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" Alter Ego " par Dany Delepière

" Alter Ego " par Dany Delepière

Article écrit sur une inspiration de Jean-Yves G. qui, lui aussi, en est un Autre. 
Et puis il y a l'Artiste, l'Illustre Illustrateur de ce post, avec "Alter Ego" conçu spécialement. Celui dont l'Art Kendoïstique s'exprime quand il est mon Autre en Kendô, Autre et Ami, Dany.

L'Autre, cet être si cher à notre progression...

Alors oui, bien entendu, toutes sortes de dogmes sur l'Autre sont en circulation de nos jours. Ici je ne vous ferai part que de mon expérience de l'Autre en Kendô, celui sur lequel j'ai bâti qui je suis dans le Kendô et dans la vie.
Mon ji-geiko, qui plait ou qui ne plait pas c'est selon, les UEK, ce blog avec son "Jibun no Hana..." ... tout cela et bien d'autres parties de moi même sont issues de ce concept.
Je vous ai parlé du rôle de Motodachi mais ce n'est qu'une petite partie de ce que l'Autre peut nous apporter en Kendô.
Ce que je vous propose comme réflexion : l'Autre comme une partie de soi même !

Explications

Déjà quelques petites explications sur le pourquoi de ce titre :
L'Autre, ses enseignements de soi-même : ce qu'il nous apprend nous sur nous même.
L'Autre nous fait agir, nous fait réagir, nous met en difficulté, nous pousse dans nos retranchements, nous valorise... : il nous fait apprendre sur nous même.
...et les enseignements pour soi-même : ce qu'il nous apprend sur lui et sur les autres en général.
L'Autre agit, réagit, s'écroule dessous ou surmonte la difficulté. Il nous montre ce que nous aurions envie de réaliser nous même... ou bien l'inverse, ce que nous ne voulons surtout pas faire ou être, et c'est tout aussi riche d'enseignement... : il nous apprend sur lui et sur le Monde.
C'est déjà très intéressant. Mais il faut juste noter que chaque Autre est différent et que le seul point commun entre tous les Autres.... c'est soi même !!!

Aïte (prononcez "ail-thé")

En Japonais, dans les arts martiaux entre autres, l'Autre est nommé l'Aïté.
Voici ce qu'en dit Wikipedia dans : Tori et Uke
...
aïte : "à la fois partenaire et adversaire"2, ... aïte (la main mutuelle) qui prête sa main au partenaire : (, mutuel, kanji représentant un arbre et un œil ) et 手 (te, la main). Le fondateur de l'aïkido utilisait d'ailleurs exclusivement le terme d'aïté, pour marquer la non passivité du partenaire.
...
On apprend de l'Autre en le regardant faire avec d'autres, en recevant son seme, subissant ses attaques, ressentant ses frappes... et inversement, en le faisant réagir à notre seme, nos attaques, nos frappes.
Pour dire si ce sujet m'intéresse, je vous dirais que, constamment, je pars du principe que tout Autre, quel qu'il soit, peut m'apporter une meilleure compréhension de moi même.
Et pour reprendre à mon compte, un peu adapté je l'avoue, la fameuse citation :
"Nous sommes tous l'Autre de quelqu'un d'autre !" (Librement adapté de Jean-Yves Cohen)

Ne pas se tromper d'Autre

Cela paraît évident mais dans tous ces Autres, encore faut-il choisir le bon, celui qui compte vraiment.
Je connais quelques personnes qui ont travaillé expressément quelques techniques "présumées" secrètes en vue d'une confrontation avec un "certain" autre.
Je connais aussi quelques autres qui se disent : je ne vais pas faire Keiko avec "l'autre là" pour ne pas qu'il étudie mon Kendo et que le moment venu, "cet autre là" puisse me connaitre assez pour me battre.
Et d'ailleurs, ce "certain autre" et "cet autre là" se pourraient n'être autre que la même personne, à savoir moi même. Vous me suivez ?
Vous l'avez compris, je considère comme inutiles, inefficaces, et même néfastes, ces constructions par rapport à quelqu'un, et de plus, non pas pour l'imiter dans ce qu'il fait de bien, mais juste pour le contrer et utilisant ses particularismes.
Voici donc un lien qui s'établit entre cet article et mon précédent sur le Makoto no kokoro !?!
...de plus l'occasion et trop belle pour que je ne replace pas mon "jibun no hana o sakase yo" : ce n'est pas par rapport à quelqu'un que nous nous devons de grandir mais par rapport à soi même ! Ce qui n'empêche en rien de s'approprier quelques particularismes de tel ou tel pour peu qu'ils nous correspondent.

