il rend simplement plus fort !"
Ce qui, dans le cadre du Shodachi, peut se comprendre aussi : l'étincelle de ce que nous pourrons faire de mieux un jour est déjà présente en nous-même aujourd'hui. Notre prochain Shodachi ne commencera pas le jour J avec le premier Kiaï, ni même avec le salut, ni même avec le harnachement de l'armure : notre prochain Shodachi commence dès à présent, selon comment les concepts de cet article résonnent en nous. 

La technique que, sans en avoir conscience, nous choisirons au moment crucial ne sera que l'émanation de nous-même, notre état d'esprit, notre préparation permanente. Un guerrier vivant de son sabre se devait d’être prêt en permanence à engager sa vie. Y être prêt en permanence, impose de s'y préparer en permanence. Mais aussi, savoir qui l’on est, ce que l'on vaut, s'assumer comme tel intégrant chaque composante de nous-même qu'elle soit valorisante ou non. 
Et au moment de l'action, gonflé de Kiaï, s’il ne subsiste en nous aucune culpabilité ni regret d'être ce que nous sommes, nous serons alors immunisés face aux 4 grands maux que sont Kyo, Ku, Gi et Waku : la surprise, la peur, le doute et l'hésitation ; Le Shodachi viendra de lui-même.
 


"L'expérience est une lanterne qui n'éclaire que le chemin parcouru."  Maître Kong (Confucius)
 

L'expérience ne se transmet pas en tant que telle ; Les Senseis ou Shido (guide) peuvent nous l’inspirer, la susciter, la motiver en nous, nous y encourager… Et pour nous-même, il s’agit de la conquérir à travers la confrontation, investie et sincère ; Confrontation à l’autre et aux situations. Telle est l'éducation dans le Budo.

En conclusion, quand un sensei cherchera à prendre le Shodachi sur vous, surtout faites-en autant ! 
La qualité de l’expérience que vous renverra le sensei sera fonction de la sincérité de l’engagement investi par vous dans cet échange.

Alors, attaquez inlassablement le Kamae du sensei, confrontez-vous à son Seme et frappez !

 

 


(Article aussi publié dans la revue Kendo Mag éditée par le CNKDR)
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Tournoi des 8e dan de AJKF

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Le dimanche 18 avril 2021, se tenait au Nakamura sport center de Nagoya le 19ème tournoi japonais des 8emes dan de Kendo.

32 combattants invités, et parmi eux de nombreux sensei que nous connaissons, se sont affrontés selon les règles de compétitions ayant été légèrement adaptées en raison du contexte sanitaire.

Cette compétition a eu la chance de pouvoir se tenir car juste après, la 4e vague a battu son plein dans tout le Japon.

Ces sensei-combattants avaient de 52 à 65 ans, pour une moyenne de 60,4 ans.

Si nous regardons le podium ci-dessous, nous remarquons que la moyenne d’âge y est plus faible que celle du tournoi dans son ensemble. Pourtant, tel n'a pas toujours été le cas, le vainqueur en 2005 notamment, YAMANAKA Shigeki sensei avait plus de 65 ans.

1st                       Hideyuki EIGA                           57 ans, HOKKAIDO

2nd                     Takahiro NABEYAMA              52 ans, IBARAKI

3rd                      Tsukasa TAKEUCHI                 54 ans, OKAYAMA

                             Kazuhide YOSHIDA                  57 ans, OSAKA

Pendant toute cette compétition, nous avons eu le plaisir d'assister à des oppositions de styles. En effet, il est normal qu'après 50 ans de pratique régulière et intensive du Kendo, chacun ait développé un style qui lui est propre et qui le définit.

Les personnalités de ces sensei, à des moments, poussées dans leurs retranchements par un plus opportun Seme de l’adversaire, puis leur retour aux flambeaux manu militari, s'exprimant chacune leur tour. Jusqu'à la chute, le grain de sable, l'incident, la mécanique grippant d'un coup ; et d'un coup d'un seul recevant un ippon.

J'en profite à ce moment du récit, nous l’oublions trop souvent, pour féliciter l'arbitrage qui fut magistral de présence, de lecture des échanges et d'humanité dans les décisions. Et en même temps, au vu du casting, on s'en serait largement douté ; mais il est important de tout de même le souligner.

Après tout est une affaire de goûts, de style de Kendô. Nous avons assisté par exemple à une belle opposition entre Tsukasa TAKEUCHI et MIGITA sensei du Kokushikan que nous connaissons bien. Malgré une domination qui semblait évidente du Seme de MIGITA sensei, la vivacité de TAKEUCHI sensei fit la différence par un Kaeshi-do réflexe.

Parmi les sensei que nous connaissons, vous y retrouverez aussi :

NAGANO sensei, URA sensei qui ont été des experts délégués par ZNKR en France.

NABEYAMA sensei, le finaliste, qui vient régulièrement en Hollande notamment et qui a démontré un Kendo jeune encore plein de fougue et d'engagement,

ISHIKAWA Sensei, de la police de Kyoto bien connu de nos amis Belges,

TERACHI sensei, qui fut le capitaine de l'équipe du Japon lors des championnats du Monde à Paris en 1994 et qui gentiment me fit visiter le dojo du Keishicho (préfecture de police de Tokyo), jusque dans les boiseries murales, au cours d'une longue série de Ai-uchi men dont je garde un souvenir ému.

Et dans les sensei que je ne connaissais pas, je vous conseille d'aller voir les combats de YAMAMOTO sensei arborant un magnifique et très efficace Jodan no Kamae, SAGA sensei et son grand Men alors que lui ne l'est pas tant que cela, YOSHIDA sensei et notamment un kote-men d'anthologie… et bien d'autres sensei à découvrir.

Et puis, pour la plupart, nous avons découvert le vainqueur, EIGA Hideyuki, le frère de Naoki venu en France avec son fils l'année dernière.

Je l'appelle donc par son prénom : Hideyuki sensei, avec qui l'équipe de France de l'époque, dont j'étais, avait fait une démonstration de shiai lors du Paris Taikai de 1998. J'en avais gardé un très bon souvenir ainsi que sa paire de zoori.

EIGA Hideyuki sensei, un parcours sans faute, des ippons faramineux, d'un dynamisme explosif usant pourtant d'un gabarit largement supérieur à la moyenne pour un japonais.

Le Men Debana / Ai-uchi / Nuki Men, un peu des trois, premier point de la finale : modèle du genre à voir et revoir…

Au ralenti, on comprend mieux le, léger mais suffisant, Ken-o-Korosu (action déterminante sur le sabre adverse) de EIGA à la micro seconde ou NABEYAMA lançait son Men, ce qui l'a fait dévier bien qu’arrivant avant, juste à côté, laissant la place d'un mouchoir de poche d’espace-temps au Men de EIGA.

Une superbe édition ce 19th tournoi des 8èmes dans de Kendo, je ne regrette absolument pas m'être levé très tôt pour ce fabuleux "Asa-Mitori-Geiko" !
 

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Vue des coulisses d'un passage de grades en Kendo

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Nous avons eu le 24 avril 2021 une discussion au sujet du passage de grades au Kendô.

Répondant à plus de 30 questions posées préalablement, j'ai aussi tenté de répondre, toujours avec ma propre vision des choses, aux quelques autres questions venues en séance.

Je vais, dans les lignes suivantes, vous retranscrire au mieux nos échanges.

Préambule

La notion de passage de grades en Kendo, mais j'imagine à l'instar des autres Budo japonais, est un concept que l'on ne retrouve pas forcément dans les modes d'évaluation des formations de nos institutions occidentales.

Le mot "Shinsa" en japonais que l'on traduit par "examen" peut aussi avoir une connotation qui le fasse se rapprocher du mot "soutenance" (de thèse) ou aussi "audition", comme une audition pour un rôle : seriez vous retenus pour le rôle correspondant au grade que vous présentez ?

Nous nous retrouvons devant, non pas un jury de critiques pensant détenir la vérité sur ce qui est beau, juste, fort et convenable... Nous nous retrouvons devant un jury composé de Senpai (au sens littéral : "qui est passé avant") qui ont dans leur vécu été confrontés à ce que nous vivons aujourd'hui.

Ce vécu de chacun des jurés correspond à ce prisme par lequel ils apprécient ce que nous leur démontrons.

