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Comment se préparer à un passage de grade ?

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Mon premier professeur, le docteur André Pomès me disait : "On n'est champion que d'un jour."

Je complète : "On n'est champion que d'un jour mais un grade, on se doit de le mériter à chaque entraînement." En vertu de ce principe, et de quelques autres d'ailleurs, se préparer spécifiquement à un passage de grade est un concept qui m'a toujours paru incongru... Un examen de grade n'est pas un concours, pourquoi devoir se préparer autrement que par l'entraînement habituel ? Est ce à dire que l'on doive se préparer spécifiquement car on n'est pas au niveau ? Alors pourquoi le présenter si on n'est pas au niveau ? Et si on se présente et qu'on l'obtient, continuera t on à mériter ce grade sitôt l'examen terminé ? J'écoute certains de mes amis de Kendô avancer les poncifs suivants : "Il faut organiser des stages spécifiques pour se préparer à passer les hauts grades." Ou aussi : "Je n'ai pas assez l'occasion de faire assez de keiko avec des combattants de haut niveau pour progresser." Je vous livre une anecdote flashback sur mon parcours : à la mi année 1989, par un concours de circonstances, je me retrouvai sans Club. Il m'a fallu créer un nouveau Club avec, pour seul sparing partner, un sac de frappe de boxeur. J'étais alors 2e dan, j'avais 22 ans et j'allais être sélectionné pour les championnats d'Europe de Berlin d'avril 1990. Avec le recul, l'équation n'était pas simple. Pourtant à l'époque, je ne me suis pas posé de question, en fait je n'avais pas le choix. Tous les mois, je montais à Paris au stage Haut Niveau (ancien nom des stages équipes de France) et je revenais travailler dans mon Club, seul au début puis avec quelques débutants. Je suis donc devenu, comme beaucoup en France en fait, mon propre professeur. Captant toutes les influences qui passaient à la portée de ma compréhension, je poursuivais mon bonhomme de chemin.

Je comparais, mais peut on comparer, ma progression à celle de mes homologues parisiens, s'entraînant dans des grands clubs, sous l'enseignement de grands professeurs. Je me souviens que je ne prenais pas seulement mes influences auprès des professeurs mais de chaque pratiquant. Pour exemple, je ne pense pas qu'il le sache, mais j'ai tenté de copier, et j'espère avoir réussi, le retour de pied gauche de Roland Motard qui était déjà du même grade que moi à l'époque. Plus récemment, membre d'un jury de passage de 1er dan, j'ai été conquis par le furikabute (l'armé du sabre) d'un candidat. Depuis j'essaye, avec plus ou moins de réussite, de le reproduire... Dernièrement, mon kirigaeshi s'est remis en chantier après avoir reçu une leçon par un quasi débutant que j'ai nommé dans mon article "mitori geiko".

Mon Kendô est devenu un véritable patchwork des techniques des uns et des autres, senseïs ou sans grades...

Serait ce de ne plus avoir eu de professeur, au sens "conseils quotidiens" sur lequel je pouvais me reposer et lui confier les yeux fermés ma progression, qui me fait faire feu de tout bois en matière de sujets d'étude ? Sans doute...

Aurais-je lu trop de fois la Pierre et le Sabre ? Peut être... A partir, de plus ou moins, une bonne quinzaine d'année de pratique régulière, j'estime naturel que l'on puisse être en mesure de ressentir une émotion à la vue d'une technique, d'un geste, d'une position. Cette émotion, semblable quelque part à celle ressentie quand on voit un ippon, fait référence à ce qu'est notre Kendo, notre vécu, nos capacités, notre goût. Et c'est pour ces raisons que cela fait mouche et nous touche. Ne perdons surtout pas l'occasion de capturer ainsi ces éléments qui peuvent devenir les briques bâtissant notre futur Kendô. On entend souvent : "Ce qu'attend le jury c'est ça, ce qu'il ne veut pas voir, c'est ça !"

On m'a dit un jour : "Au premier dan le jury attend Men, au deuxième, Kote Men, etc..."

Je trouve cela bien réducteur, le Kendo est bien plus riche que cela, ne trouvez vous pas ?

Pour moi un jury d'examen doit être en mesure d'apprécier à quel niveau d'avancement se trouve le candidat.

Un jury expérimenté ne se laissera pas abuser par la forme, que l'on peut corriger opportunément, mais détectera le fond de pratique et c'est bien ceci qui sera évalué.

Dans tous les cas, en tant que juré d'examen, c'est ce vers quoi je veux tendre.

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L'arbitre de Kendô est un spectateur privilégié

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Une occasion m'est donnée de mettre à l'honneur et de rendre hommage...

Une occasion m'est donnée de mettre à l'honneur et de rendre hommage...

Avertissement : ce texte ne vous apprendra pas à arbitrer, pour cela il existe des stages, des publication et des années d'expérience. Il s'agit dans l'esprit du blog d'un décryptage de certaines notions avancées et dans le but d'avancer sur la voie de l'amélioration continue.


Toujours bien placé, par sa disponibilité de corps et d'esprit que lui confère sa posture (Cf. un article précédent), ce spectateur n'est pas partisan, ce qu'il cherche c'est l'émotion d'un ippon.


Le Ippon : cette complétude technique convaincante qui enthousiasme et émeut le spectateur averti.


La principale différence entre un arbitre et un spectateur, c'est qu'un arbitre ne peut pas applaudir car il a un drapeau dans chaque main, alors il lève le rouge ou le blanc selon la couleur du combattant ayant généré l'émotion ressentie.

L'arbitre est un acteur du combat de Kendo car il est un spectateur qui "modifie la mesure". En effet, un peu comme dans la physique quantique et son photon baladeur, l'arbitre, par son action déterminée d'observation active va influer sur le combat. En fait, il interfère non pas sur le résultat du combat mais sur la capacité que les combattants vont avoir de s'en remettre aux arbitres pour juger leur Kendo. Et c'est seulement dans ces conditions que chaque combattant pourra livrer son meilleur Kendo.

En premier, l'arbitre en impose par sa posture, par sa prestance, sa façon de bouger, ou de ne pas bouger, et très tôt sur sa convaincante déclamation du hajime. Ainsi l'autorité de l'arbitre doit se diffuser aux deux autres membres du gumi d'arbitre, aux combattants ainsi qu'aux spectateurs.

Le positionnement de l'arbitre conditionne sa capacité à bien percevoir le combat et donc à correctement juger les actions. Mieux que le positionnement lui même, la rapidité à se positionner accumule le temps durant lequel l'arbitre est bien positionné. Effectivement, quand on est en mouvement notre perception est altérée par la position instable qui en résulte. La vitesse du déplacement de l'arbitre, elle même, peut perturber, selon les cas, l'appréciation des trajectoires de corps et de sabre des combattants ainsi que leur puissance.

Il convient donc de se positionner le plus rapidement possible afin d'être bien positionné, immobile, le plus souvent et le plus longtemps possible.

