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L'Autre, ses enseignements de soi-même et ceux pour soi-même

Publié le par Jean-Pierre LABRU

" Alter Ego " par Dany Delepière

" Alter Ego " par Dany Delepière

Article écrit sur une inspiration de Jean-Yves G. qui, lui aussi, en est un Autre. 
Et puis il y a l'Artiste, l'Illustre Illustrateur de ce post, avec "Alter Ego" conçu spécialement. Celui dont l'Art Kendoïstique s'exprime quand il est mon Autre en Kendô, Autre et Ami, Dany.

 

L'Autre, cet être si cher à notre progression...

Alors oui, bien entendu, toutes sortes de dogmes sur l'Autre sont en circulation de nos jours. Ici je ne vous ferai part que de mon expérience de l'Autre en Kendô, celui sur lequel j'ai bâti qui je suis dans le Kendô et dans la vie.

Mon ji-geiko, qui plait ou qui ne plait pas c'est selon, les UEK, ce blog avec son "Jibun no Hana..." ... tout cela et bien d'autres parties de moi même sont issues de ce concept.

Je vous ai parlé du rôle de Motodachi mais ce n'est qu'une petite partie de ce que l'Autre peut nous apporter en Kendô.

Ce que je vous propose comme réflexion : l'Autre comme une partie de soi même !

Explications

Déjà quelques petites explications sur le pourquoi de ce titre :

L'Autre, ses enseignements de soi-même : ce qu'il nous apprend nous sur nous même.

L'Autre nous fait agir, nous fait réagir, nous met en difficulté, nous pousse dans nos retranchements, nous valorise... : il nous fait apprendre sur nous même.

 

...et les enseignements pour soi-même : ce qu'il nous apprend sur lui et sur les autres en général.

L'Autre agit, réagit, s'écroule dessous ou surmonte la difficulté. Il nous montre ce que nous aurions envie de réaliser nous même... ou bien l'inverse, ce que nous ne voulons surtout pas faire ou être, et c'est tout aussi riche d'enseignement... : il nous apprend sur lui et sur le Monde.

C'est déjà très intéressant. Mais il faut juste noter que chaque Autre est différent et que le seul point commun entre tous les Autres.... c'est soi même !!!

 

Aïte (prononcez "ail-thé")

En Japonais, dans les arts martiaux entre autres, l'Autre est nommé l'Aïté.

Voici ce qu'en dit Wikipedia dans : Tori et Uke

 

...

aïte : "à la fois partenaire et adversaire"2, ... aïte (la main mutuelle) qui prête sa main au partenaire : (, mutuel, kanji représentant un arbre et un œil ) et 手 (te, la main). Le fondateur de l'aïkido utilisait d'ailleurs exclusivement le terme d'aïté, pour marquer la non passivité du partenaire.

...

On apprend de l'Autre en le regardant faire avec d'autres, en recevant son seme, subissant ses attaques, ressentant ses frappes... et inversement, en le faisant réagir à notre seme, nos attaques, nos frappes.

Pour dire si ce sujet m'intéresse, je vous dirais que, constamment, je pars du principe que tout Autre, quel qu'il soit, peut m'apporter une meilleure compréhension de moi même.

Et pour reprendre à mon compte, un peu adapté je l'avoue, la fameuse citation :

"Nous sommes tous l'Autre de quelqu'un d'autre !" (Librement adapté de Jean-Yves Cohen)

Ne pas se tromper d'Autre

Cela paraît évident mais dans tous ces Autres, encore faut-il choisir le bon, celui qui compte vraiment.

Je connais quelques personnes qui ont travaillé expressément quelques techniques "présumées" secrètes en vue d'une confrontation avec un "certain" autre.

Je connais aussi quelques autres qui se disent : je ne vais pas faire Keiko avec "l'autre là" pour ne pas qu'il étudie mon Kendo et que le moment venu, "cet autre là" puisse me connaitre assez pour me battre.

Et d'ailleurs, ce "certain autre" et "cet autre là" se pourraient n'être autre que la même personne, à savoir moi même. Vous me suivez ?

Vous l'avez compris, je considère comme inutiles, inefficaces, et même néfastes, ces constructions par rapport à quelqu'un, et de plus, non pas pour l'imiter dans ce qu'il fait de bien, mais juste pour le contrer et utilisant ses particularismes.

Voici donc un lien qui s'établit entre cet article et mon précédent sur le Makoto no kokoro !?!

...de plus l'occasion et trop belle pour que je ne replace pas mon "jibun no hana o sakase yo" : ce n'est pas par rapport à quelqu'un que nous nous devons de grandir mais par rapport à soi même ! Ce qui n'empêche en rien de s'approprier quelques particularismes de tel ou tel pour peu qu'ils nous correspondent.

 

Les Autres que l'on préfèrerait éviter

A moi aussi, certains Autres me sont difficiles d'accès, difficile de prendre du plaisir à faire Keiko avec eux, dificiles à manoeuvrer... et pourtant il est important de s'y astreindre.

OK, souvent, ce sont eux qui viennent à ma rencontre, à attendre leur tour dans ma file de Keiko. Je n'ai donc besoin d'aucun courage puisque je n'ai pas le choix...

Mon Autre et ami Dany Delepière me racontait une de ses nombreuses anecdotes avec Hirakawa senseï : Il suffisait que tu confies au Senseï que tu n'aimais pas pratiquer avec tel Autre pour qu'il t'y envoie d'office, à la rencontre d'un autre... un autre Monde de Kendô, où les valeurs, les concepts, les habitudes, les politesses, les techniques, les rythmes, les distances... peuvent se trouver en dehors de ta zone de confort.

 

Un bel Autre parmi tant d'autres

J'en ai déjà parlé, vous vous souvenez, venir rencontrer l'Autre dans son jardin. Par opposition au "one man keiko" que l'on voit souvent chez quelqu'un de fort techniquement en Kendô... mais de fort uniquement techniquement !

Il impose son rythme, il impose sa technique, il impose sa distance, il impose... Il impose... mais en impose-t-il vraiment ? Non, pas selon moi !

Pour illustrer ce point a contrario : Je travaille beaucoup suriage en ce moment. Suriage en oojiwasa mais pas seulement.

En shikake-wasa, je travaille mon suriage avec Mr Yoshino du Budo XI, fringant septuagénaire, amoureux du Kendo et qui vient souvent tenter de me tailler comme il le fait de ses bonsaï.

Avec lui je travaille avec assiduité, j'essaye de retrouver une délicatesse et une précision de coiffeur dans mes gestes (Mr Yoshino était coiffeur et reste passionné et expert en bonsaï). Il trouve, me dit il, que depuis quelques temps les keikos sont plus difficiles avec moi.... et moi donc !

Quel bel Autre pour moi !

 

Mon Grand Autre

Il en est un Autre, un que je ne citerai pas mais qu'il devrait être aisé d'identifier...

Cet Autre, avec qui j'ai une relation très particulière, je le considère comme un de mes enseignants, le plus présent et depuis le plus longtemps. Je n'ai pas beaucoup de discussions avec lui, mais j'estime, peut être les fantasme-je, avoir beaucoup d'échanges. A tout moment en sa présence en fait...

Continuellement, je ressens une attention particulière qu'il me porte. C'est difficile à exprimer mais quand il est présent, il maintient comme une pression sur moi (il m'observe) et dans chaque situation me renvoie une image de moi même.

Cette image, souvent me déplaît, me frustre, et je pense que c'est délibéré de sa part car il sait, sans aucun doute, que ces sentiments sont moteurs chez moi.

Je ne sais s'il m'apprécie vraiment, mais au fond, est ce absolument nécessaire d'apprécier quelqu'un pour lui prodiguer des attentions et au final lui apporter de la valeur dans sa construction.

Doit on apprécier ses élèves ?

Si apprécier est pris au sens : j’apprécie sa valeur à son juste niveau, ses qualités, ses défauts, ses courages ses lâchetés, etc... Le "j'apprécie" au sens de "je mesure", je dirais oui c'est fondamental.

Mais si "apprécier" mêle l'affectif, c'est moins sûr. Saura-t-on, en tant que professeur, mettre cet élève, en temps et en heure, devant les nécessaires épreuves, quitte à ce qu'il échoue et qu'il en souffre ? ...et pourtant ces épreuves seraient indispensables à sa construction.