L'évaluation qui est faite pourrait donc se délimiter au périmètre de pratique même du juré mais le plus souvent, et c'est un des buts du Kendô, sa personnalité s'étant développé et ouverte avec les progrès, il saura élargir son champs d'évaluation à beaucoup plus large que ses propres conceptions de la pratique, affinités ou capacités de réalisation.

Et donc, et la discussion aurait pu s'arrêter là, le secret d'un passage de grade réussi est de faire, le plus possible, l'unanimité parmi l'ensemble des vécus des jurés siégeant dans le jury. Beaucoup de réponses à nos questions se retrouvent dans cette conception de la composition du jury : des Hommes et Femmes avec un vécu, apportant leur propre sensibilité dans la balance de leur jugement.

 

La préparation

 

La tenue

Plusieurs questions sur la tenue qui nous ont amenés à se dire que la tenue du passage de grade doit être, mais c'est écrit dans le règlement, propre, en bon état et répondant aux critères de sécurité pour la pratique du Kendô. Par exemple, dans mon dojo, j'ai refusé à un élève l'autorisation de pratiquer avec une armure japonaise des années 20... 1920...

Ce qu'il est communément admis c'est que le keikogi et hakama doivent avoir la même couleur tant en couleur elle même (bleu, blanc) qu'en décoloration de bleu.

Adaptée à la physionomie du pratiquant, la tenue devra refléter toute l'attention et le soin que le candidat aura apporté à son habillage.

Nous avons eu la question de savoir à partir de quel grade utiliser une tenue en coton. Il n'y a pas de réponse formelle à ce type question. Me concernant, j'ai eu mon premier hakama coton pour mon 3e dan par conséquent, je pourrait commencer à trouver étrange qu'un candidat au 5e soit toujours avec un hakama tergal. Mais encore une fois, ce n'est qu'un ressenti basé sur mon vécu... ainsi que le désagréable souvenir d'avoir transpiré dans un hakama tergal.

 

Comment se préparer

Bien entendu, la question de la preparation revient souvent.

Comme je l'ai évoqué, selon moi, le grade est quelque chose qui reflète notre niveau... de tous les jours. Il y a une phrase que je dis souvent : "On n'est champion que d'un jour mais le grade que l'on a obtenu, on se doit de le mériter lors de chaque entrainement."

Cependant, l'exercice de présenter son grade, exposer son meilleur kendo pendant 1minute 30, n'est pas quelque chose dont nous avons l'habitude. On peut alors penser organiser des stages pour se mettre en situation lors de Tachiai avec des partenaires de son niveau ainsi qu'un auditoire ; et recueillir les avis des sensei présents.

La notion de se préparer consiste selon moi à se préparer le plus possible à être soi-même dans son meilleur jour. Cela ressemblerait plus une préparation mentale, comme avant un oral d'examen, en ayant suffisamment confiance dans ses games. 

Quand on ne possède pas à proximité de partenaires de pratique de niveau supérieur ou équivalent, il peut être plus difficile de se préparer. C'est valable ici, mais aussi dans tous les cas, il faut investir sur la recherche personnelle, le retour sur soi, faire (keiko, uchikomi, kirigaeshi, kata…) et se filmer afin de faire corroborer la sensation de l'intérieur (proprioception) avec ce qu'on voit sur la video (c'est un exemple) et le mettre en regard de nos attentes…  Il existe le mitori keiko, "l'action d'être spectateur", en développant suffisamment l'empathie pour se sentir "à bord" du combat que l'on regarde : c'est extrêmement instructif.

Quant à l'état d'esprit à avoir pendant le passage, je retiens cette phrase d'un sensei japonais entendue récemment : "Un passage de grade c'est comme un shiai, il faut avoir la même attitude mentale, tout en sachant que les point reçus ne sont pas le plus important." Libéré de la peur de perdre son combat, il ne peut rester que du positif, du constructif.

 

Comment savoir qu'on est prêt

Alors à moi de vous poser une question : "Faut il attendre d'être prêt pour présenter un grade ?"

De toute façon, je pense sincèrement que nous ne saurons vraiment si nous étions prêt qu'après avoir passé le grade. Ce n'est pas forcément le résultat qui répondra à cette question, mais la façon dont on a vécu notre passage, le ressenti qui nous est venu par rapport à ce moment d'exposition de notre Kendo aux regards des sensei.

C'est important de voir le passage de grade comme un enseignement sur nous même, guidant nos progrès futurs en nous donnant des axes de travail.

 

L'organisation 

 

Critères de présentation

Tous les critères de présentation sont clairement exprimés dans les différents règlements des grades selon les pays ainsi qu'au niveau Européen. Je profite de l'occasion pour vous encourager à aller les lire, vous les trouverez sur les différents sites web de vos fédérations.

 

Contenu des passages

En France, le Kirigaeshi est demandé systématiquement jusqu'au 3e dan et à la diligence du président du jury à partir de 4ème dan. Il permet effectivement de noter chez le candidat certaines qualités que l'on pourrait tout aussi bien découvrir dans les keiko. Personnellement, en plus du côté "délassant" du Kirigaeshi préalablement aux Keikos, je suis convaincu qu'il peut aussi permettre de "rattraper" un candidat n'ayant pas eu le loisir de s'exprimer pleinement lors des Keikos. Le rôle de Motodachi est particulièrement regardé pour les notions de rythme et surtout de distance qu'il se doit de démontrer.

Il a été essayé pendant quelques années, en France, de faire réaliser les Kata préalablement au Keiko et leur attribuer un critère éliminatoire. Le but était de valoriser le Kendo no kata et ainsi faire progresser le niveau général par les vertus qu'il confère. Faire présenter les kata à tous les candidats faisait allonger le temps que durait le passage ; je suppose que c'est pour cette raison que nous sommes revenu à l'ancienne formule.

Quoi qu'il en soit, les kata sont et demeurent éliminatoires. Le candidat qui n'aurait pas satisfait aux Kata possède un délai d'un an pour les repasser.

Appel aux jurés d'examen, je vous en prie, jouez pleinement votre rôle et n'hésitez pas à mettre une X dans la case Kata si nécessaire... et donc insuffisant.

 

Composition du jury

La composition d'un jury n'est pas aisée. Comme nous l'avons dit précédemment, les différents vécus qui siègeront apporteront de la valeur aux grades qui seront attribués. En tant que "compositeur" de jurys, j'essaye le plus possible de diversifier les expériences en présence afin que le jury dans son ensemble soit en capacité d'évaluer la valeur sur le spectre le plus large et le plus lumineux possible.

Afin que les jurés d'examen puissent donner des conseils à ceux qui viennent leur en demander après le passage, j'ai mis en place une feuille d'évaluation en deux parties : une partie va à la comptabilisation des résultats tandis que la deuxième partie, sur laquelle le juré a pris des notes en face des numéros des candidats, reste en possession du juré lui même.

 

L'évaluation

 

Les attendus

Je dirais que quelque soit le grade, et ce n'est pas évident à percevoir, une des attentes des jurés est de bien évaluer que le candidat est sur le chemin des progrès.

Alors bien sûr, selon les grades, les attentes sont différentes bien que se cumulant de grade en grade.

A une époque une liste existait comportant les attentes techniques selon les grades ; ce serait réducteur et pléthore de contre-exemples existent de nos jours. Au début du Kendo en Europe, cela a permis de structurer nos progrès. De nos jours, nos jurés d'examen sont suffisamment expérimentés pour se départir d'une telle liste et évaluer en leur âme, conscience et vécu, le niveau des candidats.

Rappelons nous qu'il s'agit d'un examen et que c'est notre propre niveau intrinsèque qui est évalué et sans être en comparaison de celui de notre partenaire. Il se peut qu'aucun des deux ne prenne le dessus et pourtant tous les deux peuvent obtenir le grade. Le jury devra évaluer la capacité à, plutôt que de se baser sur les Yukodatotsu délivrés.

La première chose que les jurés regardent est l'attitude générale composée de l'habillage, le maintien, la démarche, l'étiquette, toutes ces petites choses qui prennent de plus en plus d'importance à mesure que le grade espéré augmente. 

Personnellement, pour les hauts grades, je n'ai jamais vu le cas ou une étiquette déplorable se traduisait par un keiko valable par la suite.