Nous voici donc, en tant qu'arbitre, devant une équation à résoudre : Comment être le plus souvent bien positionné, tout en se déplaçant le plus stablement du monde afin de tout de même juger le mieux possible les actions ayant lieu pendant qu'on se déplace ?

Un seul discriminant : l'anticipation !

Et pour anticiper, il faut tout simplement, le plus souvent possible, lire l'avenir.
Dépourvu de quelque boule de crystal ou autre pendule, l'arbitre, selon ce qu'il a appris et compris des combattants depuis leur arrivée sur le shiai-jo, doit, à chaque fois qu'il le peut, anticiper leurs mouvements et donc par effet miroir, son propre positionnement.

La lecture du combat nous permet d'anticiper les déplacements des combattants mais aussi, par une empathie "stèréo", comme si l'arbitre était l'un et l'autre des combattants en même temps, il est possible, et même très souhaitable, de ressentir les échanges, les rythmes, les menaces, les intentions des deux combattants.
L'arbitre fait ici appel à sa propre pratique, à son propre niveau de Kendo. Je dirai même que, par procuration, l'arbitre exerce même sa propre compétence de combattant. Il combat ainsi par procuration et par conséquent progresse dans son Kendô tout en arbitrant.

Dans ces conditions, la rapidité de prise de décision n'est plus un soucis bien au contraire. Le risque est même de lever à l'instant même de l'impact du shinaï ce qui n'est pas souhaitable.
Cette double empathie se doit d'être totalement intériorisée à tel point que rien ne doit bouger avant le lever de drapeau validant le point, après avoir pris le temps d'attendre suffisamment pour vérifier le zanshin.

En effet, un ippon étant presque suffisant, un wasa ari par exemple, ne doit faire trembler dans l'absolu aucun des 6 drapeaux.

Le vrai niveau d'un arbitre, selon moi, se mesure donc selon deux paramètres :
- le temps cumulé de son bon positionnement
- l'absence de mouvements parasites de ses drapeaux.

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L'Asa-geiko, les avis sont partagés...

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Si vous connaissez Le Film, vous savez ce qu'il se passe l'instant d'après...

Si vous connaissez Le Film, vous savez ce qu'il se passe l'instant d'après...

Par Jean-Pierre LABRU, renshi 7e dan de Kendô

 

Le "Cauchemar"

"J'ai fait un cauchemar cette nuit : j'ai rêvé que des personnes habillées de sombre, avec des têtes affreuses bardées de métal et des cris barbares, s'étaient alignés en face de moi et n'avaient qu'une seule envie : me liquider. Je me débattais, j'étais en sueur... je coupais, je tranchais, je succombais sur un coup, mais je me relevais et partais au combat de plus belle... puis tout à coup un cri par dessus tous les autres, je m'asseyais, j'enlevais mon Men et c'était la fin de l'Asageiko !"

Au delà de cette histoire (qui se veut) drôle de kendô, le Asageiko a toujours suscité les passions. Comme sur tous les sujets depuis que le Monde est Monde, s'affrontent les "pro" et les "anti".

Ce post vient d'une question qui m'a été formulée ainsi dernièrement : "Pour nous européens, qu'est ce que l'on cherche à travailler en soi lorsque l'on se propose de faire Asageiko ?"

Je ne suis pas certain de pouvoir y répondre mais je vais essayer de donner des éléments de réflexion afin que chacun puisse se faire sa propre idée.

Les "Pro" et les "Anti"

Une réflexion toute cartésienne amène logiquement à aborder les aspects physiologiques néfastes concernant un effort violent à peine sorti du lit. Bien entendu, ce sont les "anti" asageiko qui portent cet argument. Il se trouvent même être parallèlement quasiment tous des fan de la grasse matinée. L'Asageiko est synonyme pour eux de l'éradication de la grasse matinée lors des stage de Kendô. Sans doute un peu rapide comme analyse mais à eux de nous dire...

A contrario, pourquoi ceux qui se lèvent tôt font ils le plus souvent partie des "pro" asageiko ? Serait ce pour tirer partie au mieux de leur capacité matinale contre ceux qui sont encore à moitié dans leur lit ? Une prise d'avantage supplémentaire, une certaine perfidie en somme... Je peux d'autant plus en parler que je fais partie de cette catégorie.

Il fut un temps, en Equipe de France

Je me souviens d'un temps, lors des stages équipes de France, ou le lobbying des "grasse mat" n'avait pas encore pris le dessus sur ce créneau d'entrainement supplémentaire. A dire vrai, en corrélation avec les heures de sommeil en plus, il s'est agi de mettre en place un système de "soirée cohésion" la veille au soir. Il est évident que pour renforcer la cohésion, mieux vaut une soirée sympa qu'un impopulaire entrainement aux aurores.

J'avais pourtant pris mes habitudes, n'ayant pas de réservation pour l'Asageiko, sans doute dénoncé par mon éveil matinal chronique, j'allais inviter systématiquement Mr Yoshimura, lui aussi étonnamment esseulé à ces heures.

Je me souviens que quelques uns, toujours les mêmes et ils se reconnaîtront, "travaillaient le kamae" au fin fond du gymnase et se croyaient à l'abri des regards...

Violence

En y repensant, je me dis que le critère obligatoire que revêtait cette participation matinale était ressenti comme une violence par certains et désormais, je peux le comprendre.

Violence, le mot est bien choisi. Ne dit on pas se faire violence ?

Quand nous faisons les suburis, kirigaeshi, kakarigeiko et autres kubun geiko par dizaines centaines ou milliers, serait ce uniquement pour nous entraîner physiquement ? Je pense que chacun répondra non à cette question. En effet cela peut éprouver la volonté, la détermination, la résilience, la capacité à trouver encore et encore, au plus profond de nous même, une énergie insoupçonnée. Et c'est parce que cette énergie était insoupçonnée, que nous dépassons ainsi les limites qu’inconsciemment nous nous étions fixées.

De plus, la capacité à rester lucide durant l'effort, et ne pas se mettre en "automatique" en attendant que ça passe, produit encore plus d'apprentissage et de dépassement de soi.

"Ce qui ne tue pas rend plus fort !"

Cet adage pourrait être, selon moi, la source même des progrès en Kendô.

Nous connaissons tous les difficiles et ingrats exercices qu'il nous faut surmonter pour apprendre le Kendô. Certains verraient même dans le Shido Geiko (le keiko du disciple, souvent un peu chahuté, face à son maître) un certain sadomasochisme consommé.

Mais au delà de tous ces contraignants et éprouvants exercices, la signification de cet adage la plus importante à mes yeux :

Après chaque ippon reçu, à la suite duquel virtuellement nous mourrons, une extraordinaire opportunité s'offre à nous d'en tirer les enseignements. Ne pourrait on pas dire alors :

"Ce qui tue virtuellement, rend également plus fort !"