Les Autres que l'on préfèrerait éviter

A moi aussi, certains Autres me sont difficiles d'accès, difficile de prendre du plaisir à faire Keiko avec eux, dificiles à manoeuvrer... et pourtant il est important de s'y astreindre.
OK, souvent, ce sont eux qui viennent à ma rencontre, à attendre leur tour dans ma file de Keiko. Je n'ai donc besoin d'aucun courage puisque je n'ai pas le choix...
Mon Autre et ami Dany Delepière me racontait une de ses nombreuses anecdotes avec Hirakawa senseï : Il suffisait que tu confies au Senseï que tu n'aimais pas pratiquer avec tel Autre pour qu'il t'y envoie d'office, à la rencontre d'un autre... un autre Monde de Kendô, où les valeurs, les concepts, les habitudes, les politesses, les techniques, les rythmes, les distances... peuvent se trouver en dehors de ta zone de confort.

Un bel Autre parmi tant d'autres

J'en ai déjà parlé, vous vous souvenez, venir rencontrer l'Autre dans son jardin. Par opposition au "one man keiko" que l'on voit souvent chez quelqu'un de fort techniquement en Kendô... mais de fort uniquement techniquement !
Il impose son rythme, il impose sa technique, il impose sa distance, il impose... Il impose... mais en impose-t-il vraiment ? Non, pas selon moi !
Pour illustrer ce point a contrario : Je travaille beaucoup suriage en ce moment. Suriage en oojiwasa mais pas seulement.
En shikake-wasa, je travaille mon suriage avec Mr Yoshino du Budo XI, fringant septuagénaire, amoureux du Kendo et qui vient souvent tenter de me tailler comme il le fait de ses bonsaï.
Avec lui je travaille avec assiduité, j'essaye de retrouver une délicatesse et une précision de coiffeur dans mes gestes (Mr Yoshino était coiffeur et reste passionné et expert en bonsaï).
Il trouve, me dit il, que depuis quelques temps les keikos sont plus difficiles avec moi.... et moi donc !
Quel bel Autre pour moi !