En plus de tout ceci, je dirai même : découlant de tout ceci, pour les hauts grades arrive le concept de "shodachi". Littéralement "le premier sabre". Imaginons, deux candidats au 6, 7 ou 8ème dan qui arrivent pour saluer.

Leur démarche, peut être même avant, la façon qu'ils avaient d'être assis sur leur chaise, leur attitude générale est déjà évaluée.

Leur façon de saluer (voir mon précédent article "Reï") exprime leur état d'esprit comme un jeter de sel peut le faire au début d'un combat de Sumo.

Les 3 pas et le Sonkyo sont déjà emplis de Kime. Ils se relèvent, le combat avait déjà commencé, le premier Kiai, le premier échange : Shodachi.

Voilà, beaucoup est déjà écrit, il ne reste que très peu de chance de renverser le jugement déjà quasi fait dans la tête des jurés.

Shodachi n'est pas forcément victorieux mais il doit être intense (Kime), engagé (sutemi), pertinent (Riai) et... donnant une furieuse envie de voir la suite.

 

Le jugement des jurés

Nous l'avons déjà évoqué, chaque juré juge en fonction de son vécu, de ses affinités, des compétences priorisées qu'il considère devoir être acquises et démontrées pour le grade considéré, de la largeur de son spectre d'évaluation, plus large que sa propre pratique. Vient ensuite la prise en considération d'autres facteurs comme les conditions de présentation (type sol, planning, ...), l'âge des candidats, les handicaps qu'ils soient temporaires ou non.

Les candidats sont classés par âge pour la présentation de leur grade ; les groupes de passages (Gumi de 3 ou 4) sont le plus possible harmonisés en tenant compte des tranches d'âge.

Le devoir du juré d'examen est, non pas de sanctionner la performance du candidat mais son niveau. Et je peux comprendre que l'on puisse faire l'amalgame. C'est ainsi que dans beaucoup de passages de grades, la performance qui est associée au niveau des plus jeunes tend à éclipser, aux yeux des jurés, le réel niveau des plus anciens.

Le jugement d'un candidat ayant un handicap, préalablement identifié auprès des organisateurs puis du président du jury, doit tenir compte des capacités/incapacités de réalisation de la performance et malgré tout, et c'est la seule chose qui compte, évaluer le niveau.

Ensemble, Jurés, soyons bien vigilants à prendre en considération ces deux aspects !

 

Quotas de réussite

Une question m'a été posée après la conférence, je vous la livre ici :

"Nous voyons régulièrement, en Europe et au Japon, des pourcentages de réussite qui sont, d'année en année, approximativement les mêmes pour la réussite des hauts grades. Existerait-t-il des quotas ?"

La réponse est : "Non" bien évidemment. Je comprends que l'on puisse se poser la question mais pour avoir organisé et siégé dans ce type de passage de grades, je peux vous assurer que le résultat ne dépend que du nombre de voix des jurés et qu'il n'y a pas de concertation entre eux.

 

Conclusion

Merci à tous pour votre participation !

J'ai rapidement écrit cette synthèse pour répondre à la demande de ceux qui n'ont pas pu être présents et aussi pour profiter de la fraicheur de ma mémoire. J'espère que j'ai pu retraduire la substance de nos échanges dans un Français compréhensible.

N'hésitez pas à rebondir sur cette synthèse et poser d'autre questions.

A bientôt sur les parquets !

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Tout commence par le Salut et se finit par le Salut !

Publié le par Jean-Pierre LABRU

 Crédit photo © Vanessa Maira

"Reï ni hajimari Reï ni owaru !"


Depuis la nuit des temps, le salut a toujours marqué un début ou une fin ; quelque part comme naître et mourir : saluer fait partie de la vie !

Dans les diverses disciplines du Budo, le salut (Reï) est délivré à de multiples occasions et dans toutes les circonstances pour marquer le début et la fin ; et tous, nous nous accordons à ce que cela signifie le respect et la gratitude que nous portons que ce soit envers le Dojo, un professeur, un Sempai, un partenaire de pratique, …

 

Le sens premier, comme une première illustration 
 

En Japonais ancien, "Reï" s'écrivait en combinant deux idéogrammes.

Le premier, “rituel divin" nous évoque immédiatement que le salut provient de la démonstration d'une déférence envers une personne, une instance que l'on place plus haut que soi-même.

Le deuxième, "abondance d'offrandes" possède un double sens.

En effet, on peut considérer que nous même, par cette démonstration, nous prodiguons des offrandes que l'on imagine être par exemple : le respect, la loyauté, l’estime…

Et puis, j’y vois une autre interprétation, s’ajoutant à la précédente, que je traduirai ici par "trésor de bienfaits". Où cette attitude physique et mentale, dans laquelle nous nous mettons consciemment, se réfléchit sur notre cible et nous revient comme un bénéfice pour nous-même. Je développerai ce point plus avant.

J'avais toujours considéré le salut comme un élément typiquement japonais qui se devait d'être reproduit et ainsi s'inscrire dans la tradition ; le respect de l’autre, du dojo, des anciens.  Le salut, pour moi, était totalement dirigé vers, et à l'attention de l'autre… par politesse.

Et si un discret bénéfice pour soi-même pouvait également s’y cacher ?

 

Une école des bonnes manières 


 Au Japon, il existe, telle une école de Kenjutsu, une école de Reïhô (Politesse) :

L'Ogasawara-ryū* a été créée quand Ogasawara Nagakiyo est entré à la cour, à Kyoto en l'an 1186, comme instructeur de Minamoto-no-Yoritomo, fondateur du Shogunat de Kamakura.

L'Ogasawara-ryū est une école d'étiquette (Reïhô), de tir à l'arc (Kyudo) et de tir à l'arc monté (Yabusame), qui considère l'étiquette comme la pierre angulaire de ses techniques.

Quand on mentionne l'étiquette dans les Budo, la première chose qui vient à l'esprit de la plupart des gens est une image de formalisme et de rigidité. Ce qui vient ensuite inévitablement, pour nous occidentaux, prend la forme d'une liste de règles qu'il "convient" de réaliser, ou de formules à proférer, afin de respecter l'ancestrale tradition des arts martiaux et par là même, la culture japonaise et sa société en général.

Ce qui est plus délicat encore pour la compréhension du Reïhô, c'est qu’il est trop souvent perçu comme une, encore plus longue, liste d'interdits que certains Sempai zélés nous intiment d'appliquer.

J'ai encore ce souvenir de la fameuse interdiction de se dire bonjour en se faisant la bise sur le dojo. "Eh bien oui, vous comprenez au Japon cela ne se fait pas !". Tout ceci était sans tenir compte qu’au Japon, la bise n'est nulle part une pratique utilisée pour se saluer, alors oui en effet, dans les dojos non plus.

L'Ogasawara-ryū, enseigne que le simple fait d'imiter la forme n'a pas de sens ; le sentiment que l'on a envers l'autre est essentiel. Lorsque deux personnes s'inclinent l'une vers l'autre, il est important que le sentiment des deux personnes se répercute de l'une sur l'autre. C'est cette réverbération qui donne vie à l'échange entre les deux parties, et qui donne la vie et le sens au Reï.

NB : « Reïhô » représente le code de politesse tandis que le terme « Reïgi », que l’on emploie également, rassemble les rites de la politesse japonaise.

J'en profite ici pour vous encourager à lire les écrits de Monsieur Yoshimura en la matière (notamment dans le N°46 de l'écho des dojos, la revue du CNK des années 90).

 

*Ogasawara-ryū : 

 

 

L'importance de la préparation 


"Celui qui a oublié de se préparer, se prépare à être oublié !"

Il est évident pour toute personne ayant dû régulièrement avoir à se concentrer, se recentrer avant un événement afin de se hisser au mieux de ses possibilités : la puissance du cérémonial comme un des éléments de la préparation mentale et physique demeure incontournable.

SUMI Masatake sensei, très aimé des pratiquants français et européens, conseille avant une compétition, de mettre en ordre sa chambre, son appartement afin que par voie de conséquence notre esprit le devienne également.

Ensuite dans les vestiaires, l'apprêtage précis du Keikogi, du Hakama ou du Kimono ; et puis dans le Dojo, l'ayant préalablement salué en conscience, la préparation des armes, éventuellement les nouages de l'armure pour les plus harnachés d'entre-nous.