Cet adage ne convainc pas les anti asageiko, qui bizarrement sont aussi la plupart du temps anti Kan-Geiko (littéralement l'entrainement du froid). Des keikogi, laissé humides en extérieur la veille et durcis par le gel de janvier, et qu'il fallait enfiler pour l'asageiko... Même si la cryothérapie fait actuellement beaucoup d'émules, une fois de plus, ces aspects traditionnels de la pratique martiale posent questions. Les principales tournent le plus souvent autour de la physiologie et des aspects sportifs associés.

Cela me remet en mémoire ces compétitions que je faisais sans échauffement, au sens sportif du terme. Une hérésie pour les physiologistes du Kendô. Mon échauffement consistait uniquement par de la mise en condition mentale au moyen de la concentration. Cette même concentration, sans doute par les effets de la visualisation, me chauffent corporellement sans faire aucun mouvement.

Les trois derniers championnats de France individuels que j'ai remportés l'ont été après avoir réalisé cette "préparation".

 

Asageiko ou une certaine conception de la pratique

Alors voilà, l'Asageiko est peut être une hérésie physiologique, tout comme peuvent l'être le Kan-geiko ou de débuter une compétition sans échauffement sportif.

Je dirais que ces aspects relèvent d'une "certaine" conception de la pratique du Kendô.

Faire du footing, des pompes, des abdos ou même de la musculation afin d'être meilleur en Kendô, s'échauffer physiologiquement comme avant un départ de 100m... tous ces aspects relèvent à mon avis d'une autre conception du Kendô, plutôt orienté vers une discipline uniquement sportive et bien évidemment, l'objectif court terme qui va avec.

Beaucoup a déjà été dit sur cette opposition du sport par rapport à l'art martial, je pense qu'à bien y regarder, dans tous mes posts on peut le retrouver en filigrane, et c'est pas fini.

Conclusion

Je terminerais donc sur une question et une réponse. Celles que Monsieur NAGANO nous a offertes lors d'un stage d'enseignant français il y a une dizaine d'années :

"Quelle différence faites vous entre un sport et un art martial ?"

Nous avions travaillé en ateliers de 4 ou 5 pour trouver une réponse honorable à cette question.

Personnellement, je n'étais pas conscient d'avoir la bonne réponse à cette question, alors, quand je l'ai proposée à mon petit groupe de collègues professeurs, je n'ai pas su les convaincre. Ils sont revenus vers moi après avoir reçu cette réponse de NAGANO senseï :

"Dans l'art martial, on se doit de conserver un rapport constant avec la Mort."

 
 
 
 
Et au final...

Et au final...

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Bourges 2015 : l'intergénérationnel du Kendô français

Publié le

Bourges 2015 : l'intergénérationnel du Kendô français

En léger différé, mes commentaires du stage équipe de France de Kendo de Bourges.

Une petite entorse à l'objet de ce blog mais à la demande générale, je vous dévoile un peu de l'intérieur du stage équipe de France de Bourges 2015 : préparatoire aux Championnats du Monde de Tokyo.

Installation

A peine arrivé dans mes quartiers que résonne déjà dans les couloirs l'arrivée tumultueuse des anciens, la discrétion inversement proportionnelle au niveau de leur enthousiasme de se retrouver tous ensemble. Et le rire d'Allan qui s'en détache...

People

Pour les people addicts, à vous de nous reconnaître sur la photo, étaient présents 6 capitaines d’équipe de France Masculine et 3 capitaines de l'équipe de France Féminine des années 80 à nos jours.

Cohésion et enthousiasme

Lors de mon petit discours de fin de stage, et merci à Thibault de l'avoir sollicité, j'ai comparé mon ressenti entre les années 2000, quand j'étais capitaine, et ce stage. Deux mots : cohésion et enthousiasme !

Une immense cohésion de l'équipe ressentie dès les échauffements animés par Koichi. Tous alignés telle une démonstration de "mouvements de pied ferme" d'une troupe, un rythme entraînant, un brin décalé et très sympathique. Un fightooo qui fuse, une trentaine d'échos qui lui répondent...

Un fort enthousiasme à tout moment et notamment lors des préparations aux shiais, des uchikomi intenses, réalisés à fond, ...à fond de salle également, les largeurs à Bourges équivalant à des longueurs ailleurs.

Voilà, ces deux mots Cohésion et Enthousiasme sont ceux qui me sont venus spontanément dans le contexte.

Le retour des retraités

Les trois premières demi-journées du weekend furent consacrées au Shiai. Les ancètres, oui ils nous appellent comme ça, les ancêtres n'étaient pas venu pour couper les citrons (à dire avec l'accent Bordelais de François).

Pour l'occasion, nous avons ressortis nos plus belles techniques de shiais, moins poussiéreuses qu'elles auraient pu être considérées au premier abord.

Nous avons donc participé activement à une rencontre intergénérationnelle de Kendô de compétition.

Shiais par équipe : 3 équipes de France titulaires, remplaçants et sparing puis deux équipes d'ancêtres, les plus de 30 et les plus de 40. Nous étions 4 par équipe chez les vieux donc l'un de nous combattait deux fois.

Que pourrais je dire de ces échanges ? Virils mais corrects, les jeun's, bien que nous portant le respect qui nous est dû, n'ont pas vraiment fait preuve d'allégeance. Est ce que cela suggère un peu que nous n'avons pas toujours été à la fête ? Et bien voilà ! :^D

L'avantage de notre position "d'antic outsider", c'est que si nous perdions c'était pour ne pas risquer d'altérer leur confiance ! ;^)

Nous avons vu, reçu mais aussi donné de superbes ippons !

Un nouveau terme a été inventé d'ailleurs à l'occasion le tsuki "bouton poussoir".

Nous avons également pu assister à un sublime tsuki-nuki-doh de Kei. Avouez qu'on n'en voit pas tous les jours !!!

Durant les shiais, j'ai personnellement très bien ressenti le ki collectif de cette équipe lorsqu'un de ses membres combattait. Cela en était "frappant" ! ;^)

Sayonara

AAAhhhh la traditionnelle Sayonara de fin de stage, quelle belle invention !!!

Et là je dois dire qu'elle a pris une toute nouvelle dimension depuis mon époque.

A Bourges, nous étions au spectacle :

Les membres, titulaires, remplaçants et sparing s'étaient regroupés par 3 ou 4 et nous ont proposé des prestations théâtrales, lyriques et même humoristiques.

Bien entendues les chansons, et pas uniquement paillardo-gauloises, non, nous avions droit à de vraies créations artistiques. Quelques paroles choisies et toute la salle explosait de rire.

Mais le clou du spectacle à mon avis était le spectacle d'imitations de Quentin et Jonathan. Nous avons effectivement extrêmement bien ri au dépens de quelques personnes et qui, pour une d'entre elles, présente et qui n'a pas forcément perçu immédiatement la qualité humoristique de la prestation. :^P

Conclusion

C'était une super idée de confronter les générations, merci aux organisateurs, je pense que tous, jeunes et ancêtres, en ont bien profité.