Cet effet miroir, ce miroir adaptatif, intelligent, omniprésent, ... possède bien d'autres qualités. A mon avis, il est le fondement même de l'attitude d'un professeur de Kendô envers ses élèves. Le terme "élèves" est pris ici au sens large, que ce soient des débutants ou bien des élèves avancés, très liés au professeur appelés aussi : disciples.

Quelques exemples des images que me renvoie régulièrement cet Autre :

Quoique nous fassions tous les deux, il se place dans le rôle de Uchidachi des Katas, celui qu'on suit, celui à qui on s'adapte, en timing, en distance, en technique... Depuis la façon de se dire bonjour, en passant par la façon de se mettre en Seïsa, de se saluer à la fin du cours... tout se passe sans un mot, quelque fois même sans un regard... Il est présent, et j'essaye de l'être aussi. Pour un instant, un regard, un sourire, ou rien justement... et comme il est, tout comme moi, un brin provocateur...

Je pense aussi quelquefois, que cet Autre, sans doute un peu idéalisé, ou tout Autre d'ailleurs, me renvoie une image que moi seul imagine ou interprète comme telle et qu'en fait ce n'est que le produit d'un brainstorming sur une situation imaginaire. Dis plus simplement : je me ferais des films.

Au final, je préfère ne pas savoir si tout cela ne vient que de ma fertile imagination car cette relation, réelle ou non, me plait et cela me fait avancer...

 

Un Autre que j'aimerais être

Partant du principe que je mets de côté, le plus possible, l'affect, tout en conservant bien évidemment la bienveillance, il me reste à devoir être en capacité à mettre mes "partenaires de jeu" dans la situation où leurs particularités leur apparaissent clairement, qu'elles soient positives ou qu'elles le soient moins.

On m'a récemment reproché :"Quand tu fais Jigeiko, on dirait que tu te moques de ton partenaire, certains s'en sentent humiliés et c'est pour cela qu'ils ne viennent plus faire avec toi !"

Ne m'en veuillez pas mais, bien que sachant que cette remarque n'était pas bienveillante à mon égard, je l'ai prise pour un compliment.

En effet, si l'autre se sent "moqué" c'est que, par définition, je lui parle de lui même. je viens par conséquent à la rencontre de son Kendô avec ses particularismes et il est vrai que souvent, je mets le shinaï là où ça fait mal.

Par exemple, quelqu'un qui défend, je fais exprès de provoquer son attitude défensive, juste pour lui faire se rendre compte... se voir dans un miroir...

 

Et ça n'arrive pas qu'aux autres

Il y a quelques années, mais il pourrait tout aussi bien me faire la même chose encore de nos jours, monsieur TODA s'est "moqué" de mon attitude en Keiko. nous étions tous deux en Chudan no Kamae (avec un seul sabre chacun, je précise étant donné la circonstance).

Je pensais menacer fort, le Kiai du dimanche et tout et tout...

Et puis, sans que je comprenne comment il s'y était pris, il retourna son shinai, le mis à la verticale et s'appuya dessus comme pour se reposer. et tout cela sans que je n'aie rien entrepris : je suis resté comme "deux ronds de flan". En fait, je pensais menacer mais il n'y avait rien qu'une attitude statique dans l'esprit et donc dans le Sabre.

Avouez qu'il y a de quoi se vexer, non ?!... ou bien le prendre comme un conseil, une critique constructrice et se baser dessus pour progresser. Et retourner l'inviter encore et encore...

Cette petite attitude, qui titilla un peu ma fierté c'est vrai, a fait plus pour moi qu'un long discours théorique.

 

En conclusion...

 

L'Autre en général, et que peut incarner tout un chacun, pouvant être différent à chaque minute, cet être si cher à notre progression, si nous ne l'avons pas encore accueilli dans notre apprentissage du Kendô, si nous n'avons pas encore su tirer les profits de notre relation à lui, il faut....

...à vous de vous raconter la fin de cette conclusion...

...j'aurais été ainsi, pour vous, cet Autre le temps d'un instant !

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"Makoto no Kokoro" : Candide ou l'optimisme... et ceci, délibérément !

Publié le par Jean-Pierre LABRU

"Makoto no Kokoro" : Calligraphie réalisée amicalement par Yolanda spécialement pour illustrer cet article.

"Makoto no Kokoro" : Calligraphie réalisée amicalement par Yolanda spécialement pour illustrer cet article.

"Ils ne savaient pas que c'étaient impossible, alors ils y sont parvenus !" Mark TWAIN

Il est une notion fondamentale dans le correct apprentissage et la juste réalisation des techniques de Kendô.

Cette notion est d'autant plus fondamentale que sans elle, rien n'existe de vrai, rien n'existe de juste et donc rien ne s'exprime de beau dans l'esprit et par le corps.

Allez soyons positif et cette phrase se transforme en : Grâce à cette notion, tout devient vrai, tout devient juste et tout ce qui s'exprime par le corps et dans l'esprit devient beau.

Pourquoi tant de lyrisme me direz-vous ? Finalement, ce n'est qu'une notion de plus dans le Kendô, sans doute accompagnée d'un adage japonais teinté d'une belle couleur locale.

Et bien non, pas d'adage, ni de proverbe, ni même de comptine...

... je ne vois rien d'autre que le terme lui même : Makoto !

Et plutôt que de vous en donner la traduction comme n'importe lequel des dictionnaires papier ou web, je me propose de vous en faire la démonstration par la pratique... à l'écrit.

 

Commençons par nous poser quelques questions ?

Pourquoi faut-il imaginer que l'on frappe sur un partenaire lors des suburis ?

Pourquoi faut-il imaginer frapper la tête plutôt que le shinai lors du Kirigaeshi ?

Pourquoi est-il si difficile d'être sincère dans les attaques et ne pas tenir compte a priori de la technique que va réaliser shidachi dans les Katas ?

Comment lors d'un exercice de kiriotoshi ne pas finir par frapper latéralement au bout d'un moment ?

Comment faire pour être un bon motodachi afin que le partenaire travaille profitablement ses ooji-wasa (contre attaques) ?

Et au final, comment ne pas se laisser influencer par le contexte, nos a priori, le partenaire ou notre propre appréhension afin de prendre la meilleure décision (en Keiko, Shiaï ou arbitrage) ?

 

Visualiser pour réaliser avec justesse

En Iaidô, si on doit visualiser ses assaillants ce n'est, excusez du peu, que pour les coupes soient dans le bon timing et donc la juste distance, avec la bonne technique employée, afin que le sabre coupe virtuellement ce qu'il doit couper.

En soit, si on ne visualise pas, on se retrouve à réaliser d'élégantes (ou pas) "arabesques" (comme disait mon premier professeur de Kendô) sans aucune signification ni pertinence.

Et d'ailleurs en Iaidô, le plus haut niveau de réalisation arrive à faire visualiser ces mêmes assaillants par un public, averti ou non.

Et donc lors des suburis, il faut se fixer une cible virtuelle, à la distance adaptée, et la frapper comme si on frappait sur l'armure du partenaire. Par conséquent et par exemple, il ne faut pas s'arrêter au niveau de la tête mais bien à celui de la bouche. J'associe souvent cette image à celle du Tennis où on se doit de traverser la balle.... et au billard, la boule.

 

Focaliser pour être dans le vrai

Le Kirigaeshi, cela pourrait faire un post à lui tout seul.

L'alternance de frappes à la tête, respectant la distance, le sens du tranchant (message perso : je ne vous lâcherai pas les jeunes), le te no uchi, ... Pour un observateur avisé, le kirigaeshi détermine à lui seul votre niveau de maitrise de votre corps et de votre sabre.

Et que dire si les frappes ne visent que le shinai du partenaire qui n'est par définition pas à la bonne distance. En effet, il est avancé et écarté par rapport à la vraie cible à viser : la tête.

 

Le gohonme du Kata mon cheval de bataille du Makoto.

Ceux qui me connaissent un peu savent que j'apprécie le Gohonme pour sa technique de suriage et que je le considère comme un indicateur de la sincérité, la vérité, avec laquelle on pratique le Kendo no Kata.