Minutie toute japonaise, cet art de faire les nœuds nous permet de bénéficier d'un support concret à notre préparation mentale. Qui d'entre nous n'a pas vu un de ses Himo (cordons) se défaire en pleine action en raison d'une préparation trop légère, ou dilettante ou distraite.

 

Une attitude intérieure délibérément choisie 


Nous connaissons tous des styles de Kendo et de personnalités avec lesquels nous apprécions échanger et a contrario, certains vers lesquels nous ne sommes pas naturellement attirés.

Imaginons un jour, trouvant le courage, ou notre sensei suscitant le courage chez nous, ou bien par le truchement mathématique de la loi des intervalles lors d'un Mawari-geiko, nous nous retrouvons face à notre pire cauchemar kendoistique. Dans ce contexte, avez-vous remarqué combien il est difficile pour nous de produire notre meilleur Kendo ?

Le premier réflexe, et c'est humain, est d'en imputer la responsabilité à cette même personne. Mais voilà, si nous sommes honnêtes avec nous-même, nous savons que beaucoup de cet inconfort provient de notre propre sentiment a priori. Ce sentiment, ce jugement, sur le kendo et/ou sur la personnalité de ce pratiquant, ne reflèterait-il pas notre propre incapacité à se départir des difficultés qu'il nous fait expérimenter ?

Et le fait d'être empreint de cet état d'esprit avant l'échange, ne serait-ce pas la raison profonde de notre inhibition ?

Des deux, j’en suis intimement convaincu.

Rétrospectivement, mes meilleures, mes plus accomplies, mes plus satisfaisantes expériences de shiais ont été partagées avec des personnes que j'affectionnais particulièrement ; sans pour cela qu'on soit proche, cela relevait plus de l'estime que je portais à leur personnalité kendoistique.

A un journaliste qui lui demandait son secret pour être si fort quel que soit l’expert émérite lui faisant face, NAKAKURA Kiyoshi sensei* avait répondu ainsi : "J'aime immédiatement mon adversaire !"

* à lire absolument "Un diable d'homme" traduit du japonais par Georges BRESSET

  

Le "trésor de bienfaits"


Nous avons vu que le salut, Reï, transmettait un message de respect envers un destinataire et que nous-même pouvions recevoir un tel message d'un partenaire de pratique. Comme le prône Ogasawara-ryū : "…le sentiment des deux parties se répercute de l'une sur l'autre…". Ces messages envoyés auraient donc des répercussions sur le destinataire, oui mais pas seulement.

On entend souvent parler dans le bouddhisme en particulier, et dans beaucoup de religions en général, de cette fameuse gratitude que l'on "doit".

Sans pour cela devenir prosélyte, demeurant œcuménique, voire athée, la notion que je propose d'aborder tourne autour de cette gratitude, comme une attitude délibérément choisie.

Quand nous saluons un partenaire, nous remercions l'Homme de se tenir devant nous, du moment de vie que nous allons partager, par avance, de tout ce qu'il va nous apprendre…

La gratitude, cette part de modestie qui s'exprime, concède notre interdépendance : sans nos partenaires, pas de voie de progrès, pas de voie tout court !

Personnellement, je salue aussi le parcours de l'Homme ; nous avons tous un parcours qui nous a amené jusqu'à ce moment, ici et maintenant. Et qui sait, après cet échange, nous ne nous reverrons peut-être jamais plus.

 ...

Un jour, tout en faisant naître en moi cette ferveur, cette énergie pugilistique de début de jigeiko, j'initiai et alimentai cette gratitude envers mon partenaire.

Et, plutôt que tenter de le repousser du bout de la pointe du sabre, j'acceptai l'augure de le laisser entrer dans ma distance, à portée de main, de tir, de coupe.

Cette NAKAKURA attitude, moteur du rapprochement vers mon partenaire, provoqua chez moi une désinhibition des a priori, la disparition de la peur de l'inconnu et de la peur de l'échec.

Quoi qu'il eût bien pu se passer entre nous ce jour-là, nous en fûmes ressortis tous deux grandis d'une expérience, née d'une rencontre, qui fut ici et maintenant.

Et chacun reprit sa route, son chemin, sa voie… "Ichi go ichi é" : "De toute une vie, une unique rencontre".

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30 mn pour 30 ans de recherche du Ki Ken Taï no Itchi

Publié le par Jean-Pierre Labru

Conférence du 04 avril 2021 

Lorsqu'on m'a demandé une intervention sur le Ki Ken Tai no Itchi (KKTnI), j'ai commencé à faire une analyse de mon ressenti sur ce point tout en me remémorant et intégrant les étapes par lesquelles j'étais passées pour en être à ce que je produis aujourd'hui comme KKTnI.

J'ai identifié 4 étapes, étalées sur plusieurs dizaines d'années de pratique d'une intensivité somme toute assez relative comparativement à des professionnels japonais pratiquant plusieurs heures par jour tout au long de leur carrière.
Il existe peut être un avantage dont je peux avoir profité pour favoriser mes progrès. Je l'identiferais comme une pratique explorative, en conscience, avec une constante remise en question de ce que je crois avoir acquis et ceci sans tomber sur une dépréciation systématique de mes réalisations.
J'ai donc réussi à réaliser la catégorisation des 4 étapes suivantes.
Il faut voir ces étapes comme réparties sur longue période d'où le nom de cette intervention : "30 mn pour 30 ans de Ki Ken Taï no Itchi"
Afin de percevoir l'imbrication de ces étapes, vous pouvez imaginer des poupées russes. La première étape représente la plus grande des poupées ; grande… et creuse. Les étapes suivantes viennent en combler le vide intérieur et ainsi donner une densité progressivement de plus en plus forte du KKTnI.


Etape 1 : La Synchronisation 

Prenons ici le KKTnI comme une équation du type (Ki + Ken + Taï ).T = KKTnI où les 3 éléments du KKTnI se consolident à  l'instant T.  

Cette première étape a représenté pour moi l'époque de mes débuts jusqu'au 2ème dan consommé; Soit une dizaine d'années, en effet, ayant commencé enfant, je n'ai passé mon 2ème dan qu'à l'age de 18 ans.

Pendant cette période de notre pratique, deux KKTnI nous sont enseignés : celui du suburi avec une synchronisation sur le retour du pied gauche (suri-ashi) et un deuxième, nous induisant à nous synchroniser Kiai et frappe du sabre lors de l'impact du pied droit sur le sol (Fumikomi-ashi).

Cette double explication du KKTnI peut s'avérer quelque peu troublante pour ceux comme moi, qui essayent de comprendre intellectuellement la chose.

A ce stade là, il faut travailler les deux en se disant que plus tard, dans la poupée russe suivante, nous découvrirons pourquoi et comment, si et seulement si la qualité de travail en conscience aura été régulière sur ces deux aspects premiers du KKTnI.


Etape 2 : Transmission solidienne

La transmission solidienne est notamment une notion liée au bruit. Le bruit étant une onde, s'il rencontre un solide qu'il peut faire vibrer et lui faire ainsi transmettre son onde, le bruit peut traverser une cloison et nous faire sentir un petit peu comme si nous partagions plus que des relations de politesse avec nos voisins.

Cette période dans ma progression du KKTnI voit s'ajouter à l'étape précédente, une notion de transmission de la puissance de notre corps dans notre coupe. Cette notion dont parle Monsieur Yoshimura :"poser votre ventre sur votre sabre".

J'ai également pratiqué un peu le Jodo et notamment le suri-otoshi du Jodo qui m'a fait appréhender et intégrer cette notion à ma pratique. J'ai l'ai retraduit par "venir s'asseoir" sur le sabre du partenaire afin qu'avec nos mains seules, il ait l'impression d'avoir tout notre corps s'appesantissant sur sa lame lors du suri-otoshi.
C'est donc à ce moment là de ma pratique que j'ai commencé à me rendre compte des aspects de cohésion corporelles rattachées à la notion de Hara. Oui, il se passait quelque chose dans cette région là; quand j'étais vraiment bien concentré, que mon Kiai était à son maximum et donc que sa préparation était suffisamment intense. 
Et donc par ces recherches de cohérence, le ventre, centre de production, de rassemblement d'énergie est un peu comme un réservoir, rempli de la respiration, intensifiant la cohésion globale du corps et qui permet de se rattacher les moyens de locomotion que sont nos pieds : notre ashisabki, mais aussi notre sabre.