Et je terminerais par une impression qui m'a poursuivi tout le weekend :

Ce stage équipe de France était un peu comme un stage jeune où tout le monde aurait bien mûri.

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Tactiques et stratégies lors d'un shiai de kendô

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Tactiques et stratégies lors d'un shiai de kendô

Un petit post qui j'espère donnera quelques éclairages à nos compétiteurs dans leur préparation pour les championnats du Monde de Tokyo

Tout d'abord, histoire de planter le décor, je voulais vous livrer un texte de INOUE Sensei. Il ne faut pas généraliser non plus, et surtout en France et en Europe, nous n'en sommes encore pas là même si quelques légers signes peuvent se faire sentir ici et là.

 

"Avertissement" de INOUE Yoshihiko sensei en 2007

 

"Comme cela l’a été formulé dans un ouvrage traitant des concepts du kendo, le kendo se pratique en accord avec les principes du sabre. Toutefois, ces derniers temps, les objectifs d’entraînement au kendo se sont focalisés davantage sur la compétition et la victoire. Voilà qui revient à passer à côté de ce qu’est le kendo, et ce à bien des égards. L’objectif ultime du kendo repose sur le développement de soi. C’est non seulement vrai pour le kendo, mais aussi pour tous les budo dont l’essence repose sur la concomittance du développement personnel et la maîtrise de la technique. Toute disicpline avec le suffice Do implique une voie, un cheminement: le développement du corps et de l’esprit en communion avec des techniques. Si la technique devient l’unique objectif d’un pratiquant afin d’atteindre la victoire en compétition à tel enseigne que la technique elle-même s’en trouve altérée pour prendre le dessus, cela revient à étouffer des parties importantes du développement de soi et concourt à favoriser un comportement égotique. Ceci est contraire à l’objectif principal du kendo.

Bien sûr, c’est important d’être motivé pour gagner une compétition. Toutefois, l’idéal est de vaincre d’une façon qui s’accorde avec les principes du sabre, tels qu’ils se traduisent dans les kata de kendo. Si l’on ne l’emporte pas de cette façon, il ne peut s’agir d’une victoire légitime en kendo. Ainsi, le kata de kendo doit occuper une place primordiale même aux yeux de ceux qui ne s’attachent qu’à l’aspect compétition du kendo."

 

Une définition du mot "shiai"

On m'a donné un jour, comme une définition littérale du mot shiai, la signification suivante : le shiai c'est un test en conditions réelles des techniques apprises à l'entrainement.

Si quelques linguistes veulent bien nous aiguiller...

 

Stratégie et tactique

Les shiaïs du dernier Open de France ont confirmé mon opinion concernant la nécessité de stratégie et de tactique lors d'un combat de Kendô.

Commençons donc par les significations :

 

Stratégie : "Art d'organiser et de conduire un ensemble d'opérations militaires prévisionnelles et de coordonner l'action des forces armées sur le théâtre des opérations jusqu'au moment où elles sont en contact avec l'ennemi"

 

Tactique : "art de diriger une bataille, moyens employés pour réussir..."

 

Pour résumer une stratégie serait par exemple de choisir les combattants et l'ordre de l’équipe tandis que la tactique consisterait, pour chaque combattant, à faire les bons choix lors du combat.

 

Les outils du shiai

Ki o korosu, Ken o korosu, wasa o korosu

Ce sont les 3 seules manières de prendre l'ascendant sur l'adversaire dans un combat. On peut les prendre dans l'ordre que l'on veut, il n'y a pas de hiérarchie entre elles. J'ai choisi de les placer dans l'ordre chronologique dans lequel elles peuvent apparaître dans un combat.

Certaines traductions parlent de "tuer" (korosu) le ki, le ken et le wasa du partenaire.

 

Ki o korosu

Déjà à distance, lors du salut, la démarche, la prise de garde, le sonkyo et le premier kiai comme une mobilisation de soi même, une démobilisation du partenaire et une sensibilisation des arbitres. Le niveau de kiai (et non pas le niveau sonore) démontre de facto une capacité à faire. Quand on est habitué, rien que par le kiaï on peut savoir si l'un des deux a manifestement l'ascendant sur l'autre. Souvent les arbitres en tiennent compte dans leur jugement et, à tort ou à raison, cela les conforte comme une concrétisation de ce qu'ils avaient anticipé.

Le ki o korosu peut être aussi réalisé sur la durée par une démotivation du partenaire à la suite d'echecs successif de ses différentes tentatives...

 

Ken o Korosu

La prise de sabre du partenaire, sa neutralisation par toutes les techniques de prises de sabre, en passant par omoté (endroit) et ura (envers) :

osaete, haraï, uchi o toshi, suriotoshi, suriage, Makiage, makiotoshi...

Dans nito le ken o korosu est quasi obligatoire : le petit sabre "coinçant" le sabre du partenaire tandis qu'on abat notre grand sabre.

 

Wasa o korosu

La "gestion" de la technique du partenaire ou comment tirer parti des attaques du partenaire pour le vaincre. Principalement par des oojii wasa (contre attaques)...

Si l'on devine les attaques du partenaire, ou mieux encore, si on les provoque, les techniques de contre attaques en sont grandement facilitées.

 

Conclusion

A vous de travailler vos techniques à l'entrainement afin qu'elles soient opérationnelles en shiaï, utiliser tous les outils pour prendre l'avantage et faire votre le conseil suivant :

 

Pour une fois, je vais vous donner un conseil applicable immédiatement et valable pour tout combattant...

 

Il ne faut surtout pas commettre l'erreur de combattre pour les arbitres. On voit trop souvent les compétiteurs se retourner vers les arbitres après un très insuffisant waza ari, le plus souvent avec un kiai insistant du type : OOOO KOTEEE YAAA KOTEEEE OOOOOO. En tant qu'arbitre, dans le meilleur des cas, je trouve cela risible, dans le pire des cas, j'ai l'impression que le combattant ne respecte pas ma compétence d'arbitre ni mon esprit d'auto-décision. Et dans ce cas, je peux vous confier que je ne le vis pas très bien...

 

En conséquence, il convient de convaincre le partenaire d'avoir ramassé Ippon et c'est cela qui convaincra les arbitres.

 

Bonnes compétitions à tous !!!

 

 

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Le combat de Kendô est une discussion... animée !

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Le combat de Kendô est une discussion... animée !

Par Jean-Pierre LABRU, renshi 7e dan de Kendô

 

Le combat comme une discussion

Depuis toujours dans mon enseignement, j'ai toujours comparé le combat de Kendô à une discussion lors de laquelle chacun cherche à faire valoir son point de vue, voire de convaincre.

Chacun possède des arguments, plus ou moins valables, plus ou moins pertinents. Et chacun est plus ou moins convaincu que ses arguments sont les bons. J'assimile ici les arguments aux intentions, aux idées à véhiculer.