Placé à la perpendiculaire comme un jury d'examen, la trajectoire du sabre de Uchidachi est très clairement visible en termes de distance d'attaque.

Souvent, très souvent, trop souvent, sans doute pour ne pas blesser le partenaire, l'attaque est faite sur le bokken de Shidachi plutôt que sur sa tête.

Question de distance sans doute, le pas est insuffisant pour aller porter son sabre au dessus de la tête du Shidachi.

Quelquefois même (souvent, en fait !), le shidachi n'a même pas eu le temps d'amorcer le suriage et le choc des sabres intervient à la hauteur de Chudan.

Les effets indésirables et induits par cette situation sont considérables et néfastes :

Le shidachi ne travaille pas technique de suriage à la bonne distance.

La trajectoire et le choc sur son sabre, réalisés par l'attaque de uchidachi, ne sont pas conformes à une attaque en condition réelle, le choc des sabres y est plus lourd et par conséquent, la sensation dans les mains est toute différente.

Par conséquent, le rythme et la technique de l'ojii-wasa, la correcte distance de frappe et du kikentai cohérent en seront fortement altérés.

Je ne conçois pas que l'on puisse apprendre la technique de suriage dans ces conditions afin d'être en mesure de la réaliser en Shiaï un jour.

Alors pour faire mieux...

A distance d'attaque i-soku-i-to, hidari jodan face à shidachi en chudan, sur un pas attaquer men, en portant le datotsubu (partie du sabre) au dessus de la tête tandis que shidachi réalise suriage men du gohonme du Kata. Une fois, deux fois, dix fois, vingt fois... tandis que Shidachi fait suriage...

Faites le test et comptez combien vous avez réussi de Men avant de venir frapper le boken du partenaire plutôt que sa tête. Si on n'y prête pas attention, cela intervient dès la première. Dans tous les cas, cela aura lieu dès que l'attention sur ce point ou la volonté se relâchera un instant.

En fait c'est humain : on sait que suriage va venir interférer à notre Men : inconsciemment notre cerveau compense en faisant venir notre geste à la rencontre du sabre adverse.

 

Le sabre aimanté

Une autre démonstration : ceux qui viennent faire keiko régulièrement avec moi l'ont expérimenté quelques fois.

Quand les deux attaquent Men en même temps, une fois, deux fois... au bout d'un moment, invariablement, inconsciemment ou pas, le Men perd sa détermination vers mon Men car il est irrésistiblement attiré par mon shinai qui vient s'opposer dans le Kiriotoshi. En fait, ce n'est pas le shinaï qui est attiré mais l'esprit inconscient, ou conscient et c'est plus grave, de mon partenaire. Il vient agir "contre" mon men et non "pour" le sien !

Kiriotoshi est une technique très utilisée dans l'école Ittoryu où les deux sabres, dans des trajectoires rectilignes au centre et en direction du Men, s'opposent dans un timing similaire. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, cela ressemble un peu aux aiuchi Men de Yonhonme du Kata.

Je comprends mieux maintenant pourquoi Mr Yoshimura nous faisait travailler Kiriotoshi, au bokken, dans les stages équipes de France. Cette capacité d'autodétermination au centre, sans pour cela exercer ni de pression latérale, ni réaliser une trajectoire oblique dans l'intention inappropriée de contrer l'attaque adverse...

On pourrait résumer ainsi : "Ne cherchez pas à contrer l'autre, imposez vous tout simplement !"

Le moindre relâchement, et ceci à tous les niveaux de pratique (un combat perpétuel pour moi également) et cette dérive revient immédiatement et invariablement.

 

Conclusion

La première étape de l'innocence volontaire : se mentaliser à faire comme si rien d'autre n'existait que ce que l'on réalise. C'est aussi un travail de la volonté que de ne pas se laisser "distraire" ou influencer.

En deuxième vient la sincérité en toute chose, c'est que qui vient naturellement en travaillant l'étape 1 à chaque instant.

Cette sincérité, intégrée en standard dans notre pratique, permettra le développement de notre détermination que j'aime appeler "l'autodétermination". Pour moi, une détermination sans faille ne peut pas se mettre en place sans un travail sur la sincérité... mais je suis à l'écoute de vos remarques...

Cette détermination est perçue par nos partenaires (à partir d'un certain niveau de perception de l'autre), elle révèle en fait notre niveau de pratique et notre confiance. Ce travail sur soi permanent permet de les améliorer tous deux et développer ainsi l'assertivité de nos, désormais fameux, "points de vue" exprimés durant nos "discussions pugilistiques".

"Makoto no Kokoro" : Calligraphie réalisée amicalement par Yolanda spécialement pour illustrer cet article.

"Makoto no Kokoro" : Calligraphie réalisée amicalement par Yolanda spécialement pour illustrer cet article.

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Même pas peur, même pas vieux !!!

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Même pas peur, même pas vieux !!!

Attention message volontairement provocateur, âmes sensibles s'abstenir !!! Chers amis, et non moins coreligionnaires, vieux gradés et gradés vieux, et si vous vous inscriviez à l'open de France dans la catégorie 4e dan + de 40 ans de février prochain ?

Ce message se propose de tenter de convaincre un auditoire par définition non influençable. En effet, plus on devient fort en Kendô et moins on se laisse influencer et inconsidérément déclencher sa frappe.

Qu'à cela ne tienne, essayons tout de même !

 

Le shiai est bon pour tous !

Revenons à la définition même du shiai : "Tester en conditions réelles ses compétences, son efficacité."

...quelles soient historiques, accumulées tout au long des années de pratique ou nouvellement acquises.

Si vous ne faites plus jamais de shiai, est ce à dire que vous êtes, soit totalement confiants dans la pérennité de vos compétences historiques, soit que nous n'avez pas acquis récemment de nouvelle compétence ???

 

Dans un cas comme dans l'autre, à mon avis, c'est le début de la fin du "life long Kendo" (du Kendô pour la vie) ou "Kendô as a way of life" (le Kendô comme un chemin de vie ).

 

C'est également une volonté fédérale !!!

Petit message pour les arbitres de l'Open :

Un argument imparable c'est que le comité d'organisation de l'open de France en tient compte, en ce moment même, dans la conception du planning des deux jours, le nécessaire pour faciliter la participation des arbitres à ce shiai...

Il sera organisé par le CNKDR une rotation des arbitres et un positionnement des combats dans la journée, donnant la possibilité aux arbitres dont je suis, de participer à la compétition des +4D +40A.

 

OYEZ, OYEZ !!!

Chers amis, et non moins coreligionnaires, vieux gradés et gradés vieux, je vous invite donc à participer à la seule compétition de l'année pour nous : l'Open de France des 4eme Dan plus de 40 ans équipes et surtout individuels. Et si la participation est bonne, qu'est ce qui empêcherait de faire une catégorie plus +50A l'année prochaine ??? Allez, à bientôt sur le shiai Jo !!!

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"Il n'y a pas de défenses en Kendô ! " - Claude HAMOT -

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Merci à JudoMag pour sa couv' #298

Merci à JudoMag pour sa couv' #298

Article paru dans le numéro de septembre 2015 de la revue Judo, par Jean-Pierre LABRU, renshi 7e dan de Kendô.

Pour cet article, je vous propose ma réponse à la question suivante, que se posent de nombreux pratiquants, ici formulée par Jean-Yves Gorgé professeur du Club de Kendo de Bergerac : "Pourquoi les personnes pratiquants le Kendo en armure voient elles apparaitre des gestes parasites de protections inutiles alors que si ces mêmes personnes travaillent sans armure le kihon au bokuto ou le Kendo no kata par exemple, ces gestes parasites disparaissent. La protection que nous confère l'armure n'est elle qu'une illusion ? "

 

Monsieur Nagano...