Beaucoup de Kakarigeiko, Kirigeashi après… le volume mais pas seulement, surtout ne pas se mettre en mode automatique et attendre que cela passe.

Alors oui, je ne cache pas que j'ai souffert quelque peu dans mon corps certaines fois mais aussi dans mon orgueil quand on sent que notre volonté faiblit alors qu'une petite voix nous dit, "ça suffit, pourquoi fais tu cela ? Arrête…".

C'est alors, entre vous et vous-même, que vous vous apercevez si vous pouvez, si vous avez la force intérieure pour, surmonter cette difficulté. Et cette volonté qui grandit votre Kiryoku vous permettra d'accéder, qui sait, à la poupée russe qui vient après…

Et donc cette transmission solidienne, que nous permet cette synergie de tout le corps à l'impact du KKTnI, transmet l'onde de notre puissance du déplacement, de notre ferveur et détermination, dans la cible atteinte par notre sabre.

Cette cible d'ailleurs nous renvoie tout un lot d'informations, captées à travers l'intimité produite par les mains étroitement reliées au Sabre.

Ces vibrations nous informent sur la zone frappée, la qualité de notre coupe, la pertinence de notre action en général.

Confiants que nous sommes en notre toute récente réussite, nous pouvons ainsi délivrer un zanshin serein et jubilatoire.


Etape 3 : la catalyse

L'explication de cette étape-ci requiert une certaine capacité d'acceptation de l'intangible car c'est sur ces terres que je vais m'aventurer.
Je vous livre ici une réflexion par rapport à ma pratique personnelle et pour laquelle maitre Kong disait : "L'expérience est une lanterne qui n'éclaire que le chemin parcouru !"
En souhaitant que malgré tout, mes mots éclairent par chez vous également… 

Définition du Net : "Le phénomène de résonance s'accomplit lorsque l'amplitude des oscillations d'un système augmente sous l'influence d'impulsions régulières, de fréquence voisine de la fréquence propre dudit système."

Il faut se figurer ici la montée en résonnance de notre propre corps,

  • Le Ki, Kiaï, la ferveur comme un catalyseur du...
  • Tai, le corps, qui, par sa montée en disponibilité explosive peut décupler la puissance du...
  • Ken transmettant la vibration de puissance lors de la frappe.

Ces 3 énergies potentielles qui enflent, s'entrelacent et s'auto alimentent l'une l'autre pour converger de façon irrémédiable et surtout déterminée par nous même, vers un point précis dans l'espace temps du combat : le Yukodatotsu.

Quand on délivre une frappe de la sorte, la vibration profonde ressentie résonne aussi en nous comme un accomplissement; et quand on reçoit également cette frappe, par cette vibration, le sentiment que l'on ressent fait qu'il n'est pas possible de nier avoir été battu et souvent cela se voit sur l'attitude corporelle générale.

Je vous souhaite à tous, ainsi qu'à moi-même, de pouvoir expérimenter cette phase le plus souvent possible.

Etape 4 : le Kikentai statique

Je me souviens qu'un jour, Jean-Pierre RAICK m'avait parlé d'une notion de KKTnI pour la position "statique" de Chudan no Kamae. Sur le moment, je n'avait pas été réceptif mais je m'étais dit, celle-ci je la garde pour plus tard.

Ce n'est que très récemment, que j'ai commencé à en percevoir les bénéfices potentiels.

Il m'est arrivé à plusieurs reprise de me sentir "confortable" en Chudan no Kamae.

Confortable, non dans le sens de s'y reposer avec délice, mais plutôt un sentiment de puissance adaptative et disponible, stable et confiant.

Je me souviens d'une fois où les diverses tentatives d'attaques de mon partenaire, pourtant 6e dan émérite, me semblaient légères et empesées dans un même temps.

Mon sabre était au centre, et quoi que mon partenaire tente, il se heurtait à une contre attaque, ou un contre seme qui le faisait se retrancher, temporairement, jusqu'à ce qu'une de mes coupes ne viennent le débusquer et le faire résonner profondément.

Ce type d'expérience ne m'arrive encore que trop rarement même si je cherche à les reproduire encore et encore.

Et c'est maintenant que, Jean-Pierre, ta phrase me parle plus de 20 ans après : Merci !

 

Conclusion

Voilà, quand on fait la somme, c'était le compte rendu de plus de 30 ans de recherche autour du KKTnI. 

En espérant vous avoir fait gagner, ne serait-ce qu'un peu de temps sur votre propre recherche.

A très bientôt pour expérimenter ensemble tout ceci sur les planchers.

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Seme et Ashisabaki associé

Publié le par Jean-Pierre LABRU

(Toutes les calligraphies illustrant le notion de "Kiryoku" ont été réalisées par Yolanda, pratiquante de nos Budo et 5e dan de Shodô)

Samedi 20 mars 2021, nous avons abordé ensemble le thème du Seme et l'apport que pouvait être le Ashisabaki à la bonne réalisation et la diversité du Seme.

Ayant souhaité préalablement définir le Seme avant d'aller plus loin, je me suis vite aperçu qu'il représentait un sujet à part entière et comportait largement de quoi alimenter plusieurs conférences à lui seul. 
Nous aborderons donc les déplacements à partir du moment où ils servent exclusivement la construction du Seme.

Les notions de Seme sont parfois difficile à appréhender par une compréhension cartésienne, j'ai essayé néanmoins de les cartographier puis les décrire, tout en répondant le plus complètement possible à toutes les questions que vous vous posiez en tant que pratiquant de Budo.

"En Kendo, le Seme c'est la vie !"

(Kobayashi Hideo sensei)

 

Par les éléments suivants, combinés entre eux, nous communiquons, qu'on le veuille ou non, à notre partenaire, si tant est qu'il soit en mesure de le percevoir...

Nous communiquons sur la présence, la pertinence, l'adaptabilité et la puissance de notre Seme au moyen de :

  • notre disponibilité physique à délivrer une frappe valable (Yukodatotsu),
  • l'acuité de notre attention, notre disponibilité mentale,
  • l'intensité de notre intention, notre ferveur, notre determination,
  • notre force de volonté, de caractère qui s'exprime par nos choix, notre résistance aux déstabilisations de toutes sortes,
  • notre constante recherche du la prise du centre et donc d'un avantage capital.

Et donc au moyen des trois premiers points ci dessus, par notre attitude, nous faisons ressentir à l'autre qu'un danger est imminent, et ceci le plus longtemps possible, de manière constante, irrépressible, irrémédiable, irrésistible, ceci jusqu'à ce que son unité mentale/physique : Heijoshin (calme d'esprit) se désagrège et qu'une brèche dans son Kamae se présente. 

Le deuxième stade, en termes d'étape dans la progression, est de faire sentir à l'autre la force de votre caractère Kiryoku, la volonté traduite par l'expression des mouvements du corps. J'ai rencontré à plusieurs reprises des personnes ayant une forte volonté et qui ne se laissait pas désunir par leur manque de technique et leur inexpérience en Kendo et qui posaient des problèmes à tout pratiquant voulant gagner avant de frapper… en fait, face à eux, on ne gagnait jamais vraiment, jamais de façon claire et nette… certains d'entre nous se décourageaient et tentaient les chemins de traverses, d'autre persévéraient… dont j'étais; Désireux de comprendre ce qui ne fonctionnait pas et ce qui m'empêchait de placer mes techniques qui auraient dû être irrésistibles. La seule solution que j'ai trouvé est d'élever ma propre force volonté à un niveau supérieur dont, normalement, je n'aurais pas dû avoir besoin avec des pratiquants de ce niveau de Kendô.

Le troisième stade de la progression est la recherche du centre qui peut faire que le partenaire se sente en danger quitte à vouloir le reprendre absolument, au prix d'une mise en danger inconsidérée et qu'il aille à la faute et ouvre ainsi une opportunité. La forme la plus basique étant appuyer sur son sabre et qui en voulant revenir au centre, dépasse celui-ci et ouvre de ce fait l'opportunité pour Kote.