Se préparer à discuter

Mais avant d'en arriver là, encore faut il savoir formaliser ses arguments et pour cela, depuis qu'on est né, on apprend à parler, à enrichir son vocabulaire afin, le jour donné, de trouver le mot juste, celui qui fait mouche...

La grammaire relie tout ça, mettant en pratique, et donnant aux idées une rythmique et un ordonnancement des mots et ainsi de la force à l'idée qu'on veut faire passer.

Lors de la discussion, quand les arguments adverses seront en passe de nous déstabiliser, il nous faudra toute notre force de caractère, forgée à l'école de la vie, pour donner à nos idées la chance d’exister et de prendre part au débat.

Désormais vous imaginez aisément le parallèle.

Le vocabulaire :

Les suburi et le kirigaeshi développent le maniement de l'arme et l'utilisation de son corps

La grammaire :

Les katas, les kihon et l'uchikomi geiko apportant l'à propos de l'utilisation de telle ou telle technique, le bon rythme, la gestion de l'espace-temps qu'est la distance (maaï) et ceci dans une quasi réelle condition d'utilisation.

La force de caractère, la volonté, la conviction :

Le kakarigeiko bien entendu, mais aussi l’ensemble des exercices proposés au Kendô à condition qu'ils soient réalisés avec intensité et dans un soucis d'amélioration constante. Et attention, l'un ne va pas sans l'autre !

Qui peut dire qu'il tient un aller retour une une seule inspiration lors de tous ses kirigaeshi de tous les entraînements de l'année ?

L'indépendance d'esprit :

Un sujet qui m'est cher et que je trouve un peu trop en option de nos jours... et de tous temps d'ailleurs !

J'aime beaucoup la citation suivante de Marc Aurèle dans "Pensées pour moi même" :

"Développe en toi l'indépendance à tout moment, avec bienveillance, simplicité et modestie."

L'application immédiate que je vois à ce principe est de ne pas se laisser influencer par le partenaire mais tout en prenant en compte tout le contexte et les forces en présence. Par exemple, votre partenaire vous montre si ostensiblement Koté que vous attaquez sincèrement mais au final très naïvement. Vous avez alors toutes les chances (ou plutôt les risques) de recevoir un superbe ojiiwasa (contre-attaque).

Je dirais, et cela peut étonner, que c'est le Kendo no kata qui peut apporter cet aspect. Je le démontrais encore samedi au Budo à l'entrainement.

Sachant à l'avance ce que le Shidachi va faire, combien d'entre nous n'attaquent pas réellement. Ils sont dépourvu soit de sincérité, soit, le plus souvent, d'indépendance d'esprit à ce moment précis; Cette capacité de ne pas laisser altérer sa technique par un élément extérieur.

La démonstration était en armure et je faisais faire le 5e kata Gohonme avec une frappe au shinai sur armure.

Etant en Shidachi et faisant semblant de réaliser le suriage, l'Uchidachi voyait son attaque de men de désagréger littéralement sans que je ne n'aie même effleuré son shinai.

On pourrait retrouver ces travers sur Ipponme et quasiment tous les autres mouvements des kata.

Selon moi, cette indépendance d'esprit, à tout instant, est la même qui fait qu'un arbitre donne son propre avis lors d'un ippon sans suivre l'avis des autres arbitres... à tort ou à raison d'ailleurs, mais c'est SON avis !

En conclusion

Sans cesse augmenter son vocabulaire, pratiquer la grammaire, travailler sa volonté tout en travaillant à chaque instant son indépendance d'esprit. Espérant toutefois en avoir convaincu certains, a minima, ce sont des "conseils pour moi même" !

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Le leitmotiv de l'amélioration continue en toute chose

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Le leitmotiv de l'amélioration continue en toute chose
Par Jean-Pierre LABRU, renshi 7e dan de Kendô
Je me suis dit que sur ce sujet là, soit je restais très théorique et sans doute rébarbatif, soit j'en faisais la démonstration par l'exemple.

Le cobaye !

Vous l'avez compris j'ai choisi la deuxième solution. Et donc là, il fallait que je trouve quelqu'un comme un exemple de ce qu'il ne faut pas faire afin d'asseoir mon discours. Le sujet de l'article étant d'expliciter ce que cette personne doit améliorer encore et encore, et surtout comment.

Ne voulant pas me fâcher avec une personne de plus que ceux avec qui je ne le suis déjà ;^) , j'ai choisi l'autoflagellation positive, la critique incessante de moi même, la non satisfaction permanente de ce que je fais... en fait, je me suis choisi comme exemple.

Prenons donc comme support la photo ci dessus qui date du samedi 21 février 2015 lors du stage du Budo XI.

Je suis en train de démontrer kirigaeshi et plus particulièrement, sur cette photo, le premier grand Men. Et d'ailleurs, déjà lors de ce stage et de cet exercice, le ton était donné sur l'amélioration continue et permanente de chaque frappe de Kirigaeshi. La consigne : après chaque sa-yu men, s'arrêter une fraction de seconde et faire un bilan : tiens là mon shinaï a ripé, mon pied gauche est revenu en retard, j'étais en déséquilibre,... avec la détermination suivante : faire mieux lors de la prochaine frappe.

Prenons donc l'exemple de ce Men, le premier grand Men de Kirigaeshi :

  • Impact perfectible du shinaï sur le Men du partenaire : oui ! Etant donnée la partie en contact, on pourrait gagner au moins vingt bons centimètres et donc d'attaquer de plus loin
  • Un fumikomi (frappe du pied) perfectible : oui ! Afin d'être le moins possible soumis à la pensanteur, le pied qui frappe doit se soulever le moins possible. Ici, on ne le voit pas mais on le devine entre 30 et 40cm au dessus du sol.
  • Un déroulé du pied arrière perfectible : clairement oui ! Conformément à ce que disais dans mon post sur le déplacement, c'est d'ailleurs de cette photo dont je parlais, un pied qui déroule hypothèque son timing de retour à la position de kamae.
  • Une synchronisation ki ken et tai perfectible : oui peut être... La photo semble montrer un soucis dans la synchronisation du pied qui frappe le sol et du shinaï qui frappe le Men. Il faut rester prudent sur ce sujet, nous sommes devant une image arrêtée : difficile de juger. Mais on peut toujours améliorer son kikentai. :)

En fait, la réponse à la question, est-ce perfectible ? La réponse est toujours oui...

En donc, quoiqu'on fasse, quelque soit le geste, l'attitude, la technique que l'on réalise, il y a toujours moyen de progresser.

Auto questionnement permanent

Ci dessous, un petit brain storming de tout ce qui peut être amélioré à partir du moment où l'on entre sur le dojo. Il est bien évident que l'on peut s'améliorer dans tout ce que l'on fait même en dehors du dojo.

Avant même d'entrer sur le dojo, la façon de s'habiller. Mon Keikogi est il sans plis dans le dos ? le hakama est il à la bonne hauteur ? Devant et derrière ? Mon tare est il bien positionné ? Mon doh a t il ses cordons bien noués ? En respectant le plat des cordons ?