Juste une parenthèse pour ceux qui se demandent pourquoi je n'écris pas Nagano senseï. Et bien dans le "non dit collectif du Kendo français à travers les âges", j'ai remarqué que les senseïs, qui viennent en france régulièrement, et envers qui la reconnaissance du Kendo français est immense, évidente et perçue par tous, se trouvent, implicitement, tacitement et universellement décorés du titre de "Monsieur". Intéressant non ? Monsieur Nagano donc, en stage d'enseignants nous avait réunis en groupes de travail pour plancher sur la question suivante : "Quelle est la différence entre le sport et le Budo ?" Après une heure de délibérations sans trouver de consensus sur la réponse, Monsieur Nagano nous la livra en quelques mots : le rapport à la Mort. Sans pour cela être ni macabre, ni même sinistre, il s'agit juste de concevoir, intimement et sans y être contraint par un âge avancé, un rapport direct et sans hypocrisie avec cet épilogue, cette conclusion de notre oeuvre de vie.

Et pour illustrer :

Un des principes du Bushido : "Quand tu te retrouveras au carrefour des voies et que tu devras choisir la route, n'hésite pas : choisis la voie de la mort." « Ceux qui s'accrochent à la Vie périssent, ceux qui au contraire embrassent la Mort vivent. » (Uesugi Kenshin, à l'adresse de ses vassaux) Sans doute faut il apprendre de ces textes anciens, écrits aux alentours de périodes troublées, que d'accepter l'inéluctable permet au mieux de s'en prémunir ou pour le moins de l'affronter avec la dignité qui sied à la fonction de Bushi. Miyamoto Musashi inspectant les troupes d'un daimyo dont il était l'invité, détectait d'un seul regard ceux qui donneraient leur vie sans hésiter pour leur seigneur.

Tout ceci, me direz vous, est bien loin de nos vies civilisées du 21e siècle, et pourtant....

C'est à mon avis la réponse à la question posée : qu'est ce qui pousse à se protéger durant un combat de Kendô si ce n'est cette absurde et irrépressible envie de survivre à ce combat au sabre de bambou, sans risque réel, mais un combat à mort... virtuelle.

Une fois cette appréhension du bambou dépassée, l'étape suivante vient avec la considération que l'on porte au combat de Kendô, cette capacité à concevoir virtuellement, dans ses keikos, un combat réel au Sabre. Il s'en suit donc une nouvelle difficulté, celle d'affronter la mort par le Sabre. Ce sont à mon avis parmi les épreuves qui nous amènent à progresser significativement sur la voie du Sabre.

Et pour ne plus essayer vainement de survivre inutilement à ces morts virtuelles...

J'espère, par cet article, vous convaincre que par ce biais, qui n'est en fait qu'une droiture, vous tirerez le plus grand profit d'une mort au combat. En effet, puisque, au final, vous y survivrez et vous en tirerez, qui sait plusieurs fois même par minute, les plus précieux des enseignements. Par conséquent, il suffit de ne plus craindre de perdre le ippon, de ne plus être sensible à ce froissement, cette vexation, qui fait jusqu'à piquer une crise de nerfs aux égos les plus démesurés.

Détaché de l'idée même de réussite ou d'échec, porté par votre sutemi ainsi désinhibé, vous ne serez alors plus que positif, constructif par votre menace et conclusif par vos attaques. Votre Kendô n'en sera que meilleur.

Et comme l'écrivait Musashi dans son Go rin no sho : "Travaillez bien cet aspect !"

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Mes ponts entre les pratiques du sabre japonais

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Merci à Eric Malassis pour ses images des Samouraïs modernes !!!

Merci à Eric Malassis pour ses images des Samouraïs modernes !!!

Par Jean-Pierre LABRU, Renshi 7e dan de Kendô, 5e kyu de Naginata, 2e dan de Iaidô, 1er Kyu de Jodô et 5e Dan de Chanbara.

Il y a quelques années, voire un peu plus, j'ai pratiqué, ou plutôt j'ai été initié au Jodô, Iaidô, Naginata et Chanbara.

Ces pratiques, toutes en lien avec le Sabre japonais, représentent à mes yeux des sources constantes d'inspiration technique et contextuelles pour ma pratique du Kendô.

Si vous avez lu mes autres articles, vous l'avez deviné : mes sources d'inspiration peuvent, tout aussi bien, venir de situation du quotidien, films ou autres spectacles... et comme je l'ai déjà écrit, je suis régulièrement inspiré par les pratiquants de Kendô en général.

Dans cet article je vais vous faire part de certaines de ces inspirations que ces disciplines m'ont apporté et continuer de m'apporter en Kendô.

 

Le Iaidô

Ce que j'ai retenu du Iaidô commence avec le respect au sabre. Mon premier professeur m'avait déjà inculqué les principes comme : ne pas toucher la lame du shinai, ou boken, avec la main, ne pas enjamber un shinai et autres, mais le Iaido me l'a illustré et me l'a fait mettre en pratique.

Il me revient justement une anecdote sur le sujet :

Lors d'un stage équipe de France du siècle dernier, un autre membre de l'équipe de France qui pratiquait également le Iaido avait apporté son Katana. Chose invraisemblable, Il venait de l'acquérir sur une brocante, l'avait payé extrêmement peu cher, il s'avérait être un Sabre du 18é siècle en parfait état de conservation, d'une taille exceptionnellement grande (parfaite pour lui) et signée d'un illustre forgeron : une pièce de musée !

Mon ami a voulu absolument que je le prenne en main, j'étais terriblement impressionné. Impressionné par la beauté et capacité létale de cette arme mais aussi par son histoire que, sans la connaitre, j'imaginais écrite de rencontres avec de nombreuses personnes en état de mort imminente. Alors précautionneusement, je le pris, ressenti son poids dans mes mains et comme j'allais le restituer à son propriétaire, un autre pratiquant me l'arracha presque des mains et se mit en chudan s'acharnant à le secouer, comme d'ailleurs il secouait habituellement son shinaï. Je vous laisse imaginer comme j'ai été choqué par cette désinvolture que j'ai perçue comme un manque flagrant de respect au Sabre.

 

Le Iaido m'a appris à utiliser un sabre avec fourreau, la façon de le passer à la ceinture, dégainer, rengainer. Ceux des pratiquants de Kendô qui n'ont jamais fait le Kendo no kata au Iaito en démonstration ne peuvent pas comprendre quelle peut en être la difficulté.

 

Bien entendu, le Iaido m'a démontré les "bienfaits" de l'aérodynamisme de la lame, le travail de son orientation, en fait j'y ai appris à couper. C'est sans doute pour cela que je reste bienveillant envers ces pratiquants de Kendô qui n'ont pas fait de Iaido et qui n'essayent même pas de couper avec leur shinai. Il va quand même falloir qu'ils travaillent plus souvent au Bokken : le message est passé ;^) !!!

 

Le Jodô

En Jodô, on peut dire que le Sabre n'est pas à la fête. Perpétuellement, il perd tous ses combats face à un Jo conquérant et omnipotent.

 

Les katas de Jodo mettent en avant les faiblesses du Sabre pour mieux les exploiter. Nous parlions justement de trajectoire de sabre nécessaires à une coupe efficace. Ces trajectoires, la plupart du temps, sont prévisibles de par la position du corps et des mains du partenaire. Le Jodo vous apprend à "gérer" ces trajectoires de sabre sous de nombreuses formes et différents rythmes, selon les katas.

 

Un grand nombre de katas de Jodô enseignent, sous diverses formes techniques, le debana ou degashira ou comment attaquer le partenaire lorsqu'il vient juste de décider ce qu'il allait attaquer et qu'il commence à peine, ou est en train d'esquisser son attaque. Effectivement, debana kote à gauche ou à droite lors de l'armer du sabre et debana tsuki, d'un coup de Jo à une main au plexus, au moment où il avance.

 

Ceux qui ont vu des démonstrations de Jodo ont sûrement remarqué cette technique qui contrôle les poignets du partenaire par un mouvement tournant. Quand quelqu'un arrive sur moi les bras levés, plutôt que de le "décapsuler", le retourner en soulevant afin qu'il tombe à plat dos ce qui est très dangereux, je lui attrape les poignets avec mon shinai, et d'un mouvement tournant, je les lui rabat sur son ventre. Ce qui en fait ne doit pas être agréable non plus, ni physiquement, ni pour l'ego. Ce n'est pas une technique de Kendô en soi, sans doute que ce n'est juste qu'une mauvaise habitude de ma part... ...mais je ne la renie pas ! ;^)

 

Indiscutablement ce que le Jodo m'a appris de plus caractéristique de sa pratique est le Suri Otoshi, soit l'action du Jo de glisser fortement sur la lame du sabre et la faisant gicler sur le côté. (Cf. Kendô no kata 3e de Kodachi). En Jodo, toute la longueur du Jo est utilisée, faisant glisser les mains dessus, alors que le Jo glisse sur la totalité de la lame et produisant une puissance extrême accentuée par un surbaissement opportun du corps au même moment. La garde du partenaire s'en trouve grande ouverte, et par un timing pertinent, cela laisse un boulevard pour le ippon.