Mon Grand Autre

Il en est un Autre, un que je ne citerai pas mais qu'il devrait être aisé d'identifier...
Cet Autre, avec qui j'ai une relation très particulière, je le considère comme un de mes enseignants, le plus présent et depuis le plus longtemps. Je n'ai pas beaucoup de discussions avec lui, mais j'estime, peut être les fantasme-je, avoir beaucoup d'échanges. A tout moment en sa présence en fait...
Continuellement, je ressens une attention particulière qu'il me porte. C'est difficile à exprimer mais quand il est présent, il maintient comme une pression sur moi (il m'observe) et dans chaque situation me renvoie une image de moi même.
Cette image, souvent me déplaît, me frustre, et je pense que c'est délibéré de sa part car il sait, sans aucun doute, que ces sentiments sont moteurs chez moi.
Je ne sais s'il m'apprécie vraiment, mais au fond, est ce absolument nécessaire d'apprécier quelqu'un pour lui prodiguer des attentions et au final lui apporter de la valeur dans sa construction.
Doit on apprécier ses élèves ?
Si apprécier est pris au sens : j’apprécie sa valeur à son juste niveau, ses qualités, ses défauts, ses courages ses lâchetés, etc... Le "j'apprécie" au sens de "je mesure", je dirais oui c'est fondamental.
Mais si "apprécier" mêle l'affectif, c'est moins sûr. Saura-t-on, en tant que professeur, mettre cet élève, en temps et en heure, devant les nécessaires épreuves, quitte à ce qu'il échoue et qu'il en souffre ? ...et pourtant ces épreuves seraient indispensables à sa construction.
Cet effet miroir, ce miroir adaptatif, intelligent, omniprésent, ... possède bien d'autres qualités. A mon avis, il est le fondement même de l'attitude d'un professeur de Kendô envers ses élèves. Le terme "élèves" est pris ici au sens large, que ce soient des débutants ou bien des élèves avancés, très liés au professeur appelés aussi : disciples.
Quelques exemples des images que me renvoie régulièrement cet Autre :
Quoique nous fassions tous les deux, il se place dans le rôle de Uchidachi des Katas, celui qu'on suit, celui à qui on s'adapte, en timing, en distance, en technique... Depuis la façon de se dire bonjour, en passant par la façon de se mettre en Seïsa, de se saluer à la fin du cours... tout se passe sans un mot, quelque fois même sans un regard... Il est présent, et j'essaye de l'être aussi. Pour un instant, un regard, un sourire, ou rien justement... et comme il est, tout comme moi, un brin provocateur...
Je pense aussi quelquefois, que cet Autre, sans doute un peu idéalisé, ou tout Autre d'ailleurs, me renvoie une image que moi seul imagine ou interprète comme telle et qu'en fait ce n'est que le produit d'un brainstorming sur une situation imaginaire. Dis plus simplement : je me ferais des films.
Au final, je préfère ne pas savoir si tout cela ne vient que de ma fertile imagination car cette relation, réelle ou non, me plait et cela me fait avancer...

Un Autre que j'aimerais être

Partant du principe que je mets de côté, le plus possible, l'affect, tout en conservant bien évidemment la bienveillance, il me reste à devoir être en capacité à mettre mes "partenaires de jeu" dans la situation où leurs particularités leur apparaissent clairement, qu'elles soient positives ou qu'elles le soient moins.
On m'a récemment reproché :"Quand tu fais Jigeiko, on dirait que tu te moques de ton partenaire, certains s'en sentent humiliés et c'est pour cela qu'ils ne viennent plus faire avec toi !"
Ne m'en veuillez pas mais, bien que sachant que cette remarque n'était pas bienveillante à mon égard, je l'ai prise pour un compliment.
En effet, si l'autre se sent "moqué" c'est que, par définition, je lui parle de lui même. je viens par conséquent à la rencontre de son Kendô avec ses particularismes et il est vrai que souvent, je mets le shinaï là où ça fait mal.
Par exemple, quelqu'un qui défend, je fais exprès de provoquer son attitude défensive, juste pour lui faire se rendre compte... se voir dans un miroir...

Et ça n'arrive pas qu'aux autres

Il y a quelques années, mais il pourrait tout aussi bien me faire la même chose encore de nos jours, monsieur TODA s'est "moqué" de mon attitude en Keiko. nous étions tous deux en Chudan no Kamae (avec un seul sabre chacun, je précise étant donné la circonstance).
Je pensais menacer fort, le Kiai du dimanche et tout et tout...
Et puis, sans que je comprenne comment il s'y était pris, il retourna son shinai, le mis à la verticale et s'appuya dessus comme pour se reposer. et tout cela sans que je n'aie rien entrepris : je suis resté comme "deux ronds de flan". En fait, je pensais menacer mais il n'y avait rien qu'une attitude statique dans l'esprit et donc dans le Sabre.
Avouez qu'il y a de quoi se vexer, non ?!... ou bien le prendre comme un conseil, une critique constructrice et se baser dessus pour progresser. Et retourner l'inviter encore et encore...
Cette petite attitude, qui titilla un peu ma fierté c'est vrai, a fait plus pour moi qu'un long discours théorique.

En conclusion...

L'Autre en général, et que peut incarner tout un chacun, pouvant être différent à chaque minute, cet être si cher à notre progression, si nous ne l'avons pas encore accueilli dans notre apprentissage du Kendô, si nous n'avons pas encore su tirer les profits de notre relation à lui, il faut....
...à vous de vous raconter la fin de cette conclusion...
...j'aurais été ainsi, pour vous, cet Autre le temps d'un instant !

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