Quand on entre sur le dojo, on salue. Pourquoi faire ? Le fais-je en conscience ? En conscience de quoi ?

Je porte mon Men et mes Kotes, oui mais de quelle manière ?

Je m'aligne, oui suis-je bien aligné ?

Je me mets en seisa, quel est la jambe que je descends en premier ? Suis en équilibre tout du long ? Ai-je fait du bruit en m'asseyant ?

Je pose mon shinai, mes kotés et mon men, sont-ils alignés ?

La position de mon seisa est-elle correcte ?

Mon Mokuso est il correct ? dans la posture physique ? dans la posture mentale ?

Et mon salut, est il respectueux ? Ai-je bien salué suffisamment longtemps ? Onegaishimasu, oui mais pour quoi faire ? Qu'est ce que veut exprimer avec celà ?

Je mets mon Men, Ok mais les cordons sont ils jointifs et à plat sur mes tempes ? Mon noeud derrière est il fait à l'horizontale et en respectant le plat des cordons ? Ai je bien les yeux en face des trous les plus espacés de la grille ?

Et caetera... Et caetera...

"Fais ce que tu fais !"

(Mme Jacob, ma professeur de Français Latin de 3ème)

Vous voyez, déjà sans avoir réellement commencé la leçon par elle même, nous pouvons à chaque instant se remettre en question sur toute chose. Attention néanmoins, se remettre en question sur toute chose ne veut pas dire tout jeter aux orties ce que nous faisons en permanence. Cela doit être juste le plus souvent de vérifier et de s'apercevoir que tout est bien fait. Et c'est justement le fait de vérifier que c'est bien fait à chaque fois, et ceci depuis longtemps, qui fait qu'on le fait bien sans y penser.

Cependant il faut toujours continuer de vérifier car comme je le dis souvent : "L'être humain a tendance naturellement à aller vers la facilité." Pour contrer cet état de fait, il faut réaliser chaque phase importante en conscience.

J'ai aussi entendu parler de la théorie de la méditation de pleine conscience. Il parait que c'est une méthode de gestion du stress sans pareille... J'imagine qu'il y a un lien avec les petits gestes que font les sportifs dans leur phase de préparation juste avant l'épreuve. Rappeler vous la publicité pour une eau minérale dans laquelle Z. Zidane mettait toujours la chaussette gauche d'abord...

Pour ma part, dans ma façon de mettre le Men, j'ai un geste récurrent qui est de sortir les cordons de mon Men, les dénouer le cas échéant, et les lancer devant moi avec un geste qui, quand il est bien exécuté, dispose les cordons sur le sol en imitant le kanji "Kokoro". Enfin c'est l'idée que je m'en fais...

Conclusion

En fait, cette amélioration continue de toute chose vient de nous. Et bien oui, encore une fois vous pensiez que j'avais une solution miracle ?

Les jours où l'on se sent bien, c'est important d'y penser mais les jours où l'on ne se sent pas bien, c'est indispensable car cela nous permet de nous raccrocher à des points de repères qui peuvent être rassurant.

Et puis aussi, qu'on se le dise, ce n'est pas les jours où l'on se sent bien que l'on progresse le plus, mais plutôt les autres jours quand, se rattachant à tous nos petits repères, on n'abandonne pas et on s'accroche pour donner le meilleur de nous même malgré tout.

Et c'est cette démarche qui est éminemment la plus profitable.

 

 

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De la posture naît le déplacement

Publié le par Jean-Pierre LABRU

De la posture naît le déplacement
De la posture naît le déplacement

J'ai écrit quelques lignes sur la posture dans un post précédent. Il vaudrait mieux le lire au préalable car celui ci pourrait se concevoir comme une suite logique.

La posture donc est le point de départ de tout dont le déplacement.

Depuis tout jeune on me serine : Ichi gan Ni soku San tan Shi riki* ! comme une incantation divine donnant le pouvoir magique de la maîtrise ultime de l'art du Sabre.

Donc en premier, par votre posture, posez votre regard (Gan) sur l'environnement, évaluer les forces en présence.

Le déplacement (Soku) intervient ensuite avant le courage (Tan) et en dernier lieu, l'habileté technique (Riki).

Le déplacement est donc par définition, le premier des mouvements à maitriser. Hatakeyama sensei, Expert ZNKR 1996, estimait à 70% la part des déplacements dans le Kendô. Je vais encore faire mon râleur, mais combien d'entre nous, lors des suburis, travaillent surtout le mouvement des bras tandis que les pieds suivent comme ils peuvent ?

Bon, le déplacement, ce n'est rien d'autre que l'alternance des appuis posés successivement et allant dans la direction voulue. Dit comme ça, pas de difficulté majeure...

Les appuis, on en entend parler au tennis, à la course à pied (la vitesse surtout), au rugby, ... Sans appui, pas d'équilibre, pas de puissance, pas de déplacement, pas de disponibilité.

En Kendô, on a tendance à penser que les appuis sont ceux ci : le pied droit posé au sol et le pied gauche ayant le talon légèrement soulevé. En fait, le poids du corps ne s'exerce que sur les avant-pieds, comme dans toutes les activités physiques demandant un "jeu de jambes".

En Kendô, la majorité des déplacements s'effectue vers l'avant, demandant également quelques capacité d'ajustement en distance et trajectoire. Une autre des particularités du déplacement de Kendô est que l'on doive, pour délivrer le kikentai, aller déployer de la puissance à une distance relativement grande (la moitié de la distance qui nous sépare du partenaire environ). Pour ce faire, nous devons apporter notre corps le plus proche du point d'impact. Sans cela, la frappe n'est réalisée qu'au moyen des bras (te dake) en japonais, et n'est pas suffisante à délivrer un uchi valable. Vous remarquerez que je n'ai pas parlé d'ippon mais d'uchi valable. (sans doute le thème d'un prochain post)

Ce qui va guider la posture du corps en Kamae sera notre capacité à déplacer rapidement notre corps le plus près possible du point d'impact de notre shinai sur le partenaire. Le déplacement se fera, sans temps de ressort, et sans faire appel à la gravité qui n'est que, comme chacun le sait, de 9,81 m/s² à Paris. En fait, l'accélération de la gravité est insuffisante pour dynamiser comme il se doit le déplacement de Kendô : il faut faire mieux ! En même temps, je dis ça et il circule sur Internet une photo de moi, datant de ce weekend, et montrant surtout ce qu'il ne faut pas faire, mais bon ! :^)

Pas de temps de ressort et non soumis à la gravité, voici deux des inducteurs principaux qui vont nous faire trouver notre "Djibun no Hana" du déplacement.

Afin de limiter ou mieux, d'éradiquer le temps de ressort, il faut que la jambe arrière soit tendue (ou presque) et que l'on puisse s'appuyer dessus comme le nageur s'appuie sur le mur lors de son demi tour.