Intégrez bien tous ces éléments, puis viendra l'heure de la subtilité...


Je vous conseille vivement la vidéo ci dessous où Kobayashi sensei nous explique sa vision du Seme. La vidéo est sous-titrée en Anglais et il est possible d'activer la traduction automatique en Français de Youtube, la traduction en est tout à fait compréhensible.

La différence entre être une menace ou une cible mouvante

Il est quasiment impossible de montrer le Seme en photo, par contre, nous pouvons voir sur certaines d'entre elles ce que le Seme a provoqué dans le Kamae de l'autre et qui permet de déclencher la frappe; quelqu'un qui se désunit et qui protège par exemple : c'est déjà une victoire, celle du Seme !

Il ne faut pas surtout pas oublier que, lorsque l'on délivre une frappe, on est obligé, et ce n'est pas statistique mais systématique, de casser son Kamae qui, jusque là, menaçait le partenaire tout en protégeant de lui. Lors du lancement de notre frappe, nous sommes à découvert; il convient donc de faire un Seme suffisamment puissamment, suffisamment longtemps, afin de désarmer le plus possible, toute capacité de contre-attaque venant du partenaire.

Au fur et à mesure de l'application du Seme sur le partenaire, avec du travail et quelque fois un peu de réussite aussi, on voit apparaitre le point, le moment, la distance, où le partenaire va déclencher sa frappe. Arriver à provoquer, quand on le souhaite, la frappe du partenaire est une arme formidable pour construire le combat, ainsi on décide quand et souvent comment, l'échange de frappes va se dérouler. On appelle cela "prendre le Sen" que l'on pourrait traduire par prendre l'avantage ou l'initiative dans la menace. 

Je vous ai aussi raconté l'anecdote qui m'a fait avoir une pensée pour mon regretté Senpaï et ami, Georges Bresset, qui m'avait offert un Tee-Shirt avec inscrit en Kanji le concept de Mu-Ho : ne jamais casser sa garde. Et je vous ai dit comment cette dame âgée et chinoise, m'a posé la question pourquoi sur mon tee-shirt était inscrit "il ne faut pas déménager !".

Ci dessous, Georges Bresset :

Seme et Ashisabaki associé
Seme et Ashisabaki associé
Seme et Ashisabaki associé

Comment s'apercevoir si notre Seme est efficace ?

Ce slide du document de présentation (lien plus haut) est illustré par Toda Tadao sensei qui a remporté, en Jodan (garde haute) et à 3 reprises les championnats du Japon, la première fois à 23 ans, et qui était notamment réputé pour son Seme. Expert détaché en France par la Fédération japonaise, entre autres, préparateur de l'équipe de France pour les championnats d'Europe 1990 de Berlin (ma première sélection, où d'ailleurs nous avions reconquis le titre en équipe), nous révélait le secret de sa préparation mentale d'avant match. Il se mettait en garde Jodan face au pin parasol du jardin du Budokan de Tokyo où se déroulaient les championnats et le menaçait, le menaçait encore jusqu'à ce qu'il ait l'impression d'être plus grand que l'arbre lui-même. Et à ce moment, il savait qu'il était prêt.

Sumi Masatake sensei m'a raconté l'histoire d'un jeune garçon qui, à presque 10 ans, demandait : "Sensei, qu'est-ce que le Seme ?" et son senseï, dans la droite ligne de l'enseignement de l'époque lui répondant : "Tu fais un grand pas et tu lances ta frappe !". Et le jeune garçon tentant de faire ce que son sensei lui avait dit, entrait d'un grand pas et frappait, entrait et frappait; jusqu'à un jour, bien des années après, où son entrée d'un grand pas suscita la réaction défensive de l'adversaire... Ce jeune garçon n'était autre que Sumi senseï lui même !

Si votre partenaire possède le niveau de pratique et l'accuité à ce moment précis ou vous appliquez votre Seme, il est en capacité de se sentir en danger, et donc cela signifie que votre Seme existe puisqu'il est ressenti par le partenaire. Après provoquera-t-il une réaction, vous verrez bien le jour venu.

Cela me fait penser à une phrase de Monsieur Yoshimura qui dit ceci : "Si votre Seme ne produit aucune réaction sur votre partenaire, soyez vigilent, c'est qu'il est très fort...  ou alors très faible !"

Une liste non exhaustive de différents « seme » 

Illustrés par l'exemple lors de la conférence, voici en synthèses quelques exemples de réalisations différentes du Seme :

  1. Le Seme déstabilisant : faire sentir à l'autre que l'attaque est imminente, cela peut suffire à le perturber,
  2. Le Seme désorientant : diriger notre intention fortement vers une cible pour en ouvrir l'accès à une autre,
  3. Issun no Seme : avancer subrepticement, par petit pas de 3 cm,
  4. Toita no Seme : OGAWA sensei expliquait avec la métaphore suivante : être positionné vers l'amont dans le courant de la rivière Shirakawa de Kumamoto en tenant un panneau de porte verticalement et le repoussant à contre courant,
  5. Kasanete no Seme : prôné par Murayama sensei, ce Seme consiste en une répétition de phases de Seme minant peu à peu la résistance de l'adversaire,
  6. Et puis tous ceux que vous développerez vous même en gardant à l'esprit le principe de : Ken o korosu, Ki o korosu, Waza o korosu (annihiler le sabre, le Ki et la technique du partenaire)...

Ce qui relie Ashisabaki et Seme

Il existe un lien évident entre le Ashisabaki, cette faculté de se déplacer, et le Seme. A partir du moment où vous êtes en mesure de porter le danger à l'intérieur de la distance de l'adversaire, vous représentez une menace.

Histoire d'expérimenter, positionnez vous dans votre kamae le plus puissant et basculez sur les talons en soulevant les orteils, non seulement votre attitude montre à un œil averti qu'il n'y a aucun risque que vous puissiez surgir brusquement mais aussi vous-même, le ressentant intensément, votre perte de confiance est immédiate, irrémédiable et transpire dans votre attitude d'ensemble.

Le Ashisabaki comme un échappatoire au « Seme » de aïte

Non seulement le Ashisabaki concourt à construire et positionner votre Seme mais il permet également, par quelque ajustement de position, de se départir du Seme du partenaire qui aurait pu constituer, à cet instant précis, un désavantage. Un léger changement d'axe par exemple tout en réappliquant votre propre Seme peut être très déstabilisant pour le partenaire qui se serait cru en terrain conquis.

Le Kiguraï, cette fierté, cet orgueil bien placé, ne doit pas nous faire nous entêter et persister inconsidérément dans une situation mal engagée de prime abord. C'est alors que le Ashisabaki peut nous sauver la mise si tant est qu'il soit source d'une contre-attaque de Seme et non pas d'une fuite pure et simple.

En effet, on ne peut pas fuir à un Seme, c'est d'ailleurs pour cela que l'armure ne nous protège pas dans le dos. Fuyez devant un Seme et vous serez irrémédiablement rattrapé; afin d'éviter cette fin désastreuse, il vous faudra absolument arriver, par tous les moyens, à remettre en place vôtre Seme : c'est le seul salut !

Et si malgré tout, vous n'y arrivez pas, mon conseil qui n'engage que moi, faites face ! Recevez la frappe du partenaire dignement, les yeux grands ouverts, et survivez pour en tirer les enseignements qui feront que cela se transforme en une expérience enrichissante pour votre propre Kendô.

Conclusion

La conclusion de cette conférence a repris tous les sujets un à un car le Seme est construit de nombreuses briques qu'il faut bien intégrer afin qu'il soit le plus complet, cohérent donc le plus puissant possible tout en étant agile et adaptatif aux différentes situations et partenaires que l'on peut rencontrer.

Et au final, le Seme n'est que la capacité à faire expérimenter le Shikai au partenaire, c'est à dire lui faire ressentir l'un des 4 maux suivants : la surprise, l’hésitation, le doute , la peur.

Et pourquoi les 4 en même temps ?!

Bon Seme à tous pour votre reprise de la pratique !!!