 

Le Chanbara

Le dernier arrivé de nos disciplines m'a sûrement apporté quantité de choses dans mon Kendô, j'en retiendrai principalement 3.

 

En Kendô, avec une certaine habitude, on peut aisément contrôler les attaques d'un partenaire moins gradés par quelques légers déplacements ou actions du Shinaï. Un chudan no kamae vigilant et nous sommes en sécurité la plupart du temps. Il se trouve que dans les années 90, le même jour, le matin j'avais un stage de Chanbara et l'après midi de Kendô au CEPESJA. Alors que, le matin, j'avais été attaqué de toutes part et mis en danger par des débutants alors que j'étais champion de France en titre de 3 disciplines du Chanbara de l'époque qui en comptait 4. Tandis que l'après midi, les seme de toutes sortes ne me dérangeaient pas plus que cela et je "gérais" facilement.

(Avertissement : Au fur et à mesure où relis ces dernières lignes, j'ai l'impression d'encourager le "farniente" en jigeiko. J'espère que vous ne le voyez pas ainsi, en tous cas telle n'est pas mon intention et d'ailleurs je regrette vivement quand viennent ces facilités là chez moi : elles m'ont fait rater 2 fois mon 7e dans de Kendô. Cela fera peut être l'objet d'un post futur...)

Tout cela pour dire qu'en Chanbara, le danger est partout, en haut, en bas, sur les côtés, par des pratiquants confirmés et par des débutants. Le kamae, et ses seme associés, me font plus l'effet d'une énergie d'aspect sphérique, tandis qu'en Kendô (dans sa forme farniente) rester au centre réduit à néant la plupart des attaques.

 

Immédiatement liée à la première, la notion de shinken shobu, combat à mort sur une attaque, m'a été apporté par le Chanbara. Au début en France, tous les combats de Chanbara étaient en Ippon shobu. Cet aspect ainsi que la possibilité de couper toutes les parties du corps, et il n'en fallait pas plus pour que mon imaginaire me propulse en plein duel au Sabre. Pour ceux qui ne connaissent pas le Chanbara, les combats peuvent aller très vite. Et pourtant, un jour il m'est arrivé de faire un combat au Kodachi avec Mr Yoshimura. En deux minutes, alors que les combats duraient entre 5 et 10 secondes, nous n'avons ni l'un ni l'autre réussi à développer une seule attaque. Tout le combat en ai-seme. Epuisant !

 

Le troisième aspect est technique et nous revoilà à parler de la coupe. Et oui me direz vous, je réunis Chanbara et Iaido sur le même thème de la coupe. Je vous concède que le tranchant du sabre n'est pas représenté en chanbara mais le travail des bras est bien réel dans la coupe, Doh par exemple. Et bizarrement, la seule vraie coupe du Kendô, celle où l'on doit passer les bras, c'est Doh. A l'époque, mon Kendô était exclusivement fait de debana men. Je crois que j'ai mis mon premier kote en compétition vers 1994 alors que j'étais 4e dan. Mon premier doh n'est arrivé que vers 1997 et mon premier tsuki en 1998.

En Kamae, j'avais la main droite tournée fortement vers l'intérieur, ce qui me bloquait le bras droit tendu et l'épaule droite soulevée. Avec cette façon de tenir le shinai, il m'était impossible de passer mes bras, donc de couper, après une frappe doh. Vous imaginez la suite, en Chanbara, le nombre de coupes en doh ainsi que la souplesse de l'arme, m'ont enseigné la coupe de doh pour le Kendô.

 

Le Naginata

 

Le Naginata, c'est la première des disciplines que j'ai essayée en plus du Kendô, je devais avoir 11 ans. Je peux le dire maintenant, il y a prescription, j'étais secrètement amoureux de la fille de mon professeur de Kendô l'époque qui, elle, ne pratiquait que le Naginata. Il faut toujours des bonnes raisons de faire les choses dans la vie non ? Bon je m'égare...

 

Comme me l'a dit très clairement Madame SUMI après notre keiko à Bordeaux, la gestion de la distance est, en Naginata, la clef de la réussite. OK en Kendô aussi ! ;^) ...mais en Naginata, évaluer à quelques centimètres près une distance deux fois plus grande qu'en Kendô est sans doute au moins deux fois plus difficile.

 

Bouger son corps de façon latéralisée, aussi bien à gauche qu'à droite, main gauche ou main droite est une composante de base du Naginata. Comment croyez vous que, maintenant, dans mon Kendô, je puisse faire, indépendamment "des pieds et des mains", un kikentai, soit restant perfectible, mais tout de même acceptable. Merci le Nag !

 

Conclusion

Quelle conclusion à cet article que de vous encourager, vous aussi à découvrir nos autres disciplines du CNKDR que celle que vous pratiquez ?

Je me hasarderais même à détourner une citation de Victor Hugo car on peut imaginer qu'elle illustre la complémentarité de nos disciplines de l'art du Sabre japonais :

"L'être resplendissait : Un dans tout, tout dans un !"

Visuel CNKDR ©2015 tous droits réservés

Mes ponts entre les pratiques du sabre japonais
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Peut on couper avec son sabre de bambou ?

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Peut on couper avec son sabre de bambou ?
Peut on couper avec son sabre de bambou ?
 
Par Jean-Pierre LABRU, Renshi 7é Dan de Kendô
 

Une gageure, une utopie, que sais-je, une folie de vouloir, au Kendô, avec un shinaï de bambou, couper une partie référencée de son partenaire de jeu. Je conçois à première vue, que la pensée puisse faire sourire et même que cela puisse tenter certains de m'inviter, un mercredi soir chez eux, à une soirée pour en débattre avec d'autres passionnés, bâtisseurs de tour Eiffel en allumettes par exemple.

Pour ceux des pratiquants de Kendô sincères et qui joue à Zorro, surtout ne changez rien, continuez avec cette "insoutenable légèreté de l'être" qui fait de vous de si bons camarades !

Pour ceux qui, par la technique dans un premier temps, veulent donner, trouver, imaginer, virtualiser, idéaliser la gravité d'un combat au sabre dans leur pratique, je vous encourage à lire la suite. Et à l'appliquer...

 

Le principe de la coupe au sabre Japonais

De façon très simpliste, car tout pratiquant expert de Iaido ou Battodo saurait le dire mieux que moi, je vais tenter d'énoncer les principes de base de la coupe au sabre japonais.

Imaginons une lame courbe de sabre japonais fendant l'espace, l'air ainsi que tout ce qui se trouve sur son passage. La position de la lame dans la trajectoire suivant une logique toute aérodynamique, sans qu'il n'y ait besoin de plus expliquer, fait que le trajet de cette lame sépare l'espace en deux.

Maintenant, nous connaissons tous sur notre shinaï la partie la plus tranchante du sabre, le dernier tiers de la lame. Ici aussi, il est aisé de comprendre que dans l'arc de cercle de la trajectoire, cette partie est celle qui "voyage" le plus vite.

La courbure de la lame apporte un agrandissement de l'angle d'attaque de la coupe. Prenons l'exemple d'un shinai et d'un boken, à geste équivalent, position des mains équivalente et cible identique, le shinaï arrive plus "à plat" sur la cible que ne le fait le boken. Cet angle supplémentaire apporté par la courbure de la lame donne plus de "confort" (si je peux oser ce mot) dans la coupe. Le choc dans les mains en retour en est moins important.

 

Une référence

Comme ceux qui me suivent sur Facebook le savent, je suis en train de lire le "Teikoku Kendô Kyohon" écrit en 1932, révisé en 1937 par OGAWA Kinnosuke Hanshi qui deviendra 10ème Dan en 1957, traduit en Anglais par mon ami George Mc CALL.