Ne pas être soumis à la gravité implique que le déplacement n'inclue pas de sauté ni de moment ou le pied avant décollerait excessivement du sol.

Le corps doit pouvoir se trouver le plus vite possible à l'endroit adéquat, en fait c'est notre centre de gravité que nous devons déplacer. Afin de couvrir une distance le plus rapidement possible, le mieux est de n'avoir qu'une distance inférieure à parcourir (puissant ça) ! Pour faire simple, afin d'amener le plus rapidement possible notre centre de gravité d'un point A à un point B, le mieux est de ne déjà plus être au point A mais en chemin vers le point B. Dit différemment, il convient de rapprocher son centre de gravité le plus possible de la cible sans que cela mette en déséquilibre notre posture et que l'on puisse rester en position de kamae. Si le partenaire resens cette disponibilité que nous avons à foncer sur lui, ne serait ce pas là le début du sémé ?

En fait, on voit souvent la jambe avant tendue, le poids du corps dessus; imaginons deux secondes que l'on veuille partir en avant, il faudrait : libérer le poids du corps de cette jambe, débloquer le genou avant et partir enfin... et bien oui, 2 secondes c'est à peu près le temps qu'il faudrait, dans ces conditions, pour déclencher sa frappe, autant dire qu'on est mort !

Ensuite vient le déroulé de pied. c'est un peu ce que le "planter de bâton" est au ski. Pour faire simple, souvent quand on veut pousser avec la jambe arrière, on se retrouve avec , en fin de course, ce que j'appelle "l'aile de poulet", c'est à dire, le pied arrière soulevé, le coup de pied regardant le sol... En résumé, ce déroulé de pied fait perdre plus de temps dans le retour du pied arrière, et donc dans l’enchaînement des pas, que cela n'apporte de puissance dans le déplacement.

Résumons nous, jambe arrière tendue ou presque, le centre de gravité poussé vers l'avant (attention, pas penché !), Tout ça nous fait pointer le genou avant vers l'avant et descendre légèrement le centre de gravité et en fin de course du pied arrière, on ne "déroule" pas.

Bien, il n'y a plus qu'à essayer de marcher comme cela dans la rue. A chaque pas, tendre sa jambe arrière dès que possible, pousser le genou avant vers l'avant en surbaissant très légèrement le centre de gravité et en déroulant les pieds le moins possible... et très vite votre Kendô nous en dira des nouvelles.

*Voir la définition du Seidokan : http://www.seidokan-kendo.org/lexique/151-ichi-gan-ni-soku-san-tan-shi-riki

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La Posture, le premier des apprentissages !

Publié le par Jean-Pierre LABRU

La Posture, le premier des apprentissages !

Par Jean-Pierre LABRU, renshi 7e dan de Kendô

Combien de fois dans mon enfance, et pas forcément au cours de Kendô, j'ai entendu : "Tiens toi droit, redresse toi !!!"

La posture ou la position du corps dans l'espace

Dans tous les domaines de la vie, une bonne posture nous est recommandée.

Quand on apprend à conduire, ou afin de ne pas se faire mal au dos quand on porte une charge lourde, et comment se tenir correctement assis à son bureau, ... et bien il existerait une posture optimisée afin d'appréhender le Monde qui nous entoure, une posture comme l’accomplissement ultime des dizaines de milliers d'années d'évolution de l'espèce humaine : la posture debout.

La posture dans laquelle tous nos sens sont aux aguets, pour ne pas dire tous nos instincts, celui de conservation en premier; la posture où la mise en mouvement est immédiate, opportune et pertinente; cette posture c'est La Posture !

La théorie du cerveau reptilien

Nos sens et nos instincts sont gérés, d'après certaines théories, par une partie de notre cerveau appelée le « paléo cortex » ou « cerveau reptilien ». Extrait de Wikipedia :"Il est responsable des comportements primitifs assurant nos besoins fondamentaux. Il assure la survie de l'individu et de l'espèce.... Une même situation, un même stimulus, entraînera toujours la même réponse. Cette réponse est immédiate, semblable à un réflexe."

Par la posture adéquate nous mettant dans les meilleures dispositions pour appréhender et réagir, le reptilien, prend en compte immédiatement la situation et nous fait agir par exemple, dans le cas qui nous occupe, selon les principes, notamment d'homéostasie, de l'instinct de conservation.

L'action n'est ni réfléchie, ni préméditée, elle est juste immédiate et adaptée le mieux possible à la situation.

Le lien avec d'autres pratiques

J'ai suivi en 2010, dans le cadre professionnel, une formation à "l'art oratoire".

En fait, cette formation portait sur la capacité à prendre la parole de façon convaincante afin que son discours laisse "une trace" dans l’assistance. Le propos principal de la formation était de relier étroitement la posture à la portée du discours.

La meilleure posture permettant d'appréhender son environnement, donne la possibilité de ressentir les forces en présence, ici l'auditoire et ses réactions, afin que les idées soient véhiculées par des mots soigneusement suggérés, par le reptilien, en fonction de ce que l’on perçoit.

Une telle démonstration est faite régulièrement par Barrack Obama lors de ses discours. Quelques idées fortes, pas de notes, une posture parfaite et voilà un orateur exemplaire (dixit la formatrice).

L’apport pour la pratique du Kendo

Cette capacité à percevoir, à lire son environnement, est très utile dans nos activités. Ressentir les capacités, les intentions, la détermination, du partenaire sont autant d'informations essentielles à notre capacités à gérer au mieux de nos intérêts ;^) toutes les situations.

Cette posture, ceux qui pratiquent l’arbitrage, la connaissent bien. Depuis que les stages d’arbitrage existent, les senseï Japonais systématiquement insistent sur la position.

Un arbitre efficace est celui qui, lors du shiaï, est le plus souvent possible idéalement placé sur le shiai-jo et immobile dans cette posture. En effet, on est bien plus apte à juger un ippon de Kendô quand on est bien placé pour bien voir ce qui se passe et immobile afin de percevoir correctement toutes les composantes des mouvements du combat (trajectoires, vitesse, puissance).

Arriver à percevoir tout ce qui concerne son partenaire c’est une chose mais cette acuité ne s’arrête pas là. Je ne me souviens pas du terme japonais mais la capacité à percevoir de façon plus large que limitée à son partenaire a été théorisée par Myamoto Musashi sans doute étayée par l’expérience de ses combats qu’il a menés seul contre une foule mal intentionnée. ;^)

Pour mon cas particulier, malgré l'armure et le casque qui réduit le champs visuel, j'ai développé une capacité à voir mais aussi à entendre les sons des combats limitrophe et même, à ressentir par le sol, les vibrations des déplacements.

Durant mes années de compétiteur (En équipe de France de 1990 à 2003), je n'ai jamais eu besoin de regarder les arbitres comme le font certains compétiteurs, afin de savoir si les drapeaux sont levés. Parfois même, il m'est arrivé, l'instant suivant un ippon que je venait de marquer, de capter certaines réactions du public en bord de shiai-jo.