 

Ci après le merveilleux cadeau de Yolanda pour cette conférence : le Kiryoku dans tous ses états

Seme et Ashisabaki associéSeme et Ashisabaki associé
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Conférence sur le Yuko Datotsu du 20/02/2021

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Samedi 20 février 2021, nous avons partagé un moment ensemble lors duquel j'ai tenté de décrire ce que l'on appelle le Yuko Datotsu.
Le Yuko Datotsu est un terme que l'on entend souvent et qui est communément assimilé, tantôt au Ippon, tantôt au Ki Ken Tai no Ichi. Quelles sont les différences entre ces 3 notions ?
Comment le définir techniquement, comment le reconnaitre quand on arbitre, quand on est spectateur mais également et surtout quand on pratique soi-même ?
Pourquoi quelques fois l'appréciation du Yuko Datotsu peut faire débat et comment peut-on être certain de sa bonne compréhension ?
Nous avons tenté ensemble de répondre à ces questions à travers différentes démonstrations théoriques et pratiques de la valable réalisation du Yuko Datotsu.

 


Introduction 


Le but de cette conférence était que tout le monde reparte avec une vision claire de ce que peut être le Yuko Datotsu, et en relie son appréciation à son propre sentiment de rapport au sabre.
Effectivement, certain ultra-cartésiens démystificateurs nous assènent qu'il faut qu'on ouvre les yeux, on se bat avec des bouts de bois et qu'en aucun cas on ne risque sa vie : ce n'est que du sport ! 
Et si justement, on s'employait à imaginer, visualiser, se figurer, se projeter, et ainsi trancender les valeurs d'absolu et d'esprit romanesque des combats d'escrime ? 
Et comme je dis souvent, quel meilleur apprentissage que de se figurer un combat réel afin de survivre à notre propre mort et en tirer de précieux enseignements ?!
D'ailleurs à l'intérieur même des règles sportives du Kendo, ne serait ce que par son rapport au sabre, se cachent quelques énigmes et qu'à bien y regarder, l'art martial est bien présent.


Définition littérale et règle de compétition
    

La définition littérale de Yuko Datotsu "collision efficace" évoluera dans notre contexte pour une "frappe valable" beaucoup plus adaptée.

La liste des critères qui définissent le YD dans les règles internationales (FIK) parait finie et bien catégorisée :

  • La bonne partie du shinai – datotsubu
  • La bonne partie de l’armure – datotsubui
  • Le sens du tranchant – Hasuji
  • Un esprit vigoureux – Kiai Kime
  • Une posture correcte et adaptée
  • Le tout suivi par Zanshin

Et pourtant cette liste ne se suffit pas à elle-même, le pratiquant, le spectateur et l'arbitre se devront de remettre dans le contexte ces six éléments, et ceci instantanément, afin d'évaluer la correcte application du Yuko Datotsu.

Vous pouvez voir dans le schéma ci-dessous que cinq "composants" s'ajoute à la liste des prérequis.

 

Le Kime, Zanshin, Kikai et autres éléments composant le Yuko Datotsu

 

Ma-aï : communément traduit par "la distance". Oui mais voilà, cette distance ne se mesure pas en centimètres, ni en mètres, ni même en pouces.

Cette distance est celle qui vous sépare de votre adversaire dans votre capacité à l'atteindre, ou la sienne à vous atteindre, physiquement… mais aussi mentalement et j'avoue que cela peut être plus difficile à appréhender.
Cette distance se mesure donc en potentialité de réalisation, d'atteindre ou d'être atteint.

Prenons l'exemple de combats asymétriques, Naginata - Kendo, ce qui illustrera, par un exemple, le Ma-ai. 

La capacité d'atteindre et plus éloignée pour le Naginata, par contre dès que kendoka a réussi à pénétrer plus proche que cette distance, le risque est grand; La Naginata le sait, si elle rate sa cible, elle peut s'exposer à la ruée du Kendoka qui, comme une furie, tentera crânement de profiter de l'opportunité.

Cette menace d'intrusion est une des façons d'atteindre mentalement le pratiquant de Naginata.

A l'inverse, si le Kendoka a une tendance à s'appuyer régulièrement sur sa jambe avant, il s'expose à un Sune fauchant d'un coup ses espoirs de ruée vers le Yuko Datotsu; le kendoka le sait et doit composer avec.

Voilà un exemple de ma-ai, comme une complémentarité, une imbrication, un effet miroir de la potentialité physique et mentale de chacun.

 

Kime
Voilà encore de l'impalpable, interprêtable, une appréciaton de la détermination, certe propre à chacun selon son vécu, mais qui devrait faire l'unanimité et donc devrait être indiscutable.

Oui mais voilà, quelque fois, ce qui est exprimé en tant que détermination peut donner lieu à en parler…

De la détermination d'attaque, cette urgente nécessité de s'engager corps et âme dans une quête de Yuko Datotsu, se compose de plusieurs autres notions; et en découlent naturellement quelques autres.

De nombreuses maximes et termes japonais nous bercent depuis de longues années pour les plus anciens, depuis mon enfance me concernant, on y trouve notamment :
Prioriser ses actions à travers le Ichi gan Ni soku San tan Shi riki,
Se départir du Shikai (peur, doute, surprise et hésitation) …
…et ainsi libérer son Sutemi (engagement total),
Dans l'expression du Kikentai no Ichi…
Produire du Sae (donner de la vie aux 10 derniers centimètre de la lame)…
Au moyen du Te no uchi (travail réalisé à l'intérieur des mains)…
…et qui se termine par Zanshin.

Et même dans l'articulation, la qualité dans la prononciation du Kiai, se cache une expression de la détermination. N'avez-vous jamais essayé de réaliser deux Men, le premier en poussant le Kiai bien articulé, explosif respiratoirement (mais pas que) et précis "MEN" et un autre avec un Kiai du type "WAACHA" ?

La détermination de la prononciation du Kiai, bien évidemment participe à la démonstration de la détermination globale, participe à démontrer le Kime mais à en élaborer également sa vigueur !

Cet état d'esprit préparatoire, le cœur gonflé de Kiai, si expressif de ferveur, galvanisant de confiance (si si persévérez encore si vous en doutez), la tête restant froide pourtant, nous amène à un point de non retour où la défense ne sera plus une option, ni même une pensée, ou le Sutemi en est son expression ultime, qui se poursuit d'un Kikentai no ichi bien senti… et qui se termine par zanshin : voilà le Kime !

 

Le Zanshin fait déjà partie des 6 éléments, pourtant son côté impalpable, personnalisé, contextualisé va demander plus de précisions.
Bien entendu, un Zanshin standard qui intervient comme une prolongation naturelle d'un fort Kime, et produit un état de vigilence disponible, est facile à évaluer.

Mais comme toute règle, et encore plus pour celles qui se doivent d'être appréciées plutôt que d'être appliquées strictement, les exceptions qui la confirment nous rassurent quant à l'étendue de notre pouvoir de décision que l'on soit arbitre, combattant ou spectateur.

Prenons pour exemple…
Ce lien avec notre partenaire, celui qui dès le salut s'est créé entre nous et qui nous entraine dans une danse folle, sabre au clair, Kiai déployés, seme percutants, sensibilités exacerbées afin de capter les messages, déjouer les intox bien qu'en en provoquant soi-même, imprimer, désarconner, résister, se trancender…

Ce lien, appartenant à nous deux, si garant de notre intimité pugilistique de l'instant, comment pourrait-il être abandonné, l'espace même d'une microseconde, à la défaveur d'une attitude corporelle ou mentale.

Nooon mes amis, je dis NON, ne laissons pas passer cette intolérable trahison de Zanshin et gardez vos applaudissements dans vos poches, vos drapeaux le long du corps et ne ratez pas la chance d'attaque immédiate comme une sanction bien méritée.

Cette petite envolée lyrique n'a pour seul but que d'argumenter auprès de vous du côté très humain, émotionnel du jugement du Zanshin nécessaire et suffisant.

 

Kikai, c'est l'opportunité. Apprécier le Kikai est assez simple pour toute personne rompue à n'importe lequel des jeux, sports ou arts pugilistiques.

Figurez vous que même ma grand-mère un jour, me laissant sans voix, m'a commenté un combat de Kendo en vidéo alors qu'elle en voyait pour la première fois. La vie à l'orpheminat avant guerre n'a pas du être simple tous les jours !?!!

L'exemple de la place que prendrait Kikai dans l'attribution d'un ippon s'illustre assez facilement par le blocage en tsuki au moment de la réception d'une frappe qui aurait été valable sans cela.