Voici donc ce que OGAWA senseï a écrit sur ce sujet :

"Vous qui étudiez le Kendô, vous devez considérer votre shinaï comme s'il était un sabre célèbre et tranchant forgé par le maître MASAMUNE lui même; cela doit être, en permanence, une 'valeur' que vous respectez et en laquelle vous croyez."

Voilà, je pourrais m'arrêter ici dans mon article car ceux qui ont compris, perçu, reçu, senti résonner en eux ces premières lignes sont ceux qui coupent déjà ou qui, un jour, couperont avec leur sabre de bambou.

 

Avec un peu de pratique, qui sait ?

Mon éternel optimisme me dit que je devrais néanmoins tenter de conquérir de nouveaux membres de la coupe au bambou, alors voici 3 cas pratiques que tout un chacun peut expérimenter et s'approprier :

 

Le sens du tranchant (Hasuji)

Cela semble évident quand on le dit, cela l'est moins quand on pratique, le sens du tranchant doit être orienté précisément et exactement dans le sens de la coupe.

Combien d'entre nous faisons les sayumen de kirigaeshi avec le plat de la lame, en tous cas, pas tout à fait avec le tranchant. Vous seriez surpris, et même à haut niveau !!!

(PDLR : °°°Et voilà, je viens de perdre encore une dizaine d'amis sur Facebook avec cette réflexion !!!°°°)

 

Le niveau des mains à l'impact

Dans tous les cas, pour une coupe allant du haut vers le bas (diagonale ou pas), le point de repère d'une coupe au sabre, en complément du respect du sens du tranchant et de la bonne partie du sabre, est que les mains, lors de l'impact, doivent être en dessous du niveau où se trouve la pointe du sabre.

 

La coupe de Gyaku-doh

On entend dire : "Pour Gyaku-doh, il faut que la frappe soit plus forte que pour un Migi-doh !".

Peu de gens savent que c'est pour la même raison que l'on roule à gauche au Japon. !!!

En effet, du côté gauche se porte le fourreau et parfois même un deuxième sabre. C'est donc pour "assurer le coup" qu'il faut assurer la coupe avec une vigueur supplémentaire. Et cf. ci dessus, à l'impact, le Gyaku-doh doit avoir les mains plus basses que le niveau de la pointe du sabre.

 

Entraînez vous bien sur ces 3 points...

...et prenez au sérieux la menace de OGAWA senseï qui a écrit :

"Si vous considérer ou traitez votre shinaï comme s'il n'était qu'un vulgaire bout de bois ou un bâton, votre Kendô s'apparentera à ce qu'on appelle (en 1932) 'Waza kenjutsu' et toute la signification du Kendô lui même disparaïtra."

 

Conclusion

Vous qui me lisez depuis quelques posts, vous savez que je fonctionne beaucoup à l'intime conviction. Et bien dans ce cas, mon intime conviction porte sur le fait que, de la considération que l'on porte au shinai, vient la capacité de l'utiliser comme un sabre.

De même que, de la considération que l'on porte au combat de Kendô, cette capacité à concevoir virtuellement, dans ses keikos, un combat réel au Sabre, vient la capacité à être, et à progresser, sur la voie du Sabre.

Et comme je le dis souvent, c'est par ce biais, qui n'est en fait qu'une droiture, que l'on peut tirer le plus grand profit d'une mort au combat, puisque, au final, on y survit et on en tire les précieux enseignements.

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WKC - La maturité et le shiai en Kendô

Publié le par Jean-Pierre LABRU

WKC - La maturité et le shiai en Kendô

Pour ceux qui ne me connaissent pas, ou mal, je vais commencer par un étalage immodeste de mon palmarès en compétition de Kendô. Oui c'est exactement comme pour donner plus de crédit à ce que je vais écrire par la suite.

Première compétition en 1978,

1981 vice-champion et 1982, champion de France jeunes

1986 champion de France des Kyus

1992 vice champion puis champion de France individuel sénior en 1993, 1994, 1999, 2000, 2001, au total 11 podiums sur cette compétition (le dernier en 2011). En équipe, 4 fois champion de France en étant Capitaine.

En équipe de France de 1990 à 2003 dont Capitaine de 1992 à 2003.

8 fois champion d'Europe par équipe, 2 podiums en individuel (2e et 3e),

Championnats du monde (5 réalisés) 2 places de 5e en équipe et 1 place de 5e en individuel (1997), 2 fois fighting spirit des WKC (1994 et 1997).

 

C'est assez inhabituel chez moi une telle démonstration mais, finalement, c'est très samouraï, et japonais, de déclamer ses titres de noblesse avant la bataille !  ;^)

Nous avons donc assisté récemment aux Championnats du Monde de Tokyo, pour les plus chanceux au Budokan de Tokyo, pour les autres, dont moi, sur Ustream (TV sur internet).

L'équipe de France masculine, briguant son premier podium au WKC, n'a finalement pas réussi à sortir de sa poule, battue par les USA (2 victoire à 0 et 5 ippons à 2).

Dans l'histoire du Kendô Européen, seules deux autres équipes européennes ont réussi à faire un podium aux WKC, et pour l'Italie avant même qu'elle ne gagne son premier championnat d'Europe. L'Italie (2003) et la Hongrie (2012 et 2015).

Ce qu'on peut dire factuellement, c'est que les piliers de ces trois équipes font partie de la génération précédente de combattants voire celle d'avant. Finalement, tant pis je cite les noms, mais c'est comme si en équipe de France nous avions encore deux ou trois Guillaume SICART, Erwin YONNET, Axel DIEBOLD ou même Jean-Nicolas HEURTEVIN et qui sait pourquoi pas encore un Thibault BRUNEL de BONNEVILLE ?

Bien entendu, les sélectionneurs, ou ceux de l'équipe précédente, ne sont pas complètement responsables de cette situation. Sans vouloir totalement parler pour ces "anciens" prématurément retraités mais de ce que j'en sais, c'est une grande partie à mettre sur le compte des vies familiales et professionnelles. Je reste persuadé qu'il y avait sûrement des solutions à trouver...

Je pense sincèrement qu'il faut considérer l'avenir en conservant absolument certains combattants plus expérimentés dans l'équipe de France. 

Le Kendô n'est pas un sport....     ...comme les autres !

Je dirais cela différemment, la compétition en Kendô n'est pas un sport comme les autres.

Pourtant, même en Football, nous voyons certains "anciens" perdurer jusqu'après 30 ans : PIRLO, PLATINI, ZIDANE, ...  Mais finalement, quel est le point commun entre eux et ce n'est surement pas leur condition physique... ????  Et oui, vous avez deviné, c'est le niveau technique. Dans le sport en général et ô combien en Kendô, le niveau technique permet de rester efficace quand on avance en âge.

Pour mon cas personnel, ayant fait mon dernier podium aux championnats excellences individuels en 2011, quand je suis allé à Bourges cette année, malgré mes 48 balais, je ne me suis pas fait trop balader par les membres de l'équipe de France en poste. Au delà de la gloriole, je suis persuadé qu'il y a des enseignements à en tirer.

Monsieur TODA, 3 fois champion du Japon quand il avait moins de 30 ans, continuait à inquiéter les membres de l'équipe nationale japonaise quand il en avait 50 !!!

J'ai entendu, une "ancienne" gloire du Kendô français de 33 ans (!!!) me dire : "oh tu sais, moi maintenant, je ne tiendrais plus physiquement les entrainements de l'équipe de France."  Mais si on croit que c'est aux athlètes de s'adapter aux entrainements et non pas l'inverse, à mon avis on se trompe et par là même, on se prive des piliers nécessaires à une équipe de France montant sur un podium des WKC.

Ok, les membres actuels sont tous de la même génération, je l'ai entendu : "ils sont tous potes" (et c'est très bien). Une bonne ambiance dans une équipe c'est primordial et ce qui peut, par dessus tout, souder une équipe, c'est un objectif commun, une "mission suprême", au delà de la camaraderie et des amitiés. On peut ne pas partir en vacances ensemble et tout à fait constituer une équipe gagnante. 

Pour moi, une équipe ne se sélectionne pas (uniquement), elle se construit !