Les risques d’une mauvaise posture

A contrario, les différentes variantes de mauvaises posture peuvent « handicaper » les pratiquants que nous sommes.

Un arbitre qui ne prends pas régulièrement sa posture idéale, par exemple en ne joignant pas ses talons à chaque fin de déplacement, se verra enclin à la même approximation dans son jugement.

Un casque (Men) mal adapté, la grille du men n’étant pas pas à la bonne position (les yeux en face de l’écartement plus large de la grille), et qui induit un certain port de tête, souvent en l’inclinant vers l’avant, limitera le champs visuel en terme de perception et ne positionnera pas idéalement le haut du corps pour un mouvement optimisé des bras.

En termes de maintien, une posture inadéquate hypothéquera notre capacité à mouvoir notre corps d’un bloc et ainsi délivrer un kikentai parfait.

Bien d’autres mauvaises posture entraine des difficultés supplémentaire, d’où l’intérêt de rechercher en permanence la bonne posture. De plus, cela induit un travail de proprioception* qui par définition est propice à l’apprentissage.

La recette de la posture idéale

Si vous attendiez à ce que je vous donne la recette de la posture idéale, vous avez lu tout ça pour rien !!! ;^)

Nous sommes tous différents, anatomiquement, physiologiquement et mentalement. De par ce fait, on peut donner quelques repères mais on ne peut pas « reproduire » sur ses élèves les positions qui ont « fonctionné » pour nous mêmes : c’est un chemin personnel !

Un petit indicateur tout de même, et vous l’avez sans doute compris à la lecture de cet article, pour mon cas, la pratique régulière de l’arbitrage a largement participé à l’amélioration de ma Posture.

Alors quand, après des années de recherche personnelle constante (pas uniquement sur le dojo), et sans vous être découragé, vous aurez trouvé Votre Posture, je serai en mesure de vous dire : "Voilà !"

*Proprioception par wikipédia : « La proprioception (formé de proprio-, tiré du latin proprius, « propre », et de [ré]ception) ou sensibilité profonde désigne la perception, consciente ou non, de la position des différentes parties du corps. Elle fonctionne grâce à de nombreux récepteurs musculaires et ligamentaires, et aux voies et centres nerveux impliqués. »

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Le pourquoi d’un blog s’appelant : Ma contribution au décryptage des principes de l'apprentissage du Kendô

Publié le par Jean-Pierre LABRU

Le pourquoi d’un blog s’appelant :  Ma contribution au décryptage des principes de l'apprentissage du Kendô

Par Jean-Pierre LABRU, renshi 7e dan de Kendô

Tout débute avec l’envie de partager ma compréhension des principes de l’apprentissage du Kendô.

Un des reproches que l’on m’a fait un jour, que j’ai pris en fait comme un compliment et que je revendique : « Toi, tu donnes des conseils à des gens qui ne t’en demandent même pas ! ». Oui c’est vrai, j’ai toujours eu cette particularité, dans mes études, dans mon travail et bien entendu dans mon Kendô et bien avant que j’enseigne.

Bien entendu, j’adore enseigner sur le dojo. J’aime transmettre des images, tenter de convaincre du bien fondé de telle ou telle manière apprendre le mouvement le plus optimisé. Il y a cependant pas mal de notions que l’on ne peut pas passer sur le dojo, principalement par manque de temps. Il est vrai qu’on peut le faire aussi au café… je me souviens du dernier stage que j’ai encadré à Belgrade en Serbie. J’avais organisé des discussions, questions réponses, post entrainement… dans un café !

Il commence à y avoir pas mal de Kendô-blogueurs sur Internet, principalement en langue anglaise. Alors je me lance et il me faut choisir un style de blogueur, l’enseignement du Kendô à l’écrit. Mais est-il possible d’apprendre le Kendô en lisant ?

Le style « historien» :

Il en est qui retransmettent le Kendo comme des historiens, et c'est précieux! On les voit prendre des notes et des notes lors des stages, voire s’isoler après l’entrainement pour retranscrire le contenu du cours. Ils savent te dire quel senseï a développé tel ou tel concept tel jour de l’an de grâce 19aa du siècle dernier. OK pour avoir des notions construites, suivies et progressives, cela leur demande un travail de Titan. Ils doivent ainsi regrouper, ordonner, retranscrire et rendre intelligible une pensée qui souvent, mais pas toujours il est vrai, reste « patchwork ».

Ceux ci peuvent y chercher des cautions pour valoriser leur discours ne se trouvant pas suffisamment « référents » pour que leur propre expérience trouve valeur à leurs yeux.

Je ne les rejoins pas sur ce point. En effet, j’estime, même si cela peut paraitre iconoclaste ou hérétique, ces dernière années, j’ai beaucoup plus appris des expériences que j’ai vécues ou auxquelles j’ai assistées, les acteurs étant hauts gradés ou non d’ailleurs, que des discours des senseïs japonais. En effet, le principe éminemment salutaire d’un sans cesse retour au bases fait que les discours des senseïs sont des énièmes répétitions basiques et pas forcément créatives.

Le style « ingénieur technique » :

Et puis, il y a aussi, ceux qui partagent leur expériences, leurs concepts décrivant jusqu’à « la position du 5e orteil du pied gauche au premier jour de la pleine lune ».

Les techniques sont décortiquées, analysées, partitionnées, « chronologisées » et livrées aux élèves comme une démonstration mathématique. Que dire du triangle isocèle ou équilatéral que font les bras le ventre, vu du dessus en shudan no kamae ? (véridique)

Le style « Jibun no Hana » :

Mais au fond, ce qui est important n'est il pas finalement de transmettre les notions qui permettent de « faire éclore la fleur intérieure en chacun de nous » (D’où le nom du blog : Jibun no hana o sakase yo qui est la maxime inscrite sur le tenugi de Nagano senseï).

A mon avis, il est primordial à chacun d'acquérir les bases techniques d'une expression artistique afin que la valeur que chacun développe en lui, au cours de sa vie, s'exprime et ainsi diffuse une émotion. Cette émotion se ressent, par tout autre personne sur le même chemin, ceux sur des chemins différents, mais le plus important est de toucher ceux qui par la suite l'emprunteront et se mettront en chemin.

Et cette roue sans fin continue de s'alimenter des valeurs et des consciences de chacun ce qui rend cet art vivant.

J’ai la sensation d’en avoir perdu quelques uns d’entre vous avec ce dernier développement, non ?

En conclusion, le style que j’aimerais développer est un mélange d’images, de constructives provocations, de contagieuses motivations à pratiquer mieux plutôt que plus, …mais aussi plus pourquoi pas.

Alors n’hésitez pas à me challenger sur mes développements quand vous ne comprenez pas où je veux en venir, à abonder dans on sens en nous faisant par de vos expériences ou à vous exprimer si vous n’êtes tout simplement pas d’accord.

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