Pourquoi le ippon n'est il pas validé dans ce cas ?

Et bien c'est juste que l'opportunité d'attaque, Kikai n'était pas là…

 

Riaï est également une notion fondamentale.

Ce n'est pas à être apprécié par les arbitres mais plutôt par les jurés d'examen (pour les grades élevés).

En effet, Riaï correspond à notre capacité de prendre les bonnes décisions au bon moment.

Les arbitres en évaluent le résultat : le Yuko datotsu; les jurés d'examen doivent évaluer la justesse des décisions prises, ce qui est un gage du niveau de compréhension, du niveau de lecture du contexte ainsi que la capacité d'en tirer les bonnes décisions d'action.

Allez une fois n'est pas coutume, une analogie avec le football, (oui je n'ai peur de rien) :

Seul devant le gardien quelle décision prendre ?

Tirer ou faire la passe ?

Et bien ça dépend de beaucoup de critères à analyser instantanément comme la confiance, l'état de fatigue, le niveau du gardien, l'état du terrain et tant d'autres… voilà Riaï !

Et la chance n'a rien à voir là dedans !…

 

Pour conclure mais sans terminer la discussion...

Le Yuko Datotsu, si pour beaucoup il est vu comme le Graal du Kendo, c'est un peu normal qu'il requière une formule digne d'un alchimiste, qu'en pensez vous ?

 

 

 

 

 

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Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21

Le 23/02/2021 à partir de 18h, nous avons partagé ensemble cette conférence sur le Kendo no Kata.

 

Remerciements :

En premier lieu je vous remercie tous pour votre présence qu'elle ait été en direct pendant la conférence, en visionnage différé ou même ici sur le blog.

Je l'ai déjà fait en live mais je remercie une nouvelle fois toutes les sources d'inspirations qui m'ont grandement aidé pour documenter cette conférence.

Un grand merci à Sakudo Masao senseï pour ses écrits et ses conférences : “Nippon Kendo Kata,  Considerations for Instruction”, (Osaka University of Health and Sport Science), 2011.

Les diffusions et partages des enseignements de Sakudo sensei ont été réalisés par le club FUDOKAN de Marseille :  merci à son professeur Alain Hagopian !

http://www.fudokan-marseille.com/tag/kendo-no-kata/

La Fédération Japonaise de Kendo et sa page histoire :

https://www.kendo.or.jp/en/knowledge/kendo-history/

George Mc Call et son Kenshi 24/7 : https://kenshi247.net/

L'université canadienne de York : http://www.yorku.ca/kendo

 

Les liens vers les vidéos :

Za rei et ipponme (00:00) : Toyomura - Ujiie : https://youtu.be/2v7HPzOfIfo

Ipponme (02:22) : Iwatate - Katoh : https://youtu.be/at-cmEgy25A

Nihonme (01:16) : Chiba - Nakata : https://youtu.be/EbskzwErDdA

Sanbonme (01:54) : Mochida - Saimura : https://youtu.be/Lxjuc3NPTMg

Sanbonme (01:10) : Sato-Sumi : https://youtu.be/VObXW_v5ydY

Yonhonme  et Gohonme (02:04) : Takano Sasaburo - Nakayama Hakudo : https://youtu.be/R2ZRpl9WoPQ

Gohonme (02:08) : Sato-Sumi : https://youtu.be/VObXW_v5ydY

Gohonme (02:51) : Kata on the Beach : https://youtu.be/WgZpEUcdQhI

Ropponme (00:24:06) : Onuma - Maruyama : https://youtu.be/DxsQGoGsjlM

Nanahonme (03:47) Hasegawa - Ishii : https://youtu.be/G3X2WUs3Izc

Kodachi-Ipponme (04:08)  : Mochida - Saimura : https://youtu.be/Lxjuc3NPTMg

Kodachi-Nihonme (00:35:49) : Onuma - Maruyama : https://youtu.be/DxsQGoGsjlM

Kodachi-Nihonme (06:02) : Hasegawa - Ishii : https://youtu.be/G3X2WUs3Izc

Kodachi-Sanbonme (05:33) : Sato-Sumi : https://youtu.be/VObXW_v5ydY

Kodachi-Sanbonme (06:30) : Chiba- Nakata : https://youtu.be/EbskzwErDdA

Kodachi-Sanbonme (05:47) : Takano Sasaburo - Nakayama Hakudo : https://youtu.be/R2ZRpl9WoPQ

Et cérémonial de fin dans la précédente vidéo, à voir également dans les vidéos qui la précèdent et qui montrent un cérémonial plus actuel.

Pour un visionnage en continu de l'intégralité de ces vidéos, voici la "play-list" de Youtube : https://youtube.com/playlist?list=PLmI_TQV3Mhs25GEjqtiG6Stvw7Jctp-8-

Les photos de la présentation :

 

Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21
Conférence Nihon Kendo Kata du 23/01/21

 

Les citations de la conférence :

Hoplologie : https://fr.qaz.wiki/wiki/Hoplology

Un des objectifs du Kendo no kata, et des Kata en général, est de développer un ressenti intuitif des aspects du combat au moyen d'une longue pratique répétitive et en conscience de ces formes codifiées. Et c'est ce qui fait résonner en nous les concepts théoriques quand nous nous y confrontons.

 

 

Sakudo sensei :

"Durant l’ère Tokugawa, l’attitude des guerriers bushi envers leurs sabres a vécu une transition de l’utilisation pour tuer (setsunin-tō) vers l’utilisation pour préserver la vie (katsunin-ken). A travers la pratique du kata, les arts martiaux ont évolué et ont permi au guerrier d’étendre sa compréhension des fondements de la vie."

 

Sakudo sensei :

"Les premiers kata de kenjustu ont été codifiés à partir des expériences en combat réel des fondateurs des écoles, et ont englobé la manière dont l’esprit et le corps opèrent conjointement pour un effet optimal dans la confrontation en un contre un en termes de timing et de distance. Ceux qui ont appris le kata ont eu à intégrer les mouvements et, au travers de la répétition constante, sont parvenus à faire l’expérience de la connaissance des fondateurs. En d’autres termes, le kata peut être décrit comme un vecteur par lequel l’adepte peut réaliser l’union de l’esprit, de la technique et du corps (shin-gi-tai) dans un processus de compréhension, d’apprentissage et de maîtrise des techniques."

Sakudo sensei :

"Depuis les temps anciens, l’opportunité d’atteindre la victoire a été exprimée avec le terme “sen”. Dans le Nippon Kendo Kata, les deux variations sen-sen-no-sen et go-no-sen sont utilisées pour avoir l’avantage, et ces principes sont insufflés dans les formes de référence. Sen-sen-no-sen consiste à gagner par l’anticipation (avant que la technique de l’adversaire ne commence), alors que go-no-sen consiste à obtenir la victoire par un mouvement réflexe conditionné. Particulièrement dans les sports où le résultat est décidé en un instant, il n’y a pas d’autre manière de gagner en dehors de l’utilisation d’un mouvement réflexe ou d’anticipation. Bien sûr, aucun des deux n’est nécessairement exclusif, et il y a des moments où ils sont si proches qu’il est impossible de les différentier. Il y a aussi des occasions où ils sont coordonnés. Bien que la relation entre les deux soit variée, le principe de base est toujours axé sur l’anticipation ou le réflexe. Dans le kendō, sen-sen-no-sen sert à gagner au travers d’une perception vive des intentions de l’opposant, et go-no-sen au travers d’une réaction réflexe."

Sakudo senseï nous cite un passage du travail de Ōta Ryūhō sensei sur le Sen :
“Sen-sen-no-sen: Il en existe deux types – tangible avec la forme (ukei), et impalpable sans la forme (mukei). Le premier se réfère à l’application de la pression en premier et, juste au moment où l’opposant est sur le point de réagir, d’attaquer avant lui (…). Le sen-sen-no-sen impalpable est le fait de vider d’abord le ki de l’opposant puis, comme son “intention de frapper” se manifeste, et que le pressentiment (nioi) de la cible visée résonne dans votre propre coeur, de répondre en attaquant avant que son attaque puisse se former. (nioi-no-sen).”
 

Une nouvelle fois, un grand merci à Sakudo Masao sensei !

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