Vous l'avez compris, je suis intimement persuadé qu'avec une équipe de France trans-générationnelle, on tapait les USA !!!

 
 
 

 

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Comment se préparer à un passage de grade ?

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Mon premier professeur, le docteur André Pomès me disait : "On n'est champion que d'un jour."

Je complète : "On n'est champion que d'un jour mais un grade, on se doit de le mériter à chaque entraînement." En vertu de ce principe, et de quelques autres d'ailleurs, se préparer spécifiquement à un passage de grade est un concept qui m'a toujours paru incongru... Un examen de grade n'est pas un concours, pourquoi devoir se préparer autrement que par l'entraînement habituel ? Est ce à dire que l'on doive se préparer spécifiquement car on n'est pas au niveau ? Alors pourquoi le présenter si on n'est pas au niveau ? Et si on se présente et qu'on l'obtient, continuera t on à mériter ce grade sitôt l'examen terminé ? J'écoute certains de mes amis de Kendô avancer les poncifs suivants : "Il faut organiser des stages spécifiques pour se préparer à passer les hauts grades." Ou aussi : "Je n'ai pas assez l'occasion de faire assez de keiko avec des combattants de haut niveau pour progresser." Je vous livre une anecdote flashback sur mon parcours : à la mi année 1989, par un concours de circonstances, je me retrouvai sans Club. Il m'a fallu créer un nouveau Club avec, pour seul sparing partner, un sac de frappe de boxeur. J'étais alors 2e dan, j'avais 22 ans et j'allais être sélectionné pour les championnats d'Europe de Berlin d'avril 1990. Avec le recul, l'équation n'était pas simple. Pourtant à l'époque, je ne me suis pas posé de question, en fait je n'avais pas le choix. Tous les mois, je montais à Paris au stage Haut Niveau (ancien nom des stages équipes de France) et je revenais travailler dans mon Club, seul au début puis avec quelques débutants. Je suis donc devenu, comme beaucoup en France en fait, mon propre professeur. Captant toutes les influences qui passaient à la portée de ma compréhension, je poursuivais mon bonhomme de chemin.

Je comparais, mais peut on comparer, ma progression à celle de mes homologues parisiens, s'entraînant dans des grands clubs, sous l'enseignement de grands professeurs. Je me souviens que je ne prenais pas seulement mes influences auprès des professeurs mais de chaque pratiquant. Pour exemple, je ne pense pas qu'il le sache, mais j'ai tenté de copier, et j'espère avoir réussi, le retour de pied gauche de Roland Motard qui était déjà du même grade que moi à l'époque. Plus récemment, membre d'un jury de passage de 1er dan, j'ai été conquis par le furikabute (l'armé du sabre) d'un candidat. Depuis j'essaye, avec plus ou moins de réussite, de le reproduire... Dernièrement, mon kirigaeshi s'est remis en chantier après avoir reçu une leçon par un quasi débutant que j'ai nommé dans mon article "mitori geiko".

Mon Kendô est devenu un véritable patchwork des techniques des uns et des autres, senseïs ou sans grades...

Serait ce de ne plus avoir eu de professeur, au sens "conseils quotidiens" sur lequel je pouvais me reposer et lui confier les yeux fermés ma progression, qui me fait faire feu de tout bois en matière de sujets d'étude ? Sans doute...

Aurais-je lu trop de fois la Pierre et le Sabre ? Peut être... A partir, de plus ou moins, une bonne quinzaine d'année de pratique régulière, j'estime naturel que l'on puisse être en mesure de ressentir une émotion à la vue d'une technique, d'un geste, d'une position. Cette émotion, semblable quelque part à celle ressentie quand on voit un ippon, fait référence à ce qu'est notre Kendo, notre vécu, nos capacités, notre goût. Et c'est pour ces raisons que cela fait mouche et nous touche. Ne perdons surtout pas l'occasion de capturer ainsi ces éléments qui peuvent devenir les briques bâtissant notre futur Kendô. On entend souvent : "Ce qu'attend le jury c'est ça, ce qu'il ne veut pas voir, c'est ça !"

On m'a dit un jour : "Au premier dan le jury attend Men, au deuxième, Kote Men, etc..."

Je trouve cela bien réducteur, le Kendo est bien plus riche que cela, ne trouvez vous pas ?

Pour moi un jury d'examen doit être en mesure d'apprécier à quel niveau d'avancement se trouve le candidat.

Un jury expérimenté ne se laissera pas abuser par la forme, que l'on peut corriger opportunément, mais détectera le fond de pratique et c'est bien ceci qui sera évalué.

Dans tous les cas, en tant que juré d'examen, c'est ce vers quoi je veux tendre.

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L'arbitre de Kendô est un spectateur privilégié

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Une occasion m'est donnée de mettre à l'honneur et de rendre hommage...

Une occasion m'est donnée de mettre à l'honneur et de rendre hommage...

Avertissement : ce texte ne vous apprendra pas à arbitrer, pour cela il existe des stages, des publication et des années d'expérience. Il s'agit dans l'esprit du blog d'un décryptage de certaines notions avancées et dans le but d'avancer sur la voie de l'amélioration continue.


Toujours bien placé, par sa disponibilité de corps et d'esprit que lui confère sa posture (Cf. un article précédent), ce spectateur n'est pas partisan, ce qu'il cherche c'est l'émotion d'un ippon.


Le Ippon : cette complétude technique convaincante qui enthousiasme et émeut le spectateur averti.


La principale différence entre un arbitre et un spectateur, c'est qu'un arbitre ne peut pas applaudir car il a un drapeau dans chaque main, alors il lève le rouge ou le blanc selon la couleur du combattant ayant généré l'émotion ressentie.

L'arbitre est un acteur du combat de Kendo car il est un spectateur qui "modifie la mesure". En effet, un peu comme dans la physique quantique et son photon baladeur, l'arbitre, par son action déterminée d'observation active va influer sur le combat. En fait, il interfère non pas sur le résultat du combat mais sur la capacité que les combattants vont avoir de s'en remettre aux arbitres pour juger leur Kendo. Et c'est seulement dans ces conditions que chaque combattant pourra livrer son meilleur Kendo.

En premier, l'arbitre en impose par sa posture, par sa prestance, sa façon de bouger, ou de ne pas bouger, et très tôt sur sa convaincante déclamation du hajime. Ainsi l'autorité de l'arbitre doit se diffuser aux deux autres membres du gumi d'arbitre, aux combattants ainsi qu'aux spectateurs.

Le positionnement de l'arbitre conditionne sa capacité à bien percevoir le combat et donc à correctement juger les actions. Mieux que le positionnement lui même, la rapidité à se positionner accumule le temps durant lequel l'arbitre est bien positionné. Effectivement, quand on est en mouvement notre perception est altérée par la position instable qui en résulte. La vitesse du déplacement de l'arbitre, elle même, peut perturber, selon les cas, l'appréciation des trajectoires de corps et de sabre des combattants ainsi que leur puissance.

Il convient donc de se positionner le plus rapidement possible afin d'être bien positionné, immobile, le plus souvent et le plus longtemps possible.

Nous voici donc, en tant qu'arbitre, devant une équation à résoudre : Comment être le plus souvent bien positionné, tout en se déplaçant le plus stablement du monde afin de tout de même juger le mieux possible les actions ayant lieu pendant qu'on se déplace ?

Un seul discriminant : l'anticipation !

Et pour anticiper, il faut tout simplement, le plus souvent possible, lire l'avenir.
Dépourvu de quelque boule de crystal ou autre pendule, l'arbitre, selon ce qu'il a appris et compris des combattants depuis leur arrivée sur le shiai-jo, doit, à chaque fois qu'il le peut, anticiper leurs mouvements et donc par effet miroir, son propre positionnement.

La lecture du combat nous permet d'anticiper les déplacements des combattants mais aussi, par une empathie "stèréo", comme si l'arbitre était l'un et l'autre des combattants en même temps, il est possible, et même très souhaitable, de ressentir les échanges, les rythmes, les menaces, les intentions des deux combattants.
L'arbitre fait ici appel à sa propre pratique, à son propre niveau de Kendo. Je dirai même que, par procuration, l'arbitre exerce même sa propre compétence de combattant. Il combat ainsi par procuration et par conséquent progresse dans son Kendô tout en arbitrant.

Dans ces conditions, la rapidité de prise de décision n'est plus un soucis bien au contraire. Le risque est même de lever à l'instant même de l'impact du shinaï ce qui n'est pas souhaitable.
Cette double empathie se doit d'être totalement intériorisée à tel point que rien ne doit bouger avant le lever de drapeau validant le point, après avoir pris le temps d'attendre suffisamment pour vérifier le zanshin.

En effet, un ippon étant presque suffisant, un wasa ari par exemple, ne doit faire trembler dans l'absolu aucun des 6 drapeaux.

Le vrai niveau d'un arbitre, selon moi, se mesure donc selon deux paramètres :
- le temps cumulé de son bon positionnement
- l'absence de mouvements parasites de ses drapeaux.

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L'Asa-geiko, les avis sont partagés...

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Si vous connaissez Le Film, vous savez ce qu'il se passe l'instant d'après...

Si vous connaissez Le Film, vous savez ce qu'il se passe l'instant d'après...

Par Jean-Pierre LABRU, renshi 7e dan de Kendô

 

Le "Cauchemar"

"J'ai fait un cauchemar cette nuit : j'ai rêvé que des personnes habillées de sombre, avec des têtes affreuses bardées de métal et des cris barbares, s'étaient alignés en face de moi et n'avaient qu'une seule envie : me liquider. Je me débattais, j'étais en sueur... je coupais, je tranchais, je succombais sur un coup, mais je me relevais et partais au combat de plus belle... puis tout à coup un cri par dessus tous les autres, je m'asseyais, j'enlevais mon Men et c'était la fin de l'Asageiko !"

Au delà de cette histoire (qui se veut) drôle de kendô, le Asageiko a toujours suscité les passions. Comme sur tous les sujets depuis que le Monde est Monde, s'affrontent les "pro" et les "anti".

Ce post vient d'une question qui m'a été formulée ainsi dernièrement : "Pour nous européens, qu'est ce que l'on cherche à travailler en soi lorsque l'on se propose de faire Asageiko ?"

Je ne suis pas certain de pouvoir y répondre mais je vais essayer de donner des éléments de réflexion afin que chacun puisse se faire sa propre idée.

Les "Pro" et les "Anti"

Une réflexion toute cartésienne amène logiquement à aborder les aspects physiologiques néfastes concernant un effort violent à peine sorti du lit. Bien entendu, ce sont les "anti" asageiko qui portent cet argument. Il se trouvent même être parallèlement quasiment tous des fan de la grasse matinée. L'Asageiko est synonyme pour eux de l'éradication de la grasse matinée lors des stage de Kendô. Sans doute un peu rapide comme analyse mais à eux de nous dire...

A contrario, pourquoi ceux qui se lèvent tôt font ils le plus souvent partie des "pro" asageiko ? Serait ce pour tirer partie au mieux de leur capacité matinale contre ceux qui sont encore à moitié dans leur lit ? Une prise d'avantage supplémentaire, une certaine perfidie en somme... Je peux d'autant plus en parler que je fais partie de cette catégorie.

Il fut un temps, en Equipe de France

Je me souviens d'un temps, lors des stages équipes de France, ou le lobbying des "grasse mat" n'avait pas encore pris le dessus sur ce créneau d'entrainement supplémentaire. A dire vrai, en corrélation avec les heures de sommeil en plus, il s'est agi de mettre en place un système de "soirée cohésion" la veille au soir. Il est évident que pour renforcer la cohésion, mieux vaut une soirée sympa qu'un impopulaire entrainement aux aurores.

J'avais pourtant pris mes habitudes, n'ayant pas de réservation pour l'Asageiko, sans doute dénoncé par mon éveil matinal chronique, j'allais inviter systématiquement Mr Yoshimura, lui aussi étonnamment esseulé à ces heures.

Je me souviens que quelques uns, toujours les mêmes et ils se reconnaîtront, "travaillaient le kamae" au fin fond du gymnase et se croyaient à l'abri des regards...

Violence

En y repensant, je me dis que le critère obligatoire que revêtait cette participation matinale était ressenti comme une violence par certains et désormais, je peux le comprendre.

Violence, le mot est bien choisi. Ne dit on pas se faire violence ?

Quand nous faisons les suburis, kirigaeshi, kakarigeiko et autres kubun geiko par dizaines centaines ou milliers, serait ce uniquement pour nous entraîner physiquement ? Je pense que chacun répondra non à cette question. En effet cela peut éprouver la volonté, la détermination, la résilience, la capacité à trouver encore et encore, au plus profond de nous même, une énergie insoupçonnée. Et c'est parce que cette énergie était insoupçonnée, que nous dépassons ainsi les limites qu’inconsciemment nous nous étions fixées.

De plus, la capacité à rester lucide durant l'effort, et ne pas se mettre en "automatique" en attendant que ça passe, produit encore plus d'apprentissage et de dépassement de soi.

"Ce qui ne tue pas rend plus fort !"

Cet adage pourrait être, selon moi, la source même des progrès en Kendô.

Nous connaissons tous les difficiles et ingrats exercices qu'il nous faut surmonter pour apprendre le Kendô. Certains verraient même dans le Shido Geiko (le keiko du disciple, souvent un peu chahuté, face à son maître) un certain sadomasochisme consommé.

Mais au delà de tous ces contraignants et éprouvants exercices, la signification de cet adage la plus importante à mes yeux :

Après chaque ippon reçu, à la suite duquel virtuellement nous mourrons, une extraordinaire opportunité s'offre à nous d'en tirer les enseignements. Ne pourrait on pas dire alors :

"Ce qui tue virtuellement, rend également plus fort !"

Cet adage ne convainc pas les anti asageiko, qui bizarrement sont aussi la plupart du temps anti Kan-Geiko (littéralement l'entrainement du froid). Des keikogi, laissé humides en extérieur la veille et durcis par le gel de janvier, et qu'il fallait enfiler pour l'asageiko... Même si la cryothérapie fait actuellement beaucoup d'émules, une fois de plus, ces aspects traditionnels de la pratique martiale posent questions. Les principales tournent le plus souvent autour de la physiologie et des aspects sportifs associés.

Cela me remet en mémoire ces compétitions que je faisais sans échauffement, au sens sportif du terme. Une hérésie pour les physiologistes du Kendô. Mon échauffement consistait uniquement par de la mise en condition mentale au moyen de la concentration. Cette même concentration, sans doute par les effets de la visualisation, me chauffent corporellement sans faire aucun mouvement.

Les trois derniers championnats de France individuels que j'ai remportés l'ont été après avoir réalisé cette "préparation".

 

Asageiko ou une certaine conception de la pratique

Alors voilà, l'Asageiko est peut être une hérésie physiologique, tout comme peuvent l'être le Kan-geiko ou de débuter une compétition sans échauffement sportif.

Je dirais que ces aspects relèvent d'une "certaine" conception de la pratique du Kendô.

Faire du footing, des pompes, des abdos ou même de la musculation afin d'être meilleur en Kendô, s'échauffer physiologiquement comme avant un départ de 100m... tous ces aspects relèvent à mon avis d'une autre conception du Kendô, plutôt orienté vers une discipline uniquement sportive et bien évidemment, l'objectif court terme qui va avec.

Beaucoup a déjà été dit sur cette opposition du sport par rapport à l'art martial, je pense qu'à bien y regarder, dans tous mes posts on peut le retrouver en filigrane, et c'est pas fini.

Conclusion

Je terminerais donc sur une question et une réponse. Celles que Monsieur NAGANO nous a offertes lors d'un stage d'enseignant français il y a une dizaine d'années :

"Quelle différence faites vous entre un sport et un art martial ?"

Nous avions travaillé en ateliers de 4 ou 5 pour trouver une réponse honorable à cette question.

Personnellement, je n'étais pas conscient d'avoir la bonne réponse à cette question, alors, quand je l'ai proposée à mon petit groupe de collègues professeurs, je n'ai pas su les convaincre. Ils sont revenus vers moi après avoir reçu cette réponse de NAGANO senseï :

"Dans l'art martial, on se doit de conserver un rapport constant avec la Mort."

 
 
 
 
Et au final...

Et au final...

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